22 May 2013
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Sunday, 20 January 2013 11:50

La crise de repères

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« La crise de repères » et « la crise du sens de la vie », sur lesquelles Mgr M. Piat s'est attardé dans son message de Noël 2012, ne sont pas des phénomènes sociaux nouveaux.
En effet, ces dérives ne datent pas d'hier et, en l'absence des mesures correctives rigoureuses de la part de toutes les parties concernées – l'État, la société civile, la famille, les éducateurs, les autorités religieuses… –, la situation a pris une tendance inquiétante ces dernières années.

Il est plus qu'évident que l'Église a vraiment du mal à se positionner par rapport à la politique actuelle d'ultralibéralisme repoussant dans le décor les valeurs fondamentales – sociales, morales, familiales, environnementales… – à l'avantage de celles mettant l’accent sur le capital et les profits. La puissance du matériel a atteint aujourd'hui un tel niveau de démesure que l'existence même de l'homme en est devenue l'otage. Le souci primordial de rentabilité des entreprises entraîne licenciements, chômage et précarité, source majeure d'instabilité et d'agitation sociales, menant parfois à des drames humains. De telles circonstances sont, bien évidemment, propices à l'émergence et la prolifération de l'égocentrisme et l'individualisme ; chacun essayant, tant bien que mal, de tirer son épingle du jeu par tous les moyens possibles, même répréhensibles et, très souvent, au détriment de son prochain.

Si dans son message du Nouvel an (Urbi et Orbi), le pape Benoît XVI a eu le mérite de dénoncer « le capitalisme financier non contrôlé » et « les inégalités entre riches et pauvres », force est de constater toutefois que c'est ce même système économique qui a été à la base de la récurrence des crises financières du passé – Mexique en 1982 et 1994 , Asie du sud et Japon en 1997, Russie en 1998, États-Unis en 2008, Europe en 2010 –, sanctionnant ainsi la faiblesse voire l'échec de ce modèle de développement, incapable d'assurer une distribution convenable des richesses qu'il  crée et qui tend à exclure du monde du travail un nombre de plus en plus grand d'hommes et de femmes. Mais il est malheureux qu'une fois la crise passée et malgré la clarté de ses enseignements, les dirigeants des pays riches continuent à mener la politique de l'autruche, feignant de tout oublier car n'ayant rien appris.

Pourtant la crise des subprimes de 2008 ayant éventuellement débouché sur celle de la dette en Europe deux années plus tard, aurait pu servir de motif de base aux décideurs politiques mondiaux pour changer leur fusil d'épaule et prendre les décisions courageuses qui s'imposent. Dans cet esprit, de nombreux observateurs s'accordent à reconnaître que la réunion du G8 et G20 à Londres en avril 2009 aurait dû constituer un tournant de la politique économique de la planète, d'autant qu'un nouveau président venait alors de s'installer à la Maison-Blanche.

Or, mis à part certains  mouvements sociaux des « indignés », personne, parmi les corps religieux du monde, n'avait alors osé élever la voix pour influer sur la politique afin que l'homme puisse retrouver la place qui est la sienne dans le circuit du développement. Par conséquent, des centaines de milliards de dollars avaient été injectés dans le système économique non seulement pour le sauver de l'effondrement mais aussi le consolider et le Vatican aujourd'hui ne fait que constater les dégâts comme il l'avait fait d'ailleurs en août 2011 en dénonçant vigoureusement  « le  consumérisme et le mercantilisme » lors du rassemblement de la Jeunesse mondiale à Madrid.

À Maurice, face à tant d'inégalités mais aussi d'indifférence – devant lesquelles manifestement les responsables de la commission sur la démocratisation de l'économie ont préféré déposé les armes –, beaucoup de nos concitoyens se sentent désemparés, égarés. Car dans toutes les sphères de la vie publique – l'éducation, la santé, la justice, etc, – ce sont toujours les mieux lotis qui sont portés par le système et ce indépendamment des prestations sociales accordées à ceux au bas de l'échelle. C'est à la racine qu'il convient de résoudre la crise de repères et celle du sens de la vie, et non pas au niveau superficiel.



Ahmad Macky

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