Deux heures de route. Un panneau indique, enfin, notre destination. Il est temps de parler à ce monsieur qui passe sur sa bicyclette…« Bonzour ki manière » « Alalila Korek ! » « Cot pe al promené ? » « Je rentre chez moi », répond Misié Caillou, avant de raconter : « Je suis un petit planteur, comme le sont beaucoup d’habitants de Grand-Sable. Je dispose d’un petit lopin de terre au pied de la montagne là-bas. J’y cultive des bananiers que je revends soit au marché de Mahébourg les lundis, soit directement avec les habitants d’ici. »
Fendant l’air avec un grand ‘salam’ de la main, Misié Caillou, porte un régime de bananes pour sa famille. Longeant le village face à la mer comme l’aurait chanté Calogero, je m’arrête de temps en temps pour admirer le panorama. Si c’est une vérité de dire que la mer de Grand-Sable n’est pas bleu turquoise, ici ce sont les montagnes qui font office de poésie. Racontant l’histoire du lieu de leurs vertes lignes, leurs proses aiguisent l’appétit du regard. À donner le tournis !
Reprenant la route, nous faisons la connaissance d’Hanish Dooroosotumren. Ancien étudiant, le jeune homme est actuellement à la recherche d’un travail. Une chose qui est loin d’être une mince affaire à trouver quand on habite un village aussi éloigné des grandes villes de l’île. « C’est un casse-tête chinois. Trouver du travail est ici un véritable parcours du combattant. On peut avoir les meilleurs diplômes, mais l’employeur n’aura qu’à jeter un coup d’œil sur votre adresse pour qu’il vous dise ‘je vais vous rappeler’. C’est d’ailleurs cette situation qui a poussé nombre de mes amis à s’exiler dans les grandes villes. »Brigitte Bellehumeur ne se voit pas elle, aller vivre ailleurs. Née à Grand-Sable elle y a convolé en justes noces. « Je suis une native du village et c’est ici que j’ai rencontré mon mari. Je ne me vois pas aller vivre ailleurs. Non seulement parce que je suis habituée à ce village, mais parce qu’il y règne ici une convivialité sans pareil entre les habitants. On ne se connaît pas tous dans le village, mais cela ne nous empêche pas d’entamer la conversation même si on est des parfaits inconnus. C’est ce qui fait l’âme du village. »
L’autre beauté, aussi la longévité des habitants. Et là encore, il n’y a pas de recette miracle, si ce n’est un profond respect : « J’ai 83 ans et ma longévité et ma bonne santé je les attribue au respect que j’ai toujours témoigné envers les gens d’ici. C’est cela et beaucoup de prières qui font que je suis toujours aussi fringante malgré mon âge », nous déclare Khursheed Alymeeah Goodur.
Kailesh Ramdhary, nous invite, quant à lui, à prendre « ene ti tasse di thé » chez lui. Déclinant gentiment son offre, nous entamons tout de même avec lui, une petite conversation. « Grand-Sable c’est un havre de paix. Les gens d’ici sont principalement des agriculteurs. Lors de votre tournée, vous avez certainement vu des champs de canne ou encore des plantations d’oignons, qui sont ici des légumes qui poussent en abondance », fait-il observer.
Ce n’est pas non plus Joanne Aristide et Joanne Friquin qui diront le contraire. « Nous sortons à l’instant des champs de pommes de terre où on s’occupe de la récolte. Grand-Sable est très agricole. Nous en vivons », indique Joanne Aristide. De quartier en quartier, nous poursuivons notre vadrouille en dansant la Javanaise…
À bon entendeur...
À Grand-Sable, le transport est un problème. à part les bus, qui passent à des horaires irréguliers, les taxis ne sont pas disponibles. Selon les habitants, certaines routes ont besoin d’une nouvelle couche d’asphalte.
GPS
- Circonscription n° 11 (Vieux-Grand-Port/Rose-Belle).
- District : Grand-Port.
- Altitude : 208 m.
- Villages avoisinants : Petit-Sable et Pointe-aux-Roches.
- Distance de Port-Louis : 32 km. Flacq : 15 km. Bambous : 38 km. Surinam : 35 km.
La vie d’André Rose est étroitement liée à la pêche. Il exerce ce dur métier depuis l’âge de 13 ans. Et en autant de temps, le lagon s’est petit à petit vidé de ses poissons. « La mer est restée la même, ce n’est pas la communauté des pêcheurs qui est venue changer les données. Mais être pêcheur à Grand-Sable est désormais un très dur métier, surtout quand sa famille en dépend », explique-t-il. De son village, il dira : « qu’il y fait bon vivre, même s’il manque de loisirs. »

Khursheed Alymeeah Goodur attribue sa longévité à sa sympathie.
Le sourire d’Hanish Dooroosotumren.
Brigiette Bellehumeur est née, a grandi et s’est mariée à Grand-Sable.








