Jaykumaren Iyasamy, le styliste devenu danseur professionnel : «La danse aide à créer un monde meilleur»

Par Rajen Sobrun O commentaire
Jaykumaren Iyasamy

Autrefois, la danse n'attirait que les filles à Maurice car il y avait trop de préjugés. En dépit de cela, les amoureux de la danse les ont bravés pour vivre leurs rêves.

La situation change aujourd’hui avec la nouvelle génération qui est plus versée dans les arts. Un exemple vivant de ce changement qui s’opère dans la société est Jaykumaren Iyasamy, un styliste formé à Paris qui a délaissé le monde de la mode pour faire son entrée dans l'univers de la danse classique indienne. Il s'est investi à fond dans sa passion.

Depuis quelques mois, il a pris de l'emploi comme professeur de danse au collège Friendship (filles) de Goodlands. Très respecté par ses élèves, Jaykumaren Iyasamy a fait une chose extraordinaire au collège. Le nombre d’élèves qui y pratiquent la danse a augmenté. Autrefois, la danse classique indienne n’était réservée qu'aux élèves d'une communauté, mais cela a changé. Jaykumaren Iyasamy compte parmi ses élèves des filles de différentes communautés.

Même la presse indienne a consacré des articles sur Jaykumaren Iyasamy. Ce dernier a fait parler de lui dans les journaux tels que The Pioneer, Lucknow Times, My City et Aaj.

Initiation à la danse

Né à Beau-Bassin, Jaykumaren Iyasamy a été introduit dans le monde de la danse par sa mère Shanta Devi Iyasamy, qui est considérée comme la seconde danseuse professionnelle de Maurice. Après ses études primaires et secondaires, il a mis le cap sur la France en 2001 pour des études plus poussées dans la mode. Il se fait inscrire à Esmod, école internationale de la mode à Lyon, pour ensuite se joindre au studio Bercot, Paris, capitale de la mode et de la haute couture.

Une rencontre inattendue avec Sri Dayalasingham, un maître danseur de la Narthanalayam School of South Indian Classical Dance à Paris, allait changer la trajectoire professionnelle du jeune homme. Sri Dayalasingham a éveillé chez Jaykumaren la passion pour le bharat natyam, un mélange de danse classique et d'art martial à la base.

« Il y a une différence entre le kathak et le bharata natyam et le kuchipudi. La première danse vient du Nord de l'Inde et a un lien avec l’ère moghole et les rois. Le kuchipudi, originaire d'Andhra Pradesh, et le bharata natyam, issu du Tamil Nadu, sont des danses classiques pour les temples. Pour cette raison, on accorde beaucoup d'importance à la tenue vestimentaire », a-t-il expliqué.

De retour à Maurice, Jaykumaren Iyasamy a décidé de faire carrière comme styliste. Il est embauché dans une usine où ses talents ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Il s'est senti frustré et sous-employé, en dépit de son diplôme en poche.

Étant de nature positif, il a toujours cru en lui-même. Sa rencontre avec feu Sandip Bhimjee et Anna Patten de l'Art Academy lui a donné une nouvelle orientation. Leur confiance en lui a agi comme un catalyseur. En décembre 2005, il a fait son baptême du feu sur scène dans la pièce Shakti Yug, écrite par Dev Virahsawmy.

« Cela a été un spectacle grandiose qui restera inoubliable pour moi. Pour la première fois, mon père m'a félicité. Il ne savait pas que son fils était si talentueux. J’étais sur un petit nuage », raconte avec nostalgie Jaykumaren.

Son passage à l'Art Academy l'a poussé à se professionnaliser davantage. « Je suis redevable à feu Sandip Bhimjee et à Anna Patten qui m'ont beaucoup aidé. Ils ont pu convaincre mes parents de me laisser poursuivre ma passion pour la danse », dit-il.

Cap sur l’Inde

Encouragé par ses parents, Jaykumaren Iyasamy met le cap sur l’Inde où il s'est fait inscrire à la Foundation Kalakshetra, Chennai – considérée comme le temple de l'art. Son admission n'a pas été facile vu les strictes conditions imposées. Il a dû participer à une audition devant de grands noms de la musique. Parmi 300 élèves, seuls 40 ont été retenus et Jaykumaren s'est trouvé parmi eux.

Il est bon de souligner que la Foundation Kalakshetra, Rukmimi Devi College of Fine Arts, qui a formé plusieurs danseurs de grande réputation, épouse le concept du « Guru-kulum ». Les élèves doivent mener une vie austère. Ils ont appris à vivre avec le strict minimum. Cela a aidé Jaykumaren à se forger une forte personnalité prête à évoluer dans des conditions difficiles. À la fin du cours, il ne restait que 24 élèves.

Jaykumaren Iyasamy a présenté un exposé international à la Foundation Kalakshetra grâce à Artemis Preeshi, un professeur connu du ballet aux États-Unis qui a voulu faire un numéro de fusion entre le ballet et le bharata natyam. Il a assisté Artemis Preeshi en tant que styliste.

Après quatre ans d’études à plein temps, Jaykumaren Iyasamy retourne à Maurice avec un diplôme avec mention première classe en bharata
natyam. Il donne une première représentation avec des musiciens indiens et en présence de son gourou.

Très sollicité, Jaykumaren Iyasamy émerveille toujours son audience. Il sait mélanger modernité et tradition dans ses pas. « Ma danse est une expérience physique. Je danse avec l'esprit et le corps. C'est une façon de m'exprimer », confie-t-il.

Que représente la danse pour Jaykumaren Iyasamy ? « La danse représente tout pour moi. Mon objectif est de promouvoir la danse classique indienne parmi les jeunes », a-t-il conclu.