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Sunday, 06 January 2013 11:56

Crève-Cœur – La face cachée de Pieter-Both Featured

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Au pied de la montagne Pieter-Both, de l’autre côté de sa face que tout le monde connaît, existe un village. Planté en altitude, dans la solitude de ses verts paysages, Crève-Cœur n’a rien d’une âme en peine…
Chut ! Faites silence, s’il vous plaît. Surtout, ne le réveillez pas. Il dort et laissez-le dans les bras de Morphée. Cela me laisse le temps de respirer. Ah, navré ! Je ne me suis pas présenté. Je suis Godasse, la chaussure rouge du journaliste qui signe le texte.

Entre nous, être ses baskets est loin d’être une bénédiction. J’avoue n’avoir jamais compris pourquoi il torture mes semelles en allant se balader sur les routes rocailleuses et boueuses. Il ne se soucie guère de ma personne. Moi qui protège ses pieds envers et contre tout. Je suis ami avec les chaussures d’autres journalistes et contrairement à moi, ils passent leur temps sur du carrelage propre, loin de toute salissure. Les veinards !

Oh, le voilà qui arrive. Gageons qu’il s’est lavé les pieds et qu’il portera aujourd’hui des chaussettes propres. Hier, du bas de son bureau, j’ai entendu dire qu’il allait vadrouiller à Crève-Cœur. J’espère seulement que je ne vais pas une fois de plus rentrer avec des cors plein les chaussures.

Après avoir passé plusieurs minutes dans la pénombre, mon visage quitte enfin le tapis de caoutchouc du véhicule. Aie ! Le bitume est chaud. Le journaliste, lui, ne sent rien. Gaillard, il ne sent même pas que j’existe.

Au loin, j’aperçois une adorable petite savate. Comme je parle couramment la langue des savates, nous entamons la conversation. Elle m’apprend qu’elle appartient à Indira Kaleecharun. Une grand-mère qui habite la localité, depuis une quarantaine d’années.

Sans gêne
Faisant son job, le journaliste fait parler Indira. « C’est une petite localité où la vie s’écoule sans trop de soucis. J’habite ici depuis quarante ans et je ne me vois pas aller vivre ailleurs. Durant la journée, je m’occupe des tâches ménagères quand je ne jette pas un coup d’œil sur mes petits-enfants, qui sont actuellement en vacances », raconte-t-elle.

Se remettant à marcher, sans même me demander ma permission, voilà qu’il est pressé maintenant. Marchant sans gêne sur les cailloux, il doit avoir repéré un autre intervenant pour son reportage. « Nou capave coz ene ti momen », lance-t-il à un monsieur qui se présentera à lui comme Ashok.

Comme je ne suis pas sourd et un peu curieux, je tends l’oreille pour écouter ce qui se dit en haut. « Le village est comme un carrefour. En effet, la montagne Pieter-Both nous sépare des villages tels que La Laura et Saint-Pierre. Majoritairement composé de familles hindoues, c’est un village très pieux. Nous comptons d’ailleurs quatre lieux de culte. »

Râpant des pieds par manie, le journaliste n’en finit pas avec ses questions ! Du coin de l’œil, je vois bien qu’il embête un peu Ashok. Mais têtu comme il est, il envoie une deuxième salve de questions. Son intervenant lui répond avec le sourire. Faisant la moue, je n’ai d’autre choix que de prendre mon mal en patience. « Comme vous le voyez, les gens d’ici sont principalement des agriculteurs. Ils travaillent la terre à la sueur de leur front pour faire vivre leur famille », indique-t-il.

Non, non ! Ashok, ne lui dites pas ça ! Je le connais, il va vouloir se rendre dans un champ et c’est encore moi, Godasse, qui vais devoir l’emmener. ‘Parole ki longue !’ Voilà qu’il gambade, à la recherche d’un champ quelconque. Une chance qu’il rencontre à quelques mètres seulement Rajesh, un planteur de gingembre.

« Je suis un natif de la localité. C’est la 3e génération qui fait de la plantation de gingembre son gagne-pain. C’est d’ailleurs, la plantation la plus répandue ici. Cette culture m’a permis de faire vivre ma famille et le fera encore, du moins je l’espère, pour les générations à venir », explique-t-il.

Enfin, il me montre un peu de considération quand il se met à l’ombre d’une boutique multifonctions. « Je m’appelle Karuna Dabbea. Et vous êtes ici dans le premier magasin  de la localité. Le local abrite aussi un salon de coiffure. En tant que gérante, j’ai tenu à offrir ce service aux habitants du village parce qu’avant, c’était pour les habitants un vrai casse-tête que de s’offrir d’une bonne coupe. »

Plus loin dans la conversation, Karuna apprendra à notre journaliste hors-piste que les villageois sont un peu timides. « C’est vrai que les initiatives ne fusent pas. Mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y fait pas bon vivre. »

Roshan Dookhit est également un planteur de gingembre. Allant à la chasse de mauvaises herbes avec son pulvérisateur, qui me mouille de ses nuées, l’homme cultive sur plus d’un arpent de terre. « Il y a certes du gingembre, mais le manioc pousse très bien. Il faut aussi dire que la terre d’ici est des plus fertiles », fait-il observer.

Prenant le temps de refaire mes lacets, mon tortionnaire repart de plus belle, c'est-à-dire au petit galop. Je ne sais pas pourquoi il fait ça. D’habitude, au bureau, il est tout raplapla. Il traîne toujours la patte. Mais il suffit qu’on le lâche dans la nature pour qu’il reprenne du poil de la bête.

En parlant de bête, pourquoi s’est-il arrêté devant une boutique qui vend de la volaille, lui qui ne supporte pas la vue de la viande ? C’est certainement pour rencontrer Manisha Kalycharun, la gérante.

« La localité est petite, et c’est tant mieux pour moi, parce que j’ai une clientèle qui me permet de faire rouler le commence. D’ailleurs, mon meilleur chiffre d’affaires, je le réalise pendant le week-end. Tout le monde se rue chez moi pour un bon ti cari poule », dit-elle.

Si tout le monde mange du cari de poulet, Godasse, lui, ne mange que de la poussière. Quelle vie on mène quand on n’est qu’une paire de baskets.

Vadrouillant à sa guise, je vois soudainement un grand sourire  sur son visage. Et quand il est content, ce ne sont pas son pouls qui accélère, mais ses pas. Remontant à la force de ses maigres jambes un terrain en pente, il parvient à bout de souffle en haut d’une colline.

Au milieu d’un vaste champ de fleurs multicolores,  il rencontre Gianchan Ghoora. Ce dernier cultive des fleurs depuis plus d’une vingtaine d’années. Si moi, je ne vois rien, notre ami journaliste voit, lui, des gueules de loup, des marguerites, des œillets et d’autres variétés de plantes ornementales, dont Thierry ne devait même pas soupçonner l’existence.

Donnant enfin la parole à Gianchan, ce dernier lui apprendra : « Le climat est très favorable pour planter des fleurs. Je les revends par la suite au public dans la foire de Mahébourg. Cependant, c’est lors de la fête des morts que j’en vends le plus. »

Foolmaun Ramduth travaille la terre malgré le poids de l’âge. En effet, à 76 ans, l’homme manie la pioche avec la même vigueur et la même dextérité qu’à ses 20 ans. « Mo kontan travay dan karo. De toute fason, mo pena soi. Mo gagne zis Rs 3 000 com pansion, alor ki mo depense boukou plis ki sa. Lors la, kan mo vende mo legume, dimoune gagne pou casse pri ar mwa tou. Kouma dir legume la ine pousse tou sel dan caro la », fait-il remarquer.

À bon entendeur...
Une meilleure alimentation en eau est la requête qui nous est le plus parvenue lors de notre reportage. Il y a aussi eu des demandes de drains.

GPS
Origine du nom : le village doit son nom à Jean-Louis Crèvecoeur. Ce dernier était un marin français à la retraite, installé sur l’île vers 1750.
Circonscription : n° 4 (Port-Louis Nord/Montagne-Longue)
District : Pamplemousses.
Altitude : 300 m.
Villages avoisinants : Tosca, Rivalland, Melotte, Robinson et Thomasin.
Nombre d’électeurs : 2 162.
10 km.

Portrait d’habitant
Vinod Manoruth
Dans la localité, Vinod Manoruth est des rares à avoir escaladé la montagne Pieter-Both. Cet homme de 56 ans a fait cette ascension à 12 reprises : « La première fois que j’ai fait l’ascension de cette montagne aux crampons, je devais bien avoir 17 ans. Après, je l’ai escaladée encore et encore. Désormais malade, je la contemple de ma fenêtre. La force me manque pour en faire l’ascension. »




Thierry Léon

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