Joëlle Ramful : «Je souhaite ouvrir une école de fitness»

Par Rajmeela Seetamonee O commentaire
Joëlle Ramful

Joëlle Ramful remonte la pente, après avoir perdu son époux en 2014. Âgée de 29 ans, elle a remporté le titre de Miss Bikini Overall, lors d’un concours de culturisme organisé par la New Body Building Federation, le dimanche 26 novembre dernier. Parcours.

Le corps enduit de crème de bronzage artificielle, Joëlle Ramful prend les poses lors du concours de culturisme organisé par la New Body Building Federation, le dimanche 26 novembre dernier. Elle fait de son mieux pour mettre en avant sa musculature. Elle ne se doute pas alors que, quelques instants après, elle occupera la plus haute marche du podium.

« Je pensais être parmi les trois premières, mais pas la grande gagnante. Je suis contente et fière d’avoir pu remporter cette récompense. J’ai travaillé dur pour y parvenir », confie la jeune habitante de Grand-Gaube. Elle retrouve peu à peu confiance en elle. Elle est plus que jamais motivée à réussir sa vie.

Il y a onze ans, Joëlle Ramful met fin à sa scolarité. Elle est en Lower VI et ne veut plus poursuivre ses études. L’adolescente déniche un emploi dans un magasin de vêtements à Grand-Baie.

Deux ans après, elle passe un entretien pour devenir hôtesse d’accueil dans un restaurant. Elle s’essaie à plusieurs postes, notamment barmaid, serveuse, caissière, avant de devenir responsable.

Elle y fait aussi la connaissance de l’amour de sa vie : Rajiv. « Nous avons vécu une première année tumultueuse à cause de la différence de culture, de religion et d’appartenance ethnique. Quand notre relation s’est stabilisée, lors de la deuxième année, nous avons décidé de nous marier. Mais il était difficile de convaincre nos familles. Elles ont pris du temps à nous connaître et, par la suite, ont accepté notre histoire d’amour », raconte-t-elle. Le frère cadet de Joëlle se lie d’amitié avec Rajiv et partage une relation spéciale avec celui-ci.

En 2017, je suis retournée pour le concours et j’ai remporté le premier prix. Le culturisme m’a permis de vaincre ma timidité et d’avoir confiance en moi. Il me prépare à affronter les obstacles de la vie»

Le jeune couple accueille leur première-née, Jeshini, le 25 juin 2012. La joie se répand dans la maison. Mais pas pour longtemps ! Le malheur frappe à leur porte dans la matinée du 2 novembre 2014. « J’étais occupée avec les tâches ménagères quand j’ai reçu un appel. L’interlocuteur m’a informée que mon époux avait été impliqué dans un accident de la route. Mon cœur s’est mis à battre très fort. Et je me suis mise à trembler comme une feuille », relate-t-elle.

Elle tente de contenir ses émotions et raconte que Rajiv revenait à la maison, après le travail. Il était à moto et en tentant d’éviter un piéton, il a percuté un mur.

« Nous avons pris connaissance de la triste nouvelle. Rajiv était décédé et mon monde s’est écroulé », dit-elle. La jeune maman perd sa joie de vivre et sombre dans la dépression. Elle essaie, tant bien que mal, de vivre pour sa fillette. Elle est soutenue par ses parents, son frère et sa belle-sœur. Mais elle commence à prendre du poids.

Nouvelle motivation

En 2016, son frère décide de prendre les choses en main. Il fait de son mieux pour redonner le sourire à Joëlle. Il lui demande de l’accompagner à l’Xtreme Barbell Gym. « Je faisais 73 kg et je ne me sentais pas bien dans ma peau. Les premiers jours en salle de gym, j’étais exténuée. Mon frère m’a motivée. Chaque soir, nous nous rendions en salle de gym à bicyclette », ajoute-t-elle.

Les trois premiers mois, elle perd 15 kg et elle est satisfaite du résultat. Le directeur de la salle de gym lui propose alors de se présenter au concours de culturisme dans la catégorie de Miss Bikini.

« Je ne disposais que de trois semaines pour me préparer et je n’avais pas encore développé de muscles. Nous avons travaillé dur. Je devais préparer ma fille, avant de quitter la maison pour la salle de gym. Puis, je me rendais au travail. Chaque soir, je passais deux heures à travailler mes muscles », relate-t-elle. Elle tient à remercier sa mère, qui l’aide à s’occuper de Jeshini.

Elle se présente alors à sa première compétition et termine à la troisième place. Elle prend rapidement goût au culturisme. « En 2017, je suis retournée pour le concours et j’ai remporté le premier prix. Le culturisme m’a permis de vaincre ma timidité et d’avoir confiance en moi. Il me prépare à affronter les obstacles de la vie », dit-elle.

Au départ, certaines personnes de son entourage ont eu du mal à accepter qu’elle fasse du culturisme. « J’ai toujours été très coquette et je conserve ma féminité. Ma silhouette est plus dessinée, mais je reste femme. Je me maquille, je lisse mes cheveux et je porte des vêtements féminins », dit-elle.

Joëlle Ramful travaille aujourd’hui dans un magasin spécialisé dans les objets de décoration. « Je souhaite ouvrir une école de fitness principalement dédiée à la gent féminine. Je veux contribuer à leur bien-être. Comme j’aime les enfants, je souhaite aussi ouvrir une garderie », dit-elle. Et par-dessus tout, elle veut se consacrer à sa fille de 5 ans.