C’est dans sa maison à Vacoas, qu’il nous reçoit. L’accueil est chaleureux. « C’est ici que j’ai grandi, il y a 63 ans », dit-il, tout sourire. Son épouse, la cinquantaine, est à ses côtés. Son accent nous indique qu’elle est étrangère.
Fariba est d’origine iranienne. Elle est de confession bahaï et a vécu longtemps en Inde. C’est en Côte-d’Ivoire qu’il l’a rencontrée, il y a une trentaine d’années. C’était une jeune étudiante dans une université américaine ; elle y étudiait le français. Iswarao Apajee s’y trouvait déjà depuis quelques années et travaillait pour le compte d’une usine sucrière.
Ils se sont mariés en 1982. De cette union est née une fille, Shirin Laxmibai. Âgée aujourd’hui d’une vingtaine d’années, celle-ci travaille comme traductrice à l’Universal House of Justice, à Haïfa en Israël, après avoir fait ses études à l’université de Boston, aux États-Unis. Elle parle plusieurs langues, dont l’anglais, le français, le russe, le persan et le kreol. De son côté, Fariba a travaillé comme secrétaire bilingue à l’ambassade américaine d’Abidjan.
Coups d’État
Après ses études primaires à l’école Cantin, à Vacoas, Iswarao Apajee a été admis au collège Adventiste. À cette époque, l’éducation secondaire était payante. Faute de moyens, il a été obligé d’abandonner ses études, alors qu’il n’était qu’en Form II. C’était en 1961. Il a travaillé pendant un certain temps dans une bijouterie. Il a même travaillé dans les champs de cannes. Par la suite, son oncle, alors chef de laboratoire, lui a trouvé un emploi à la sucrerie de Réunion.
C’est en 1979 que notre compatriote, qui travaillait depuis sept ans comme laborantin à la sucrerie, a répondu à une offre d’emploi en Côte-d’Ivoire. Une centaine de Mauriciens se trouvaient déjà dans les six sucreries de ce pays. Mais là-bas, on lui a fait savoir qu’il n’y avait pas de poste de laborantin et, à la place, on lui a offert un poste de responsable de production. Il y a travaillé durant deux ans, avant d’être muté dans d’autres usines. À la fermeture de la dernière usine où il bossait, il se préparait à rentrer à Maurice quand il a trouvé in extremis un emploi dans une usine de Pepsi Cola. Durant sa carrière professionnelle, il va ainsi être employé dans la confiserie, la parfumerie et dans d’autres secteurs.
On peut aussi dire que son séjour en Côte- d’Ivoire n’a pas été de tout repos. Il a assisté à plusieurs coups d’État. « J’ai été témoin de pillages, j’ai vu des chiens qui mangeaient des cadavres gisant sur les routes... » raconte-t-il. Une fois, alors que le couple Apajee était en voiture, des soldats l’ont arrêté pour voler sa voiture. En 2004, à la suite de troubles très violents, sa fille a dû être rapatriée à Maurice et elle a été admise au Lycée La Bourdonnais.
Prince philip
Iswarao Apajee a un grand amour pour l’humanitaire. À 14 ans, il a participé au Duke of Edimburg Award Scheme. Il a plusieurs médailles à son actif. « Je me souviens de la première médaille d’or que j’ai reçue, en 1975, des mains de sir Dayendranath Burrunchobay, alors Gouverneur général », dit-il.
Cette passion ne va pas l’abandonner, même en Côte-d’Ivoire. Quand, au début des années 90, Michaël Glover, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, va introduire le Duke of Edimburg Award Scheme dans la francophonie, Iswarao Apajee, va sauter sur l’occasion pour aider à l’introduction de ce programme en Côte-d’Ivoire. Il est aujourd’hui le conseiller spécial du directeur de cet Award, qui est connu dans les pays francophones comme le Mérite international de la jeunesse.
Sa grande contribution au sein du Duke of Edimburg Award Scheme va lui permettre de rencontrer le prince Philip et son fils Edward. « Je connais bien le prince Philip, j’ai mangé à la même table que lui. Il aime bien que je lui parle en français », dit-il. Il nous montre fièrement des photos que son épouse et lui ont prises en compagnie des deux princes. Outre les membres de la famille royale anglaise, il a aussi côtoyé plusieurs autres personnalités, dont des présidents, Premiers ministres, ministres et hommes d’affaires.
En 1992, Iswardeo Apajee a été fait Chevalier de l’ordre national de la Côte-d’Ivoire. Il a aussi été nommé Honorary Award Officer du Duke of Edimburg Award Scheme par le prince Philip. Il est aussi un membre influent du Lions Club de la Côte-d’ivoire.
Iswardeo Apajee nous confie que c’est son dévouement pour l’humanitaire qui a conduit le gouvernement ivoirien à le nommer consul honoraire à Maurice. Il s’était fait une réputation en apportant toujours volontairement son aide aux Ivoiriens qui avaient des difficultés à Maurice. De bouche à oreille, la nouvelle s’est propagée, jusqu’à atteindre les hautes sphères du gouvernement ivoirien et, quand le contrat de l’ancien consul honoraire a été résilié, on lui a offert ce poste.
En tant que consul honoraire, il compte raffermir les liens commerciaux entre les deux pays.
« J’ai rencontré des hommes d’affaires mauriciens qui veulent importer des produits de la Côte-d’Ivoire », indique-t-il. Il pense notamment au domaine du textile, car ce pays est un grand producteur de coton. Il y a aussi le bois, que l’on peut importer pour la fabrication des meubles, l’huile de palme, le cacao... Il avance que les Ivoiriens veulent maintenant importer des produits mauriciens.
19 May 2013

Sunday, 20 January 2013 09:57
Consul honoraire de Côte-d’Ivoire – Le parcours du combattant Iswarao Apajee Featured
C’est le dévouement d’Iswarao Apajee pour la cause humanitaire en Côte-d’Ivoire, où il a travaillé, qui l’a conduit à être nommé, il y a un an, consul honoraire de ce pays à Maurice. Portrait de cet homme issu d’une famille modeste et pour qui la vie a été un parcours difficile.
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Mario Boutia
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