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Sunday, 09 December 2012 11:25

Maire et lord-maire – Une fonction privilégiée Featured

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Les lord-maires s’attirent-ils le respect par l’élégance de leur tenue et de leurs propos ?  L’article qui suit tente de décrypter le phénomène.
Lord-maire. En Angleterre, ce statut désigne le premier magistrat d’une grande ville du pays (The Right Honourable Lord Mayor of London, par exemple). Le lord-maire est également le chef de la Corporation de Londres. Il y a une différence entre un lord-maire et un maire, puisque le maire de Londres gère une subdivision administrative plus étendue, l’ensemble du Grand Londres. Par contre, le lord-maire de la City (Londres) dispose de pouvoirs et de privilèges particuliers. En termes de statut, il se place juste après le monarque.

Tout cela pour dire que le titre de lord-maire offre au personnage à qui ce titre est conféré un statut de prestige, un poste qu’il doit occuper avec toute la dignité voulue. À Maurice, depuis la création de la mairie de Port-Louis en 1850, nombreux sont les dignitaires qui ont occupé ce poste avec toute la grâce voulue. Malheureusement, avec le temps, ce prestige qu’était le fait d’être lord-maire s’est effrité.

Prenons d’abord l’allure d’un lord-maire. Dans le temps, il était facilement identifiable, vêtu d’un long manteau, d’un collier, etc. En ces temps modernes, il a bien changé. Un rédacteur d’un journal raconte comment lors d’un banquet, quelqu’un lui a demandé qui était le lord-maire…

Passons maintenant au langage corporel et au langage à proprement parler d’un lord-maire. Un lord-maire prononce des discours lors des fonctions (inaugurations, remises de prix dans les collèges, etc.), voyage à l’étranger et participe à des banquets donnés en l’honneur des souverains et d’autres personnalités prestigieuses. Il a une image publique importante. L’élégance est le maître mot qui doit caractériser chacun de ses faits et gestes et chacune de ses déclarations.

Cassam Uteem, ancien lord-maire : « Un rôle important qu’on doit assumer dans la dignité et l’honneur »
> Cassam Uteem, vous êtes l’une des personnalités les plus connues de l’île Maurice. Vous êtes l’exemple même de la grâce et de la retenue dans votre langage corporel et vos propos. Vous avez été lord-maire de Port-Louis. Voudriez-vous nous décrire cette fonction ?
Vous tenez là des propos beaucoup trop élogieux à mon égard, même si vos compliments peuvent faire plaisir ! Sachez qu’il ne faut jamais porter atteinte à l’honneur de ceux qui occupent ou qui ont occupé la fonction de maire d’une de nos villes, sauf si l’on est en présence de preuves concrètes et irréfutables d’un comportement répréhensible de leur part.

Les paroles et la conduite de tout individu, qu’il soit maire ou pas, sont le reflet de la personnalité, du caractère et du style qui lui sont propres. Il n’existe aucun manuel de bonne conduite destiné au maire d’une ville. Cependant, celui-ci doit toujours être conscient du devoir et de la responsabilité d’un premier magistrat de la ville et avoir, en toutes circonstances, un comportement digne et honorable, évitant de se livrer à toute forme d’excès.
Un maire doit être à la hauteur de la confiance que les conseillers municipaux, les citadins et son parti politique ont placée en lui. Il est le premier des citoyens d’une ville en même temps que leur représentant et leur porte-parole. C’est dire le rôle important qu’il doit assumer pleinement dans la dignité et l’honneur.

> Personnellement, qui sont les maires qui vous ont marqué par leur élégance ?
Ils sont nombreux, les maires des cinq villes du pays qui ont fait honneur à leurs fonctions. En réponse à votre question toutefois, je me bornerai à ne citer qu’un seul car, de mon point de vue, il est celui qui a su le mieux allier l’élégance et l’éloquence à la compétence. Je fais référence à Jean-Claude de l’Estrac, maire de Beau-Bassin/Rose-Hill durant deux mandats. Il a fait honneur à sa ville, son parti, ses mandants et son pays.

> Pensez-vous que les maires d’autrefois faisaient montre de beaucoup plus de dignité parce que ce poste prestigieux n’était pas occupé par n’importe qui ?
En démocratie n’importe quel élu municipal peut aspirer à occuper le poste de maire d’une ville, et c’est bien que ce soit ainsi. Il doit seulement avoir le soutien d’une majorité de conseillers municipaux. Dans la pratique, cependant, ce sont les partis politiques et leurs dirigeants qui ‘choisissent’ les maires, sur une base annuelle, et il faut bien avouer que le choix des partis n’est pas toujours un choix heureux ni judicieux, car il repose souvent sur des critères autres que ceux de la compétence, du savoir-faire encore moins de ‘Group Leadership’. C’est ainsi qu’au fil des années les maires, y compris le lord-maire de la cité de Port-Louis, ont perdu de leur prestige d’antan. On a assisté à une ‘dévaluation’, si je puis me permettre cette expression, du poste lui-même.

> Chez nous, l’élégance et la retenue ne sont pas l’apanage de la plupart des personnalités. Souvent, elles s’emportent en public quand elles sont poussées dans leurs derniers retranchements. C’est une question de civisme, facteur qui fait défaut dans notre éducation de base ?

Nous sommes le produit de notre société, de notre environnement, de notre éducation et de notre formation. Peu importe le poste que nous occupons, notre comportement est dicté par les facteurs que j’ai mentionnés un peu plus tôt dans cet entretien. Si par personnalités, vous visez particulièrement les hommes politiques, je dirai à leur décharge qu’ils fonctionnent souvent dans l’urgence et sous pression.

Il leur faut beaucoup de sang-froid pour arriver à se contrôler dans certaines situations. Ils sont peut-être à blâmer, car ils sont souvent responsables de provoquer dans la population une ‘crisis of expectation’ qui donne lieu à des exigences qu’ils n’arrivent pas ensuite à satisfaire. D’où le sentiment d’exaspération et quelquefois l’expression d’impatience ou de colère.

Louis Léchelle – Premier maire de Port-Louis
Louis Léchelle, le premier maire de la capitale, a été un formidable générateur d’idées nouvelles, un homme enthousiaste et moderne. Il était en avance sur son époque et changea la face de Port-Louis.

La ville de Port-Louis, « Athènes des Mers du Sud », a été fondée en 1735, il y a 278 ans, par Bertrand François Mahé de Labourdonnais. Quand l’île passa sous la gestion des Anglais, ils procédèrent, en 1820, à la dissolution du Conseil des communes. La revendication de recouvrer une institution administrative pour Port-Louis commença à faire son cheminement. D’ailleurs, Adrien d’Epinay partit en mission à Londres pour déposer formellement cette requête auprès des autorités anglaises. Après la mort de d’Epinay, Rémy Ollier prit le relais du combat à travers son journal La Sentinelle.

En 1848, lors d’une réunion publique tenue à l’endroit même où devait plus tard s’établir l’Hôtel de ville, les citadins voulurent élire leur premier maire. Mais ce fut sans autorisation et la tentative fut stoppée net par l’inspecteur général de la police, Charles Anderson. Les citadins signèrent alors une pétition qu’ils adressèrent au ministre anglais par le truchement du gouverneur, sir William Gomm, lui aussi en faveur d’une institution administrative pour Port-Louis.

Le ministre était favorable à la requête et donna son aval à l’institution légale d’une corporation nationale. La charte fut rédigée par Prosper d’Epinay et promulguée par ordonnance le 27 décembre 1849. Elle entra en application le 1er janvier 1850.

Les élections municipales eurent lieu le 26 février de la même année, sous la supervision du magistrat Jules Virieux, nommé par George William Anderson, nouveau gouverneur de l’île. Elles furent organisées à la loge maçonnique de la Triple Espérance, lieu de rencontre des plus grands notables de l’époque, donc théâtre de tous les débats essentiels de la Cité.

Louis Léchelle, enregistré en tant que ‘courtier juré’, fut élu en tête de liste, obtenant 364 voix contre 281 obtenus par son opposant, Joseph Dioré, ‘propriétaire’. Léchelle fut officiellement intronisé comme maire le 4 mars 1850 par le gouverneur Anderson. Son adjoint d’office fut Félix Koënig. Il y eut au total 18 conseillers municipaux (ce chiffre allait être ramené à 12 plus tard).

Louis Léchelle était un Portlouisien. Il a pris naissance dans la capitale le 1er septembre 1789. Son père était un Canadien qui vint s’établir à l’Isle de France en 1784. Après de brillantes études, il joua plus tard un rôle majeur dans la création de la Chambre de commerce et d’industrie, dont il fut le président vers 1850. On dit qu’il fut en quelque sorte le premier porte-parole de la communauté des affaires de Maurice, le premier facilitateur du commerce et de l’industrie.

Il fut en même temps le premier conciliateur en matière d’arbitrage pour ce qui est de différends dans le domaine du commerce. La Commercial Gazette, premier quotidien de la colonie, fut lancée le 1er juin 1850, peu après l’élection de Louis Léchelle comme président de la Chambre. D’avril 1850 à sa mort, Louis Léchelle siégea également au Conseil du gouvernement de la colonie. Il fut aussi un membre bien remarqué de la Société météorologique.

Louis Léchelle eut plusieurs réels adversaires politiques. Pendant des années, son ennemi juré fut Georges de Courson. Louis Léchelle était un fervent franc-maçon. Il fut initié à cette obédience en 1822 et devint un membre éminent de la célèbre loge de Triple Espérance, comme l’était d’ailleurs la majorité de l’élite coloniale de l’époque. En 1832, il fut élu 17e Vénérable. Son appartenance à la franc-maçonnerie semble avoir façonné sa philosophie et l’éthique qui le caractérisèrent durant l’ensemble de sa vie. Une loge maçonnique du Grand-Orient de France porte aujourd’hui son nom.

Grâce à l’article 40 de l’ordonnance 21 de 1851, les pouvoirs du corps municipal furent considérables. Léchelle en profita pour faire améliorer tous les services d’intérêt public – voirie, rues, sentiers, chemins, artères principales, ouvrages de génie civil, ponts et chaussées, plantation ou abattage des arbres, élagage et éradication des buissons et broussailles envahissant les rues. Il s’occupa aussi du droit de forer des puits, de poser des conduits, des drains, des évacuations de toutes natures, de la prévention des incendies, des épidémies, de la salubrité publique et du contrôle légal des poids et mesures.

Le premier maire de Port-Louis fut également doté de pouvoirs de répression publique. Il pouvait procéder à la fermeture de maisons closes ou encore faire enlever ou faire détruire tout ce qui pouvait porter préjudice aux habitants. Louis Léchelle occupa les fonctions de lord-maire de Port-Louis en cinq occasions, son dernier mandat survenant en 1856. Le 28 avril de cette année, il fut un parmi les 3 532 personnes emportées par l’épidémie de choléra cette année-là.




Raj Bissessur

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