Les institutions vitales à la compétitivité de Maurice

Par Eric Ng Ping Cheun O commentaire
Port Louis

Le pays doit s'appuyer sur ses institutions pour devenir plus compétitif au niveau mondial, mais le gouvernement est embarrassé par des scandales.

1. Pour vous, les affaires médiatico-politico-policières représentent pour le gouvernement en matière d'administration de l'économie...

Une distraction 13%
Un embarras 70%
Une diversion 17%

Le gouvernement embarrassé

De semaine en semaine, la population assiste, ébahie, à des scandales qui impliquent un vice-Premier ministre, un ancien Attorney General et des parlementaires de la majorité. Sept sondés sur dix estiment que cela embarrasse le gouvernement dans son administration de l'économie. En effet, « all the scandals shift the attention and resources from handling the economy to politicking or firefighting. You cannot expect a government to drive the economy in the right direction if considerable time has to be spent on addressing a steady stream of scandals. » D’ailleurs, «the recurrence of all these affairs demonstrates to the public at large that the current leadership of this government is not able to impose discipline on its own members ». Si « the Prime Minister cannot fix things while still giving his attention to managing the economy », c’est qu’il fait plutôt dans « scandal management ».

2. Selon vous, l’attractivité de la juridiction mauricienne auprès des banques d’investissement internationales...

S'accroît 3%
Reste stable 53%
Diminue 43%

Maurice attire mais risque gros

Si la majorité des répondants croient que l’attractivité de Maurice auprès des banques d’investissement internationales demeure intacte, 43% trouvent au contraire qu’elle diminue. Alors que Deutsche Bank part, « we have not seen a rush on the part of international investment banks to set up office in Mauritius ». Car « investment banks are globally optimising their business model and reducing exposure to jurisdictions where there is little value added. Many banks now view Mauritius as higher risk than before because of the political instability and incompetence. » A la suite de la révision du traité fiscal entre Maurice et l’Inde, « many asset managers who have used Mauritius to set up India funds will soon shift to Singapore which is a better value added platform ». D’autant que « there is no doubt that the reputation of the country as an international financial centre is suffering from these scandals ».

3. Dans quelle catégorie Maurice doit-elle surtout progresser pour améliorer son rang de compétitivité au niveau mondial ?

Les institutions déterminent le reste

Définissant la compétitivité comme « the set of institutions, policies and factors that determine the level of productivity of a country », le Global Competitiveness Report 2017/18, publié par le World Economic Forum, classe Maurice à la première place en Afrique, mais 45ème globalement. Pour un analyste, « it is a shame that Mauritius has not progressed at all during the past few years. This is a fact of total mismanagement of the current government. » Pour 63% des sondés, c'est d'abord ses institutions que le pays doit améliorer pour progresser au niveau mondial en termes de compétitivité. Car « the effectiveness of policies and factors is tied to the strength of institutions. Putting institutions out of reach of politicians or their cronies could be a good start. » En même temps, « a new set of policy reforms is required to improve our competitiveness ».

4. Êtes-vous pour ou contre cet Exchange Rate Support Scheme tel que conçu par le ministère des Finances ?

L’inefficience tolérée et subventionnée

Le ministère des Finances a créé un Exchange Rate Support Scheme pour compenser les pertes de change des exportateurs de biens jusqu’à Rs 2,50 par dollar, à condition que le cours acheteur du dollar ne dépasse pas Rs 34,50. Quatre analystes sur cinq disent être contre ce plan, « a short term measure whereby taxpayers money subsidises the private sector ! » Précisément, « government is condoning and subsidising slackness in productivity and non efficient companies ». De plus, « the scheme creates an expectation from exporters that government will always bail them out when currency movements affect them adversely, which does not encourage them to manage foreign exchange risk». De toute façon, « these subsidies will not work because labour cost is too high and the competition is just better ». Autrement, « to improve competitiveness of the export sector, investment must be encouraged into research and development, technology and know-how ».

5. Êtes-vous d’accord avec la dernière baisse du Repo Rate ?

NON 57%
OUI, mais 0,50% trop FORT 10%
OUI, d’accord avec 0,50% 30%
OUI, mais 0,50% trop FAIBLE 3%

Une autre subvention monétaire 

La grande majorité des analystes ne sont pas d’accord avec la décision du comité de politique monétaire de baisser à nouveau le taux directeur par 0,50%. Aux dires d’un banquier, « this is a case of another subsidy ». Quand bien même, « with the high excess of liquidity, it seems doubtful that the rate cuts are being transmitted effectively to the economy ». Pour leur part, « banks will benefit as it takes time to re-price longer term commitments on the asset side of the balance sheet but not on the liabilities side which can be done immediately ». Mais « since banks rely on a pool of idle deposits to fund the assets on their balance sheet, a reduction in total savings will make it difficult in the short-to-medium term to fund new loans ». Reste que « the debt burden of borrowers are lighter, and this should provide them with an impetus to refinance their debts ».

6. D'après vous, l'impact de l'impôt négatif sur le revenu sur la consommation globale sera...

Pas de forte relance de la consommation 

L'État commencera à décaisser l'impôt négatif sur le revenu à partir du mois prochain, ce qui lui coûterait environ Rs 975 millions par an. Neuf analystes sur dix sont d'avis que cela n'aura pas d'impact majeur sur la consommation globale du pays. L'effet sera même négligeable, selon 47% des répondants. Il ne compense pas celui des baisses agressives du taux d’intérêt qui font que « income-dependent savers and pensioners are penalized ». Il existe le risque que « cash donated will not be spent on necessities, but the outlets selling alcohol will be the biggest beneficiaries of the generosity of the government ». Ce qui amène à dire que « this is more a populist move than a measure based on sound economic policy ».

7. Quelle réforme de la pension apportera le gouvernement actuel d'ici à la fin de son mandat ?

GRANDE réforme 0%
PETITE réforme 43%
AUCUNE réforme 57%

Aucune volonté politique de réformer

La dernière fois que s’est réuni le comité technique sur la réforme de la pension remonte à mars 2017. Ainsi, 57% des sondés jugent qu'aucune réforme ne sera mise en oeuvre sous le présent mandat du gouvernement. Sinon, « the reform should be bold, inspiring and decisive and should embody justice, equity and affordability ». Mais « this government is too weak to embark on any reform », étant « short of political capital ». D’ailleurs, « any government that touches the state pension will lose elections ». Or, « with an ageing population, government needs to have a more targeted approach and a fund to pay for the Basic Retirement Pension where the asset allocation is designed to meet outflows. Also, the National Pension Fund and the National Savings Fund need to modernise the way they manage money. »

8. Une absence de participation de l’alliance gouvernementale à l’élection partielle constituera pour les investisseurs un signal...

Aucun enjeu pour les investisseurs

L’alliance gouvernementale n’a pas encore décidé si elle participera à l’élection partielle du 17 décembre. Quatre sondés sur cinq pensent qu’une absence de sa part laissera indifférents les investisseurs. Suivant le mot d’un analyste, « it is unlikely to be factored in by investors, but is arguably an admission of political weakness by the governing coalition ». Pour ceux qui pensent que le signal sera négatif, « investors will think that this government has already admitted its unpopularity», voire que « it will not last next general elections ». Quoi qu’il en soit, la perception demeure que « the economy is on auto-pilot ».