Emprunts : la restructuration difficile de United Investment Ltd

Par Vijayan Ayassamy O commentaire
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La société d’investissement United Investment Ltd (UIL) a connu depuis l’an dernier un fort taux d’endettement. Le ratio dette/fonds propres est passé de 30 % en 2015 à 42 % l’an dernier. Les obligations de la compagnie arrivent à maturité fin janvier 2020. C’est le vendredi 20 octobre prochain qu’e l'on saura plus clairement sur la situation financière, après la publication de son dernier bilan d’UTIN. Avec l’aval de la Bourse de Maurice, la compagnie a renvoyé la publication de ses derniers résultats pour l’année se terminant au 30 juin 2017. Ce renvoi est imputable aux retards concernant le plan de restructuration de la compagnie. Gros plan sur cette compagnie connue sur la Bourse sous le symbole UTIN.

Les principaux actionnaires sont Terra Mauricia Ltd avec 29,03 % de l’actionnariat, Firefox Ltd (20,3 %), Portfolio Investment and Management Limited (8,91%), Michel Guy Rivalland (8,77 %) et Jason Limited (5,89 %). Les directeurs sont Didier Merven, Cyril Mayer, Brette Childs, Kumar Gunness, Michel Guy Rivalland, Sébastien Mamet, Pierre Arnaud Marc de Marigny-Lagesse, Nicolas Maigrot, Joseph André Philip Jean Juppin de Fondaumière et Marie Donald Henri Harel.

Initialement, le conseil d’administration, présidé par Didier Merven, avait proposé un plan de restructuration qu’une assemblée générale extraordinaire devait approuver le 29 août dernier. La réunion a été renvoyée, le principal actionnaire voulant connaître le bien-fondé de cette réorganisation. Qu’en est-il ?

Tous les actifs et passifs d’UIL devaient être transférés dans deux nouvelles entités : AXYS Ltd et OXIA Ltd. Elles auraient représenté les segments financiers et non-financiers du groupe. Les obligations cotées d’UIL seraient transférées à AXYS et les emprunts bancaires restants seraient répartis équitablement entre les deux entités.

Le conseil d’administration estimait que le fonds de roulement disponible pour AXYS et OXIA suite à ces transferts serait suffisant pour couvrir leurs besoins pour les 12 prochains mois. Les deux entités seraient détenues par les actionnaires d’UIL et seraient cotées sur le marché officiel de la Bourse de Maurice et sur le marché secondaire. Avec cette proposition, UIL n’existerait plus.

Selon les directeurs, cette restructuration fait partie d’une stratégie à long terme pour créer et dégager de la valeur. Cela aurait donné une meilleure visibilité des diverses activités de chaque segment, à un plus fort contrôle de la gestion sur la performance et sur les résultats de chaque segment, à l’arrivée de nouveaux partenaires stratégiques, entre autres.

Cependant, le conseil doit passer par la Cour suprême. Il devait obtenir l’aval de chaque actionnaire, des créanciers et titulaires d'obligations et celui de la Banque de Maurice. Il avait toutefois déjà reçu le feu vert de la Financial Services Commission.

Les obligations

Dans son bilan de 2016, UIL comptait sur des recettes d’obligations de Rs 1,025 milliard. Ces obligations non garanties à taux variable offraient 6,75 % d’intérêts annuellement et seraient à maturité en fin janvier 2020.

En mars dernier, le groupe a procédé à une émission d’actions pour recueillir Rs 500 millions auprès de ses actionnaires. L’offre de 52,6 millions à Rs 9,50 chacune a été sursouscrite. Les recettes serviraient à moitié à la restructuration de ses dettes et l’autre moitié aux financements des projets.

En avril, il obtient l’aval des autorités boursières pour la cotation de 4,2 millions d’obligations à taux flottant pour une valeur totale de Rs 425 millions sur le marché secondaire. Les fonds recueillis devraient servir pour rembourser une somme obligataire de Rs 400 millions. 

Bilan

Après des bénéfices avant impôts de Rs 165,7 millions et Rs 191,6 millions, en juin 2014 et juin 2015 respectivement, le groupe a enregistré des pertes de Rs 101,7 millions avant imposition en juin de l’année dernière. Les passifs étaient de Rs 1,45 milliard dont Rs 1,095 milliard sont des passifs non courants (des emprunts portant intérêts). Pour les neuf mois se terminant à mars dernier, ces passifs non courants étaient au même niveau.  

UIL pas titulaire d’une licence FSC

Interrogée, la Financial Services Commission a souligné que la société est cotée à la Bourse de Maurice. « UIL n'est pas un titulaire de licence de la Commission, mais n’est que seulement enregistrée auprès de la Commission à titre d'émettrice assujettie en vertu de l'article 86 de la Securities Act. Comme toute société cotée en Bourse, il revient à la Stock Exchange of Mauritius d’examiner les rapports annuels d’UIL et d'examiner toutes questions relatives ».

Mauvaises fortunes

L’UIL est un groupe ayant des investissements dans plusieurs secteurs d’activités, dont les services financiers, l’hôtellerie, les technologies et l’agriculture. L’année dernière, les revenus du groupe ont avancé de 15 % à  40 %. Cependant, ces résultats ont été affectés par des coûts d'amortissement exceptionnels d'un montant de Rs 183 millions par la fin des opérations d’une entreprise d'engrais et de Rs 86,7 millions dans des placements dans le traitement de fruits de mer.  C’est ainsi que pendant trois années consécutives, la valeur liquidative d’UIL a chuté de 5 % à Rs 12,64. La contribution des services financiers a été négative l’année dernière avec un déficit de Rs 40 millions. UIL attend toujours la confirmation d’une licence bancaire pour lancer sa banque privée. À l’année dernière, il n’avait obtenu qu’une « in principal license » de la Banque de Maurice.

Du côté de l’hôtellerie, il y a eu la réouverture de The Ravenala Attitude ainsi que la cotation en Bourse d’Attitude Property Limited dont les bénéfices après impôts ont été de Rs 120 millions. Les placements D’UIL dans Quantilab Ltd ont été payants puisque cette entreprise spécialisée dans les dernières technologies a connu une croissance de 50 % sur une année grâce à des clients de l’Île de La Réunion, de France, de Suisse, du Qatar, de l’Inde et de l’Afrique du Sud. Dans le même secteur d’activité, le groupe compte aussi sur Megabyte Investment Ltd qui accompagne le secteur bancaire en fournissant des guichets automatiques. Dans le domaine agricole, UIL compte aussi sur Agro Mechanisation Company Ltd (MECOM) qui, malgré un environnement économique difficile, a tiré son épingle du jeu. Il a aussi des investissements dans l’Island Renewable Fertilizers Ltd (IRFL), Pelagic Process Ltd et Emineo Ltd.

Ce que dit Africa intelligence

Selon la publication Africa Intelligence, la tenue de l’assemblée générale du 29 août pour approuver le projet de restructuration a été renvoyée suite à la sollicitation de Terra. Ce gros actionnaire souhaitait avoir plus d’explications sur la rationalité de ce projet de réorganisation. Le site spécialisé dans les actualités politiques et économiques estime que la Financial Services Commission aurait le regard braqué sur les résultats financiers de cette année. Il indique que la FSC pourrait intervenir afin d’éviter toute faillite financière.