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Tuesday, 05 February 2013 10:00

En Chine, louez votre prince charmant pour apaiser vos parents Featured

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Vendre un baiser, jouer le fiancé d'une inconnue pendant une nuit contre rémunération: les services qui fleurissent sur l'internet chinois à l'approche du nouvel an lunaire ne sont pas vraiment conformes aux traditions confucéennes.
Ils répondent pourtant à l'obligation traditionnelle de faire bonne figure au sein de la famille: respecter les aînés, satisfaire leur désir de marier leur progéniture ou de faire connaissance avec le futur gendre ou la belle-fille à l'occasion de la plus importante fête de l'année, qui tombe en 2013 le 10 février.

Le recours à ces services reflète la pression énorme à laquelle sont soumis les jeunes Chinois - en particulier les femmes - pour répondre aux attentes de leur famille.

"Vous vous sentez vieillir tout en redoutant de vous faire enquiquiner par vos parents? Vous avez besoin d'un petit ami pour affronter votre famille?", lit-on sur une publicité.

"Vos parents ont travaillé si dur pour vous élever, ramener un petit ami à la maison est le meilleur moyen de les payer de retour", affirme une autre société.

Sur le site d'achat en ligne Taobao, une recherche pour louer les services d'un prétendu partenaire pour le nouvel an chinois fait apparaître plus de 300 résultats.

A l'occasion de cette fête qui réunit des familles souvent dispersées, les Chinois vont effectuer cette année 3,1 milliards de voyages en bus longue distance et 225 millions de trajets en train, rapporte l'agence Chine nouvelle.

"Les jeunes veulent rentrer chez eux mais, en même temps, cela leur fait peur", explique Meng Guangyong, un homme âgé de 29 ans, originaire de la province du Guizhou (sud-ouest) mais qui vit à Pékin, où il gère un site de rencontres tout en louant ses propres services de faux fiancé.

"S'ils n'ont pas encore trouvé de partenaire, leurs parents vont les harceler, les envoyer à des rendez-vous avec de potentiels partis ou trouver quelqu'un qui va jouer les entremetteurs", détaille Meng.

"Et, alors même que vous vouliez juste passer un joyeux Nouvel An, au bout du compte, personne dans la famille ne va être heureux".

Mais se prémunir contre les rodomontades parentales une fois par an n'est rien comparé à la difficulté de trouver un vrai conjoint dans la société chinoise actuelle.

L'urbanisation effrénée a accéléré la mobilité géographique, et vivre au milieu d'inconnus tout en travaillant de longues heures est devenu la règle. Les liens sociaux qui existaient jusque là, notamment dans les campagnes et les petites villes, ont été fragilisés.

Les exigences matérielles vis-à-vis d'un futur conjoint ont progressé au moins au même rythme que la croissance de l'économie, selon Hu Xingdou, professeur d'économie à l'Institut de technologie de Pékin et critique social.

De plus en plus d'hommes sont incapables de fournir la dot espérée par la famille de la bru: une belle situation, une voiture, un logement. Un bien devenu de plus en plus inabordable au cours de la dernière décennie.

La cote des femmes sur le marché matrimonial diminue rapidement avec l'âge. Après 27 ans, elles sont considérées comme des "shengnü" ou "femmes en reste", selon une expression stigmatisante devenue monnaie courante.

Les parents chinois attendent toujours de leurs enfants qu'ils se marient assez tôt pour pouvoir pérenniser la lignée familiale en lui assurant une descendance masculine.

"Ce n'est pas comme en Occident où l'individu est très indépendant, et où la vie amoureuse ne regarde pas les parents", explique M. Hu. "En Chine, le point de vue de la famille est plus important. Il faut rendre heureux ses parents".

Mais au cours des dernières décennies, "le mariage en Chine a vraiment commencé à ressembler à une transaction commerciale", ajoute cet observateur.

Pour autant, trouver un prince charmant, même pour de faux, n'est pas simple. Ni bon marché. Bavarder avec lui coûte 30 yuans de l'heure (3,5 euros), dîner avec lui 50 yuans en plus du repas payé par le client. La journée entière est facturée 1.000 yuans (118 euros).

Serrer la main, étreindre l'autre ou lui donner un baiser sont proposés en option par une agence qui demande respectivement 10, 20 et 500 yuans pour ces signes d'affection.

Certains prestataires excluent explicitement d'aller plus loin, quand d'autres laissent la porte ouverte - tout en demandant le droit de consulter le carnet de santé du client.




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