La Vigie Guest House : lieu de vacances idéal pour personnes à mobilité réduite

Par Pradeep Daby O commentaire
La Vigie Guest House

Sadhanand Jugessur, directeur de La Vigie Guest House, a investi dans l’aménagement de systèmes destinés à faciliter les mouvements des personnes à mobilité réduite dans son établissement. Mais avant d’homologuer ces aménagements, les procédures ont été soumises à la validation des normes.

La plupart des hôtels, restaurants et infrastructures de loisirs de Maurice ne sont pas accessibles aux personnes handicapées. Un véritable point noir au tableau de ces établissements. Ce qui est loin d’être le cas de La Vigie Guest House, à Curepipe.

En ce samedi 6 janvier 2018, l’ambiance est à la fête. La grande salle à manger est à moitié remplie par des vacanciers réunionnais retraités, une clientèle fidélisée par Sadhanand Jugessur depuis la création de l’établissement. Mais cette fois, les Réunionnais ne sont pas des clients connus. Ce sont des personnes à mobilité réduite dont les vacances à Maurice ont été rendues possibles grâce à trois personnes : Ashvin, le fils de Sadhanand Jugessur et deux Réunionnais, Guillaume Sabrilamour et Marie de Boisvilliers.

Mais à un mois de leur séjour à Maurice, rien n’était encore sûr. « Jusqu’au dernier jour nous voulions nous assurer que les structures d’accueil pour ces personnes étaient au point », explique Marie de Boisvilliers. Si Maurice est réputé mondialement pour ses palaces sur le littoral, grâce à des prix et des reportages dans des publications spécialisées, rien en revanche ne dit si ces hôtels disposent d’appareils et autres systèmes permettant d’accueillir les personnes à mobilité réduite.

« C’est un gros manquement. On ne comprend pas comment l’accueil des handicapés n’entre pas dans leur budget. C’est une forme d’exclusion inconsciente », se désole Guillaume Sabrilamour.

Structures aménagées

On peut dès lors comprendre leur intérêt lorsqu’Ashvin Jugessur, qui se rend à l’île sœur presque tous les mois, propose d’accueillir des handicapés dans l’établissement familial. Mais la suggestion ne va pas sans poser la question de leur accueil. « C’était la plus grosse problématique. Nous étions conscients de l’absence de structures d’accueil à Maurice, que ce soit dans les rues ou dans les hôtels et restaurants. Il fallait donc régler ce problème », confient Guillaume Sabrilamour et Marie de Boisvilliers.

L’idée d’aménager l’accès aux personnes autrement capables n’est pas nouvelle chez Sadhanand Jugessur. Elle remonte à 1997, lorsqu’il agrandit ses deux appartements en une véritable guest house. « Comme j’ai été architecte au sein de l’ex-CHA, je connaissais les difficultés rencontrées par les personnes handicapées pour accéder à des immeubles. J’avais ainsi décidé d’aménager des endroits pour permettre le passage des fauteuils roulants dans l’établissement », explique-t-il. 

Si Guillaume Sabrilamour connaît bien Maurice, c’est parce que son club, l’Association Club Loisirs Entraide de Saint-Pierre, participe depuis 2010 aux tournois de dominos dont certains sont disputés à Maurice. En octobre 2016, l’association, souhaitant offrir à ses membres un séjour à Maurice, tombe sur le site Web de La Vigie Guest House, la seule qui avait aménagé des systèmes destinés à rendre les lieux accessibles aux personnes à mobilité réduite. À Maurice, Marie de Boisvilliers s’est elle-même rendu compte que les installations mises en avant sur les sites Web de certains établissements étaient insuffisantes. Mais il n’y a pas que les hôtels et autres restaurants qui manquent de facilités d’accès aux handicapés. « L’immense majorité des lieux touristiques et de loisirs à Maurice n’est pas accessible à ces personnes. C’est dommage car à Maurice, ces lieux sont magnifiques. Même un bateau avec fond de verre n’est pas accessible aux personnes handicapées à Maurice. Mais nous avons tenté de contourner ces contraintes, avec Ashvin qui nous a notamment aidés à dresser une carte des endroits dotés de rampes. Malheureusement, sur le terrain, il n’y en avait pas beaucoup », regrette Marie de Boisvilliers.

Équipements aux normes 

Même les grandes foires de Maurice, à Centre-de-Flacq ou à Goodlands, sont inaccessibles aux handicapés. « Il y a là des occasions de faire de bonnes affaires, à la fois pour les forains et pour les personnes handicapées, mais celles-ci ne peuvent s’y rendre car ces foires n’ont pas été conçues pour les accueillir », déclare-t-elle.

À La Vigie Guest House, des investissements dans l’accueil des personnes à mobilité réduite avaient déjà permis de leur faciliter l’accès aux salles de bains. Mais pour se mettre totalement aux normes internationales, Sadhanand Jugessur a dû consentir d’autres efforts sans regarder aux dépenses. « Nous avons importé les équipements de La Réunion afin de nous plier aux normes. Un cadre de l’ambassade de France à Maurice est venu vérifier les installations. C’est son feu vert qui a rassuré les deux associations de La Réunion », confie Marie de Boisvilliers.

À l’île sœur, la cause des personnes à mobilité réduite est placée parmi les priorités des dépenses de l’administration. Les moyens financiers et le personnel qualifié sont en équation avec les attentes de ces personnes. « Ces moyens leur ouvrent l’accès à la culture, aux sports, aux loisirs et aux vacances. De manière concrète, ils permettent de les mettre à égalité avec les personnes valides. À La Réunion, il y a des lois et des aides publiques. À Maurice, j’ai l’impression que ces personnes sont invisibles, cachées et exclues », fait ressortir Guillaume Sabrilamour.

Pourtant, il estime que Maurice pourrait devenir un véritable camp de vacances et de loisirs pour toutes les personnes à mobilité réduite du monde entier si une politique nationale, axée sur des lois cadres, était promulguée. « À La Réunion, il y a une grosse demande de la part des personnes à mobilité réduite pour des vacances à Maurice », indique-t-il.

Pour Sadhanand Jugessur, la réussite de ce premier accueil ne peut qu’être motivante, car d’autres investissements suivront pour consolider l’attractivité de son établissement. « Nous avons beaucoup misé sur la diversification de notre clientèle, mais c’est aussi l’aspect social qui a prévalu », conclut-il.