Madhavi Ramdin-Clark : «Le nombre d’experts-comptables a augmenté depuis la crise financière»

Par Pradeep Daby O commentaire
Madhavi Ramdin-Clark

Les études de comptabilité sont-elles encore des promesses d’emploi pour les jeunes mauriciens, avec à la clé des salaires mirobolants comme par le passé ? Madhavi Ramdin-Clark, Head of ACCA Mauritius, fait le point sur la profession d’expert-comptable, tout en avançant « que plus de 85 % des experts-comptables mauriciens sont des membres ACCA » et en mettant l’accent sur l’adoption des normes, depuis la crise financière de 2007-2008.

Quels sont les facteurs qui ont favorisé l’essor de la profession d’expert-comptable durant ces dernières années ?
Il y a deux facteurs principaux : le besoin croissant de précision dans le traitement des finances (lié entre autres à la masse de plus en plus forte de données et à la place croissance de l’incertitude dans les facteurs influant sur l’économie et la société) et la nécessité d’une probité accrue, en lien avec les règles de bonne gouvernance. Cela est valable aussi bien pour le secteur privé que pour le secteur public.

La profession d’expert-comptable ACCA ne se limite pas à traiter des chiffres. Elle demande d’autres aptitudes, qui ouvrent des portes à une riche carrière dans divers domaines, avec bien sûr une connaissance pointue de la comptabilité et de la gestion financière. Le nombre d’experts-comptables ACCA a augmenté depuis la crise financière. Ce nombre a aujourd’hui dépassé les 200 000 mondialement.

Est-ce qu’à Maurice, la profession a réussi à se mettre aux normes avec des références internationales ?
Oui, la République de Maurice adopte les normes de l’IFRS, qui sont nécessaires internationalement pour les entreprises cotées en Bourse, les institutions financières et les grandes entreprises (même si elles ne sont pas en bourse). Il y a aussi une norme IFRS pour les PME. Maurice a une économie dynamique et réglementée, et notre secteur financier tient une place prépondérante dans cette économie - en étant notamment orientée vers l’international. Ce respect des normes est, donc, bien sûr une obligation, mais avant tout une nécessité.

Est-ce que la profession d’expert-comptable est aussi attrayante qu’elle l’était, il y a, disons une vingtaine d’années ?
Elle l’est certainement. On pourrait même dire qu’elle l’est encore plus. Car, les défis actuels, et ceux qui s’annoncent, pour les experts-comptables, demandent des compétences de plus en plus fortes. Cela crée une motivation supplémentaire pour apprendre de nouvelles choses et mieux comprendre divers domaines associés à l’évolution technologique, financière et sociale du monde contemporain.

Un rapport de l’ACCA, suite à une étude concernant des milliers de spécialistes dans le monde a, d’ailleurs, démontré que des facteurs importants, telles les technologies numériques, la connectivité et l’importance accrue des économies asiatiques, changent et changeront davantage la profession d’expert-comptable. C’est un monde en mutation qui s’ouvre à cette profession, et cela représente un attrait certain pour celles et ceux qui ont le 'mindset' adéquat.

Avec l’évolution rapide de la conjoncture économique, est-il possible d’avoir une vision claire des entreprises, mais surtout de leurs cahiers de comptes ?
Transparency International professe plus de transparence, à l’échelle mondiale. Il y a dix ans, la crise financière révélait les lacunes de certains conseils d’administration et dans la gestion des entreprises concernées, avec des pertes par milliards de dollars et un impact économique négatif. On peut aussi en attendre, au fil des années, des répercussions sur les délits financiers – dont des tentatives de fraude et de blanchiment d’argent.

Dans une telle situation, la transparence revêt une importance vitale, si l'on veut rester fidèle aux principes d’une gestion saine et honnête. Les délits financiers ne pourront être éliminés, mais ils peuvent être limités en étant détectés dans un environnement où la transparence est encouragée et pratiquée sur le plan national et international.

On a beaucoup parlé de saturation dans cette profession. Est-ce que les perspectives d’une réelle diversité de spécialisation existent à Maurice ? Que faut-il dire aux étudiants dans cette filière pour leur assurer des débouchés d’emploi ?
Malgré le nombre important d’experts- comptables ACCA à Maurice, on ne peut parler de saturation. Il faut, d’ailleurs, ici faire la différence entre, d’un côté, ceux qui suivent des cours ACCA et, de l’autre, ceux qui les ont complétés et qui ont passé le cap supplémentaire en devenant membre ACCA et donc experts-comptables. Une personne ayant complété avec succès tout le cursus de formation ACCA et tous les examens, dispose d’une connaissance solide en comptabilité, gestion financière et dans le respect des normes du métier et des standards d’éthique professionnelle. C’est déjà un atout certain pour trouver un emploi. Mais cette personne n’a pas le statut d’expert-comptable, habilité à auditer et signer les comptes et apte à donner certains conseils. Ce statut expert, qui est celui de Chartered Certified Accountant, est acquis en ayant démontré au moins trois ans d’expertise et de compétence, en plus d’avoir complété tous les cours et les examens.

En tant qu’expert-comptable et selon le poste qu’il ou elle occupe dans une entreprise ou un cabinet expert, le membre ACCA peut participer à la gestion comptable et financière, et au conseil en opérations et en stratégie, pour des entreprises et des organisations gouvernementales et internationales.
Car, toutes les organisations, privées et publiques, ont besoin d’experts-comptables. Le développement du secteur financier à Maurice implique, de plus, un besoin en ressources qualifiées, expertes et dotées de la bonne approche en ce qui concerne le respect des normes globales et des principes éthiques. Les experts-comptables ACCA disposent de ces atouts. Plusieurs membres ACCA mauriciens sont, par ailleurs, recrutés chaque année pour des postes à l’étranger.

Est-ce les professionnels mauriciens peuvent trouver des postes en Afrique ? Est-ce les normes en matière de gestion saine des finances, existent dans les entreprises africaines ? Quels sont les moyens de le savoir, si l'on souhaite que les professionnels mauriciens y trouvent des débouchés ?
La filière ACCA est reconnue internationalement et l’ACCA a, elle-même une présence dans 180 pays. De nombreux pays africains en font partie et les membres ACCA mauriciens ont certainement des opportunités pour travailler dans ces pays, comme c’est le cas en Europe, aux États-Unis et en Asie notamment. Je ne peux me prononcer sur la gestion des finances de chaque entreprise africaine. Mais des normes internationales et les 'best practices' existent pour le métier d’expert-comptable, et un membre ACCA est appelé à les appliquer, où qu’il se trouve.

Est-ce qu’il existe à Maurice un exercice illégal du titre d’expert-comptable, tout comme un usage trompeur ? Si c’est le cas, comment le combattre ?
Il n’y a malheureusement aucune loi spécifique qui définit l’usage de l’expression 'professional accountant'. Cela rend d’autant plus important et nécessaire le système de reconnaissance professionnel qu’est celui de l’ACCA. Un membre ACCA doit répondre à des critères spécifiques pour avoir le statut d’expert-comptable et pour conserver ce statut année après année. L’ACCA, en tant qu’organisation mondiale, est elle-même affiliée à d’autres organisations, et le bureau ACCA Mauritius est le représentant de l’ACCA auprès des autorités mauriciennes. Ce bureau collabore également avec la MIPA, qui regroupe les experts-comptables à Maurice. Il y a donc une liste officielle d’experts-comptables véritablement reconnus comme tels par la profession. Nous demandons à nos membres de ne pas hésiter à faire connaître leur statut d’expert-comptable officiellement reconnu par l’ACCA, afin de faire la différence.

Est-ce que les entrepreneurs et les chefs d’entreprises sont-ils sensibles aux suggestions ou observations des experts-comptables embauchés pour auditer leurs bilans annuels ?
L’audit est un outil, et une procédure, importants et porteurs de valeur ajoutée, notamment pour les compagnies à la recherche d’investisseurs, comme celles qui sont cotées en bourse. Les entrepreneurs et chefs d’entreprise avisés, même si leurs sociétés ne sont pas cotées, y trouvent des avantages certains. Par exemple, l’audit externe pousse l’auditeur à analyser les procédures internes et des transactions, en partageant ensuite leur expérience, ainsi que leurs observations sur des faiblesses et des améliorations, avec la direction de l’entreprise.

Les décideurs et chefs d’entreprise  sont donc à l’écoute des auditeurs, de leurs observations, et de leurs recommandations. Car les auditeurs apportent un regard externe, indépendant, avec parfois une expertise supplémentaire, qui servent les intérêts de l’entreprise et son développement.