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Wednesday, 04 January 2012 12:00

Yousouf Ismaël, docteur en économie : « Le gouvernement devra se tenir prêt à sauver des emplois » Featured

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Le marché du travail restera tendu en cette nouvelle année car les entreprises ont mis leurs plans de recrutement et leurs projets d’expansion en veilleuse en raison des incertitudes économiques, constate le Dr Yousouf Ismaël. Pour l’économiste, les autorités doivent s’atteler à soutenir l’activité économique et protéger des emplois.
> Réduction de la croissance due à la crise de la dette européenne, faible reprise économique des Etats-Unis, ralentissement du développement des marchés émergents, assombrissement des perspectives économiques. Les analystes s’accordent à dire que 2012 sera une année difficile…
L’économie devrait croître de 4 % en 2012, selon les dernières prévisions de Statistics Mauritius et cela malgré les difficultés de croissance économique notamment en Europe qui est notre principal marché. Au vu de gros nuages qui s’amoncellent à l’horizon, on peut s’attendre à une activité économique plus faible que prévu.

Le monde entre dans une nouvelle zone dangereuse avec des risques renouvelés de ralentissement dans les pays industrialisés. Une croissance atone en Europe et aux États-Unis touchera également les grandes économies émergentes vu qu’elles font des échanges avec ces blocs. La crise de la dette souveraine en Europe va frapper les banques. Un resserrement des liquidités interbancaires et un « credit crunch » comme nous avons vu en 2008 et 2009 fera encore plus de mal à l’économie avec de petites entreprises et des familles qui lutteront pour l’accès aux crédits.

> Tout porte à croire que l’économie mauricienne connaîtra un ralentissement. Votre avis ?
À Maurice, la croissance pour 2011 est estimée à 4,1 %. Ce qui est une performance très correcte dans un contexte de détérioration des perspectives économiques mondiales. L’économie va continuer à croître, mais nous devons nous prémunir contre le danger d’une spirale de décélération. Déjà, on note quelques signes inquiétants, en particulier dans les industries qui sont fortement exposées aux économies européennes. L’industrie de textile devrait stagner, tandis que le secteur manufacturier en général ne connaîtra qu’une croissance modeste de 1,5 %. La croissance dans le secteur du tourisme sera lente avec une prévision de 3 %, alors même que nous traversons la barre de 1 million de visiteurs  pour la première fois.

Même les services financiers croîtront à un rythme plus lent comparativement à la tendance des dernières années. Une meilleure performance est attendue dans le secteur de la construction, notamment avec les projets de logement à faible coût, des travaux routiers de grande envergure, l’agrandissement de l’aéroport et la mise en route de gros projets touchant le secteur hydrique. Le marché du travail restera tendu dans la mesure où les entreprises ont mis leurs plans de recrutement et leurs projets d’expansion en veilleuse en raison des incertitudes économiques. L’investissement du secteur privé a diminué de 0,5 % en 2011 après une stagnation en 2010. Ce n’est pas de bon augure pour la croissance future et les perspectives de création d'emplois.

> Quels sont les défis que le ministre des Finances devra relever en 2012 ?
Les décideurs politiques, et en particulier, le ministre des Finances, devraient surveiller en permanence l’évolution de l'économie, surtout dans un contexte de manque de visibilité. Le gouvernement devra se tenir prêt à prendre d’autres mesures supplémentaires et ciblées en faveur des industries vulnérables en vue de protéger les emplois. L’une des priorités du ministre est de raviver les investissements du secteur privé, notamment dans le secteur des Petites et moyennes entreprises.

Dans le Budget 2012, des mesures favorisant la croissance ont été prises. Leur mise en œuvre dans un délai déterminé est essentielle pour qu’il y ait un réel impact sur l’activité des entreprises.
Nous attendons à ce que les décideurs fassent preuve d’initiatives, d’un leadership fort et envoient les bons signaux à la communauté d’affaires afin de relancer les investissements privés et accélérer la création d’emplois. En même temps, le ministre doit poursuivre les réformes pour combler les lacunes structurelles à long terme de notre économie notamment une faible productivité, des ressources et des compétences limitées, une base industrielle étroite, des infrastructures inadéquates, des services publics qui ne sont pas au niveau et une connectivité de qualité inférieure.

> L’inflation sera-t-elle un danger en 2012 ?
L’inflation ne sera pas un grand danger cette année. Elle est devenue une préoccupation secondaire avec les mesures prises sur la scène internationale pour contenir les effets inflationnistes. Alors que l’inflation annuelle (Headline Inflation) est restée forte jusqu’à la fin de 2011, elle devrait baisser à 5,5 % en juin 2012. Alors que l’inflation en glissement annuel (Year-on-Year Inflation) tournera autour de 5,1 %.

La plus grosse préoccupation demeure le ralentissement des perspectives de croissance. La crise qui a frappé la zone euro va affecter nos activités commerciales. L’accent devrait être mis sur le soutien à l’activité économique et la protection des emplois. Un assouplissement monétaire devra être favorisé car les tensions inflationnistes ont diminué. Le ralentissement économique crée plus de chômage et cause des problèmes sociaux.

> Quelle politique monétaire et fiscale favoriser en 2012 ?
La politique monétaire et la politique fiscale doivent converger vers une seule direction, c’est-à-dire le soutien à la croissance.

> Avec l’Europe qui dégringole, Maurice doit-il se tourner davantage vers l’Afrique ?
Il est un fait que nous sommes trop dépendants de l’Europe. La diversification des marchés a été lente malgré les fortes variations de l’économie mondiale. Maurice doit porter un regard neuf sur ses échanges commerciaux régionaux et sa stratégie d’investissement. De nombreuses économies africaines sont en plein essor et développent rapidement leurs infrastructures, leurs marchés domestiques, leurs industries et leurs institutions. Nous ne profitons pas assez de ces opportunités.

Nous devons non seulement croître le commerce avec les pays africains, mais aussi encourager nos entreprises à opérer sur le continent. Maurice peut agir comme une plaque tournante régionale et un centre financier pour les entreprises et les investisseurs étrangers désireux de faire des affaires en Afrique. Le pays peut avoir un rôle stratégique à jouer dans le commerce et devenir le corridor d’investissement Afrique-Asie en utilisant notamment à sa proximité politique et économique avec les deux continents et son vaste réseau de traités de non double imposition. Nous souhaitons voir le gouvernement et le secteur privé démontrer une forte volonté et un engagement pour rehausser notre image en tant que centre financier sur le plan international.



Christina Vilbrin

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