Malenn Oodiah du groupe Beachcomber : «Il faut distinguer le produit fabriqué localement de celui qui est importé»

Par Leena Gooraya-Poligadoo O commentaire
Malenn Oodiah

Le secteur de l’artisanat à Maurice a un énorme potentiel. C’est ce que constate Malenn Oodiah, président de la Fondation Espoir Développement de Beachcomber (FED). Toutefois, déplore-t-il,  les obstacles  pour le développement des artisans sont toujours présents

Beachcomber prévoit de créer un village dédié à l’artisanat mauricien à Les Salines. Quel est l’objectif de projet ?
Au coût de Rs 7 milliards, Les Salines Rivière-Noire est un projet intégré du groupe Beachcomber Resorts & Hotels qui comprend la construction d’un hôtel, de villas, et l’aménagement d’un lotissement. Il comprendra, dans un second temps, un golf de 18 trous. Le groupe Beachcomber prévoit un programme socio-économique, culturel, et environnemental d’envergure dans la région. Parmi les composantes du programme : la création d’un village artisanal aux Salines. Cet espace sera une vitrine de l’artisanat local et un creuset de talents. Il aura pour pivot l’association Beautiful Local Hands, de la FED. En sus des artisans qui font déjà partie de Beautiful Local Hands, le village accueillera des habitants de Rivière-Noire, intéressés ou engagés dans l’artisanat.

Qu’est ce qui a motivé le groupe Beachcomber à se lancer dans un projet en faveur de l’artisanat ?
Le projet d’artisanat a vu le jour en 2006 après un constat sur les difficultés des artisans locaux à se trouver un marché auprès de la clientèle touristique. Ce projet a été lancé pour offrir à de petits artisans une ouverture sur le marché touristique et hôtelier. Afin de leur permettre d’atteindre la qualité requise, la FED a fourni un financement pour des formations techniques et la mise à leur disposition d’installations de production. La Fondation commercialise aussi leurs produits auprès des hôtels et boutiques touristiques. Depuis 2013, la soixantaine d’artisans qui travaillent régulièrement avec la FED se sont regroupés dans l’association Local Hands. Une trentaine d’entre eux utilisent les ateliers mis à leur disposition par le projet à Phoenix, La Gaulette et Bambous. Les autres artisans sont des petits entrepreneurs autonomes qui assurent leur propre production, mais qui écoulent une partie de leurs produits via Beautiful Local Hands.

Quel est votre constat sur ce secteur actuellement à Maurice ?
Ce secteur a un énorme potentiel, les artisans locaux confectionnent des produits extraordinaires à partir de matériaux locaux. Toutefois, les produits d’artisanat importés de Chine, d’Indonésie, entre autres, à des prix défiant toute concurrence, mettent à mal ce secteur.

À partir du 15 novembre, chaque touriste bénéficiera d’un bon d’achat de Rs 200 à condition qu’il achète des produits artisanaux mauriciens pour une valeur d’au moins Rs 1 000. Comment accueillez-vous cette mesure ?
Toute initiative visant à aider des artisans locaux est bonne et nous apprécions cette initiative pour inciter les touristes à acheter plus. Toutefois des questions restent posées sur sa mise en pratique : comment s’assurer que les produits, qui vont bénéficier de cette initiative, sont bien fabriqués à Maurice ? Comment s’effectuera le remboursement ? Comment s’assurer que ce soit bien l’artisan qui bénéficiera de cette mesure et non le commerçant au bout de la chaine ?

Les artisans locaux sont nombreux à réclamer un hologramme d’authentification de leurs produits. Partagez-vous le même avis ?
Oui. On doit pouvoir faire la distinction entre un produit d’artisanat qui est fabriqué localement et ceux qui sont importés. Sur ce plan, Local Hands travaille actuellement avec Made in Moris sur un label Made in Moris destiné au secteur de l’artisanat local.