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Sunday, 29 January 2012 12:00

Étrangers et restaurateurs – Ça passe ou ça casse

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L’émission Enquête Exclusive a montré combien les businessmen étrangers affectionnent Maurice.
L’émission Enquête Exclusive a montré combien les businessmen étrangers affectionnent Maurice.
Poser ses valises à Maurice pour tenter sa chance dans la restauration, c’est un peu comme jouer à la loterie. Il y a peu de chance qu’on gagne, mais l’appât du gain fait tourner la tête. Des expatriés en ont fait l’expérience.
Ils sont nombreux les expatriés, en grande partie des Français, à s’être lancés dans la restauration à Maurice. À Grand-Baie, notre capitale touristique, à Flic-en-Flac, qui attire de plus en plus de touristes, et dans la région huppée de Rivière-Noire, ils ont su apporter des concepts novateurs. Ces concepts marchent-ils vraiment sur le long terme ? Si, pour certains, les affaires sont bonnes, pour d’autres, il a fallu mettre la clé sous le paillasson.

Les nouveaux restaurants sont de plus en plus hype. Les propriétaires n’hésitent pas à investir des fortunes colossales dans la décoration, les animations, la cuisine et le personnel pour s’assurer de leur succès. Dans l’émission Enquête Exclusive sur M6, diffusée lundi à l’île Maurice, nous avons découvert le L57, restaurant au cadre enchanteur, ouvert fin 2011 à Pointe-aux-Canonniers par Béatrice et Joaquim, un couple français tombé amoureux de l’île Maurice.

Il y a plusieurs restaurants tenus par des expatriés qui tiennent à apporter des saveurs d’ailleurs aux Mauriciens et aux touristes. Avec 20 ans d’expérience dans la restauration, les propriétaires du L57 ont voulu apporter leur savoir-faire à une île qu’ils connaissent bien et qu’ils aiment pour y être venus plusieurs fois.

Pour Béatrice Piédade, c’est avant tout l’envie d’apporter une restauration novatrice dans un lieu agréable qui a motivé leur choix : « Mais nous ne nous arrêtons pas là, nous voulons également créer de l’emploi. D’ailleurs, je suis actuellement à la recherche d’un cuisinier qualifié. Chez nous, tout se distingue par son authenticité. Nous avons voulu créer un cadre où petits et grands pourront se sentir à l’aise. Au niveau de notre cuisine, nous proposons une nourriture simple et légère, mais tout en étant très recherchée. Nous avons un personnel très performant. Je pense que ce qui fait marcher une entreprise, c’est le dur labeur et la persévérance. Il n’y a pas de recette miracle ! »

Une grande piscine, un mobilier raffiné et sophistiqué, une décoration qui se veut à la fois chic et glamour, le L57 se démarque de toute la pléiade de restaurants dans le Nord. Béatrice souligne que, si son mari et elle ont choisi de tout laisser pour ouvrir leur restaurant à l’île Maurice, ce n’est ni par hasard, ni pour le simple désir de connaître un peu le pays, mais plus pour la communauté : « La restauration est une entreprise, mais nous souhaitons partager notre savoir-faire et notre culture avec nos clients. Nous ciblons d’ailleurs principalement la clientèle locale et nous avons déjà pas mal de Mauriciens qui viennent manger chez nous ou encore tout simplement viennent prendre un verre. »

Bien des reportages, que ce soit dans la presse locale ou internationale, donnent l’impression que la plupart des restaurants et bars dans le Nord appartiennent aux expatriés. Certains ont même parlé « d’invasion ». À cela, Béatrice tient à souligner : « Je pense qu’il faut qu’on arrête avec cette étiquette. Nous ne sommes pas là pour voler le pain de qui que ce soit. Nous travaillons comme tout le monde et dans l’intérêt des consommateurs. »

Fidéliser la clientèle
Si le L57 fait parler de lui et mène à bien sa campagne de communication, pour Béatrice, le dur labeur finit par payer. Toutefois, ils ont été quand même plus d’un à avoir échoué et à avoir mis la clé sous le paillasson. Mamma Mia, BotteGuita ou encore la crêperie Saint-Malo, dans le Nord, n’ont pas tenu longtemps. À peine quelques mois ont-ils ouvert leurs portes qu’ils ont dû s’avouer vaincus.

Passée la frénésie de la nouveauté des premiers jours, les gens se lassent vite et le restaurant se retrouve de plus en plus vide, pour finalement fermer. C’est pour cela qu’il est, selon Julien et Nicolas Dubousquet, non seulement impor-tant de faire bonne impression au début, mais de savoir fidéliser la clientèle à travers des innovations incessantes, des soirées à thème, des cuisines fusions, qui s’adaptent aux goûts de tous.

Ces jumeaux français, propriétaires du Twins Garden à Flic-en-Flac, ont su tenir la barre depuis l’ouverture en 2010. Ils ont maintenant des habitués et se font toujours de nouveaux clients. Il n’y a qu’à y faire un tour pour se rendre compte de la belle ambiance qui y règne. Avec parfois de la musique live, un personnel accueillant et chaleureux, des soirées à thème, dont des buffets aux saveurs d’ici et d’ailleurs et également des dégustations de vin de différents pays, ils se sont forgé une réputation.

Famille de restaurateurs
Ils sont deux et partagent la même passion. D’ailleurs, ils viennent d’une famille de restaurateurs. C’est rare de voir des jumeaux se lancer dans un seul et même domaine. Si on parle souvent d’alchimie, il est connu que les jumeaux font tout pour se différencier l’un de l’autre, surtout en grandissant. Pourtant, pour Julien et Nicolas, c’est loin d’être le cas. Ils se montrent dignes de leur héritage familial.

« Se faire des clients est une chose, mais encore faut-il savoir les garder. C’est pourquoi au Twins Garden, nous innovons sans cesse et nous travaillons sans relâche afin de faire plaisir à notre clientèle. Nous avons ceux qui reviennent souvent et de nouveaux clients. Maintenant que nous nous sommes bien installés et que nous sommes de plus en plus connus, tout se fait par le bouche-à-oreille. Parmi nos clients, nous comptons 70 % de Mauriciens. Notre but est de faire plaisir à tout le monde et à toutes les bourses », explique Julien. Les affaires marchent très bien pour eux et ils n’ont pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin. Ils disent adorer l’île Maurice, où ils sont installés depuis trois ans et demi.

Un autre pour qui cela marche aussi très bien, c’est Jean-Jacques Berrini. Ce Français, gérant et l’un des trois propriétaires du BaliKopy, nous explique que ce sont leurs soirées à thème, leur cuisine originale et leur décor original qui a fait leur réputation.

Ouvert depuis décembre 2008, le BaliKopy Restaurant Bar Lounge, à Rivière-Noire, est un lieu gourmand et gourmet dans un cadre authentique. Contemporain, tout en étant chic et sophistiqué. Un cadre exotique et convivial, s’inspirant du style balinais des kiosques, des tables au bord d’une belle piscine, de la bonne musique d’ambiance, c’est ce qui plaît à la clientèle.

« Les gens viennent chez nous pour manger et prendre l’apéro entre amis. Nous avons beaucoup misé sur la décoration. C’est le mood BaliKopy. Nous avons privilégié une décoration zen et rustique. Et c’est notre cuisine qui fait revenir les clients. Nous avons des plats pour toutes les bourses et nous organisons, une fois par semaine, une soirée happy-hour et buffet barbecue, entre autres. Ces soirées connaissent pas mal de succès auprès de notre clientèle », déclare Jean-Jacques Berrini.

Il y a également des restaurants repris par de nouveaux propriétaires. Le Connaisseur à Grand-Baie –, bar à vin géré pendant un peu plus d’une année par un couple français, Karine et Yan –, a été repris par un de leurs compatriotes. Before Bar Lounge Restaurant était très connu et coté à Grand-Baie. Appartenant jadis à deux amis français, Philippe Courtain et Christophe Barelli, il a maintenant été repris par Meyepa Lopez.

« C’est un peu compliqué tout ça. Je suis né en Angleterre, ma mère est Espagnole et mon père est Mauricien. Ce qui fait que j’ai la double nationalité. En ce moment, le restaurant est fermé et en travaux. Je l’ouvrirai le 3 février et il sera baptisé Arty. C’est parce que j’ai toujours adoré l’art et la nouvelle décoration. J’ai mis des couleurs plus claires afin de donner plus de luminosité », explique Meyepa Lopez.

Nouveaux propriétaires
Avant d’être Before, ce lieu était connu comme Bedroom, avant de devenir Mezzanine. On pourrait s’aventurer à penser que devenir restaurateur à Maurice, c’est jouer à la loterie. Chaque concept est différent, mais cela ne veut pas dire qu’il marchera et tiendra dans la durée. Toutefois, le nouveau propriétaire n’est pas superstitieux et dit avoir justement repris ce lieu pour cette même raison.

« Je suis dans la restauration depuis plusieurs années. J’ai été restaurateur à Lyon en France et dans un restaurant à Grand-Baie. Je connais bien la clientèle du Nord, les Mauriciens comme les touristes. Mon concept apportera une cuisine avec des prix fort abordables. Les gens ne vont plus au restaurant comme avant pour différentes raisons, surtout financières. Je compte pratiquer une politique de prix les plus bas par rapport à la nourriture et aux vins », affirme Meyepa Lopez.

Cuisine japonaise, européenne et autres, il promet des prix qui défient toute concurrence : « Ce sera un lieu alliant bonne cuisine, bonne musique et art, car moi-même je suis un grand fan de ces trois choses et je veux en faire profiter ma clientèle. Rendez-vous le 3 février à l’Arty ».

Certains ont réussi où d’autres ont échoué. Le Beach House, à Grand-Baie, restaurant appartenant à un Sud-Africain, est maintenant bien intégré, depuis son ouverture il y a plus de deux ans. Le Patch & Parrot, autre restaurant sud-africain, marche fort. Le sport bar Pub & Grill fidélise sa clientèle grâce à ses soirées sportives et son concept. Ce qui est sûr, c’est que les Mauriciens, surtout ceux qui aiment sortir, sont heureux de cette diversité culinaire. Les gourmands et les gourmets sont servis.

Efficace s’il est bien utilisé
L’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM) affiche la même politique pour les restaurateurs mauriciens et étrangers. Elle représente plus de 80 % des hôtels et compte 110 membres, dont 36 restaurants. « Notre rôle principal est de soutenir les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration afin de développer un tourisme durable. Tous nos membres bénéficient des mêmes services de soutien et de promotion, qu’ils soient nouveaux ou anciens entrepreneurs, étrangers ou mauriciens », soutient Sarah Pointu Catton, Communication Executive.

Elle souligne que, comme pour les autres secteurs de l’économie, le partage d’expérience et le transfert de savoir-faire conduisent inéluctablement vers un enrichissement mutuel et un nivellement par le haut : « Il en va de même pour les Mauriciens qui connaissent des parcours exemplaires dans d’autres pays, exportant une connaissance unique. Il ne faut pas oublier qu’un apport régulier d’expertise venue d’ailleurs est une formule qui a fait ses preuves, durant de longues années, dans le secteur hôtelier et celui de la restauration. Ce frottement a été l’un des facteurs clé de la réussite de notre tourisme. S’il est bien articulé, à l’intérieur d’un cadre très précis, il ne peut être que bénéfique au pays ».

Last modified on Sunday, 29 January 2012 12:43
Jenilaine Moonean

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