Dr Mario Ng, gynécologue et obstétricien : «J’ai refusé la procréation assistée à des femmes ménopausées»

Par Jean-Marie St Cyr O commentaire
Dr Mario Ng Kuet Leong

Anita, 62 ans, a donné naissance à son premier enfant le mois dernier. Elle avait subi une fécondation in vitro. Le Dr Mario Ng Kuet Leong, gynécologue et obstétricien au Bio-life Centre, parle des risques que comporte une grossesse à cet âge. Il relate que pour des raisons d’ordre éthique, le centre a déjà refusé la procréation médicalement assistée à des femmes ménopausées ou proches de la ménopause.

Anita, qui est devenue maman à 62 ans, et son époux doivent encore être sur leur petit nuage. Ils connaissent enfin de bonheur d’être parents, après une trentaine d’années de mariage. Mais on ne peut occulter le fait qu’enfanter lorsqu’on a plus de 60 ans comporte des risques.

Comme le confirme le Dr Mario Ng Kuet Leong, gynécologue et obstétricien au Bio-life centre de la clinique St-Esprit, à Quatre-Bornes. « Les risques associés à l’âge de la maman sont le mongolisme ou une malformation. Chez une femme âgée, le risque de pertes est aussi plus élevé et par ricochet, les chances d’une grossesse, de plus en plus minces. Du moment que la femme a plus de 40 ans, le taux de réussite chute alors qu’en dessous, il est d’un tiers », explique le spécialiste, pionnier dans le domaine de la procréation médicalement assistée.

Il indique que la procréation chez une femme ménopausée doit se faire normalement à travers des ovules prélevés d’une femme plus jeune. Cette pratique, tout comme le don de sperme, n’est pas réglementée à Maurice. « Si une femme veut enfanter, elle peut subir une fécondation in vitro (FIV). La fertilisation se fait en laboratoire. Puisque la femme n’a plus d’ovules, c’est forcément celui d’une jeune donneuse qui sera inséminé en elle. » Cela signifie que les risques que le fœtus ait des problèmes sont liés à l’âge de la donneuse et non à celui de la mère qui le porte.

Jusqu’à maintenant, cette pratique n’était pas disponible à Maurice, même si tous les centres qui pratiquent la FIV ici peuvent le faire facilement. Dans certains pays, précise le spécialiste, c’est même défendu car il y a des questions d’ordre éthique qui entrent en jeu.

C’est pour cette raison qu’Anita a dû faire sa FIV en Inde. « La clinique St-Esprit est la pionnière dans ce domaine, mais nous avons eu plusieurs cas de femmes ménopausées ou proches de la ménopause auxquelles nous avons refusé la procréation médicalement assistée pour des raisons d’ordre éthique », confie le Dr Mario Ng. Dans la Grande péninsule, cela se pratique dans bon nombre de centres. « En Inde, il y a des femmes qui sont disposées à donner leurs ovules pour de l’argent. » Dans de nombreux pays où la procréation médicalement assistée est couverte par l’État, le gouvernement refuse de payer les traitements dans les cas où l’éthique est douteuse car c’est devenu un commerce.

En l’absence d’un cadre juridique, ce sont les centres de fertilité qui décident de le faire ou non. Il faut aussi tenir compte de l’état de santé de la femme. « À partir de 60 ans, elle peut avoir des complications, telles que l’hypertension, le diabète et les maladies cardiovasculaires. Une grossesse risquerait ainsi de mettre sa vie en danger. »

Bien que respectant le droit à chaque femme d'avoir recours à la procréation médicalement assistée, cela pourrait avoir un impact sur l’enfant. « Son développement psychologique, dans un milieu familial où la mère est tellement plus âgée et dont l’espérance de vie est limitée, ne peut que présager des difficultés. »


Dr Veyasen Pyneeandee : «Tous les risques ont été évalués dans le cas d’Anita»

Tous les risques ont été pris en considération dans le cas d’Anita qui a accouché de son premier enfant, à 62 ans, après plusieurs tentatives à 39 et 40 ans. C’est ce qu’affirme le Dr Veyasen Pyneeandee. « Tout a été mis en œuvre pour assurer la sécurité de la maman et du bébé. La santé de la maman a d’abord été prise en considération pour qu’elle soit dans une excellente forme physique afin de pouvoir porter un enfant. Elle a aussi suivi un régime alimentaire équilibré pour augmenter ses chances de procréer. Quant à son mari, il a dû arrêter de fumer et éviter les risques d’hypertension. »

Puis c’est le bébé en gestation qui a monopolisé l’attention après la fécondation in vitro pratiquée en Inde. Les poumons du bébé ont été préparés dès la 24e semaine de grossesse à travers des injections sur la maman. L’accouchement par césarienne était programmé à 37 semaines. Selon le Dr Veyasen Pyneeandee, les normes ont été respectées, que ce soit en Inde ou à Maurice, afin qu’aucune loi ou code d’éthique ne soit enfreint.

Le spécialiste souhaite que le public puisse avoir accès à la procréation médicalement assistée dans les hôpitaux de façon à donner la chance de procréer à un plus grand nombre de femmes qui ont des difficultés à avoir un bébé.


Me Pazhany Rangasamy : «Le don d’ovules ou de sperme n’est pas autorisé à Maurice»

« La loi mauricienne autorise l’insémination artificielle aussi longtemps que c’est dans le couple. Il est interdit de pratiquer l’insémination d’un donneur autre que le partenaire de la femme », explique l’avocat Pazhany Rangasamy. Il ajoute que pour pouvoir opérer une clinique de fertilité, le centre hospitalier doit avoir un certificat d’autorisation du ministère de la Santé qui vérifiera que l’institution dispose des équipements nécessaires pour offrir un tel service. Maurice n’autorise pas le don d’ovules ou de sperme. Ce type d’interventions doit se faire à l’étranger dans un pays qui l’autorise.

Taux de réussite de 30 % à 40 % chez les femmes âgées de 35 ans ou moins

Le Dr Ziyad Jhumka, embryologue
au Wellkin Hospital.

La Procréation médicalement assistée (PMA) fera partie des options médicales si le couple n’arrive pas à avoir un bébé après un an d’essai non-protégé. C’est ce qu’indique le Dr Ziyad Jhumka (photo), embryologue au Wellkin Hospital, en se basant sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé.

Un avis médical est aussi recommandé. Il stipule que la limite d’âge varie selon les pays. « En Angleterre, le gouvernement recommande que le National Health Service offre la Fécondation in vitro (FIV) jusqu’à l’âge de 40 ans. Généralement, les cliniques privées ne traitent pas les femmes qui ont plus de 50 ans. » À Maurice, il n’y a aucune législation à ce sujet.

La PMA comprend des techniques médicales comme l’insémination artificielle et la FIV (conventionnelle ou technique d’ICSI). L’insémination artificielle est la plus simple avec la préparation de bons spermatozoïdes injectés dans l’utérus de la patiente. La FIV comprend un prélèvement des ovules de la patiente et la fécondation au laboratoire avec les spermatozoïdes de l’homme. Les chances de réussite pour la FIV est de 30 % à 40 % chez les femmes âgées de 35 ans ou moins alors que l’insémination artificielle avoisine les 10 % à 15 %.