[Vidéo] Gérard et Steffi : des voix qui réchauffent les cœurs

Par Mélanie Valère Cicéron O commentaire
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L’un est artiste de rue et l’autre travaille pour une compagnie privée dans la capitale. Les deux sont des amoureux de la musique qui les a réunis. En ce temps maussade, ils apportent un peu de chaleur dans les cœurs. Rencontre.

Il y a des histoires d’amour ou d’amitié qui sortent de l’ordinaire. Celle-là est une histoire d’amour pour la musique. C’est aussi le récit d’une grande amitié qui a vu le jour à La Chaussée, à Port-Louis.

Les habitués de cette rue mouvementée connaissent peut-être Gérard Milate. Âgé de 57 ans, cela fait plusieurs mois qu’il chante dans les rues de la capitale, histoire de partager sa passion avec les passants, mais aussi pour se faire quelques sous.
Cet habitant de Port-Louis est là chaque matin à partir de 9 heures avec sa guitare, sa petite sono et son micro. Son répertoire est riche. Il chante du Bob Marley et fait honneur à de nombreux artistes internationaux.

Fils du ségatier George Milate (auteur de Marcienne mo gaté), il chante et joue de la guitare depuis l’âge de 10 ans. Électricien de formation, il ne peut désormais plus travailler et a décidé d’être artiste de rue depuis deux ans et demi.

« Il faut être débrouillard et ne pas attendre que la vie nous fasse des cadeaux », dit-il à quelques jeunes qui lui demandent un peu d’argent. « Ils ont 19 ou 20 ans et ne travaillent pas. Je ne comprends pas cette génération ». Il doit lui subvenir à ses besoins et à ceux de son épouse qui est souffrante. En poussant la chansonnette dans la rue, il arrive à avoir de quoi manger.

C’est justement cette démarche que les gens apprécient. Au lieu de mendier, il chante. Et il y a six mois, il fait la rencontre d’une jeune fille qui allait devenir son amie.
Elle s’appelle Steffi Vivien, a 22 ans, une belle voix et habite Grand-Gaube. Elle travaille comme secrétaire administrative pour une firme privée au 5e étage du bâtiment de Médine Mews.

« Un jour, alors que je me rendais à la banque, j’ai entendu le son d’une guitare. J’ai été attirée par la mélodie et je me suis approchée pour découvrir le talentueux musicien. C’est là que j’ai vu Gérard et j’ai été subjuguée. Je me souviens de la chanson. C’était Rev nou ancetre de Cassiya) », relate-t-elle.

Elle félicite alors Gérard pour son interprétation et ne cessera de penser à lui ce jour-là. « Il m’avait redonné le sourire. Il m’avait apporté beaucoup de joie et je pense que c’est super d’avoir une personne comme lui dans une rue aussi bondée de la capitale pour chanter l’amour et l’amitié », dit-elle.

Tous les jours, elle passe faire un petit coucou à Gérard et devient vite sa fan number 1. Puis un jour elle lui propose de l’accompagner. Gérard est étonné. « Elle a pris le micro et a commencé à chanter. Elle a commencé timidement avec le dos tourné aux passants, mais s’est très vite laissée emporter par la chanson. Elle a une très belle voix. De plus, malgré sa tenue de secrétaire, ses chaussures talon aiguille, elle n’hésite pas à s’asseoir dans la rue avec moi pour chanter », raconte Gérard.

Effectivement, Steffi a une voix en or. Nous avons eu l’occasion de l’entendre le 16 janvier. Alors que tout le monde s’empressait de rentrer à la maison ou de faire de derniers achats, elle s’est approchée de Gérard et a commencé à chanter Zis pou lizie et Hotel California, ce qui n’a pas manqué d’attirer les regards.

Après sa prestation, elle a confirmé que de temps en temps pendant sa pause déjeuner, elle vient passer quelques minutes avec Gérard. Ensemble, ils chantent et jouent de la guitare. Elle explique que la plupart des gens s’arrêtent ou lui lancent un sourire, mais certains se montrent également méprisants.

« Certains balancent “get sa tifi la ta ki pe fer la”, mais cela ne me dérange pas », dit la jeune fille qui chante depuis l’âge de 16 ans au sein de la chorale de la paroisse Saint-Joseph, à Grand-Gaube.

La musique a réuni ces deux personnes. Pour Steffi, Gérard est un rayon de soleil, alors que celui-ci indique que « kan mo pa trouv li mo pa byen ». Cela lui fait tellement de bien de savoir que sa musique est appréciée. Il n’a pas seulement une voix en or, mais aussi un grand cœur. Mercredi, il s’est rendu à Résidences La-Cure pour chanter pour les sinistrés.
Cette rencontre avec des amoureux de la musique confirme qu’il y a toujours quelque part des voix pour réchauffer les cœurs…