Le dilemme du Premier ministre

Par Diplal Maroam O commentaire

Depuis qu’il a signifié son intention de se retirer au profit de son fils, le Premier ministre se retrouve face à un dilemme de taille. Et aujourd’hui, les spéculations vont bon train sur la date d’une éventuelle passation de pouvoirs.

Cependant, même s’il a vraisemblablement déjà intériorisé son départ, sir Anerood Jugnauth, selon de nombreux observateurs, ne va pas tirer sa révérence de sitôt. S’il a effectivement évoqué des « unfinished business » pour motiver cette décision, la réalité est toute autre et a trait, manifestement, au timing approprié de ce départ, dans le but de ne pas ajouter l’eau au moulin de l’opposition.

En effet, qui oserait même envisager qu’après avoir servi pendant 17 années le pays en tant que PM et environ une décennie comme président de la République, SAJ irait finalement s’asseoir sagement sur les bancs des backbenchers à l’Assemblée nationale ?

Même David Cameron a finalement dû abandonner son poste de député, après avoir jeté l’éponge en tant que PM. Ainsi, dans le cas présent, il ne saurait y avoir de passation de pouvoir sans une démission simultanée de l’Assemblée nationale, suivie d’une éventuelle élection de remplacement au no.7.

Mais la question que l’on se pose : les circonstances actuelles sont-elles favorables pour assurer le succès d’un candidat Lepep dans une partielle ou serviraient-elles de tremplin pour un retour en force sur la scène politique du PTr dans un bref délai et une victoire éventuelle en 2019, comme ce fut le cas en décembre 2003 dans la même circonscription et subséquem­ment aux législatives de juillet 2005 ?

S’il est vrai que certaines mesures sporadiques prises par le présent régime ont permis de faire émerger un « feel good factor » ponctuel, la réalité de la situation socio-économique qui, à chaque fois, est revenue promptement au galop, assomme, ces jours-ci, le moral de la population. Et ce n’est certainement pas les Rs 200 de compensation qui allégeront le pouvoir d’achat de ceux au bas de l’échelle.

Certes, l’opération de nettoyage est essentielle pour faire repartir le processus de développement sur de nouvelles bases, mais lorsque cette opération s’éternise alors que nous entamons déjà la troisième année du mandat gouvernemental, la frustration des citoyens les incite à « dévirer », d’où ce regain de confiance et la remontée dans l’opinion de la cote de popularité de l’ex-PM.

Par ailleurs, même si Pravind Jugnauth se défend de lorgner le poste premier ministériel et affirme se concentrer uniquement sur ses responsabilités actuelles, la multiplication de ses sorties sur le terrain et ses rencontres dans différentes circonscriptions n’est pas anodine. Mais quoi qu’il en soit, force est de reconnaître que ses choix stratégiques des projets de développement pour le pays pèseront lourd dans la balance de l’opinion publique sur son aptitude à occuper les plus hautes fonctions du gouver­nement.

Or, déjà, dans les milieux concernés, l’on s’interroge à propos de la complémentarité de deux projets d’envergure, l’Administrative City à Highlands et le Métro Express. Si le premier a pour objectif de décongestionner la capitale – et en même temps de réduire les dépenses de l’État en termes de loyer –, la pertinence du second, par conséquent, tombe de facto à l’eau. D’autant que son coût risque de grimper significativement, vu les nouvelles stations qui ont été ajoutées au tracé et que le nombre restreint de passagers chez nous ne permettrait pas de le rentabiliser dans le temps voulu.

Finalement, sur le plan économique, si Pravind Jugnauth, en tant que ministre des Finances, veut mettre toutes les chances de son côté, il ne doit en aucun cas perdre de vue l’échéance de 2019 à condition qu’il passe, bien évidemment, le cap final de MedPoint à Londres. Dans ce contexte, la priorité des priorités est de faire redémarrer l’ascenseur social et de renverser ce sentiment de morosité ambiante qui anime le quotidien de nos concitoyens.

L’accent doit être mis sur une politique visant à une meilleure répartition de la richesse nationale, car une économie qui ne bénéficie qu’aux plus fortunés conduit inévitablement à l’instabilité politique et au déséquilibre social.

Des mesures courageuses sont essentielles, afin de protéger les emplois et de mettre en place une politique inclusive où personne, du plus faible au plus fort, ne sera laissé sur la touche. Bref, si le « new era of development » que nous promet le budget 2016/17 se traduit finalement en réalité, la base de l’éventuelle primature de Pravind Jugnauth serait alors définitivement jetée.