Arvin Boolell : «Il n’y aura pas de fissure au PTr»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Arvin Boolell

La victoire à la partielle de Belle-Rose/Quatre-Bornes symbolise, pour Arvin Boolell, une consolidation du PTr et un réalignement sur l'échiquier politique. Il égratigne ceux qui espèrent une fracture au sein du PTr. Le futur député leur conseille d'arrêter de rêver.

Vous attendiez-vous à une aussi large victoire?
Je m'attendais à une victoire. Mais, de là avec un si grand écart, c'était difficile à prévoir. Nos deux adversaires étaient l'abstention et le gouvernement. Heureusement qu'il y a eu 55 % d'électeurs qui ont voté. Si le gouvernement avait participé à la partielle, la marge aurait été plus conséquente. Il y aurait eu un vote sanction. Sur la proposition de Navin Ramgoolam, ma candidature a été acceptée à l'unanimité par les instances du parti.

Vos détracteurs avancent que vous n'avez eu que 35 % des suffrages exprimés. Que leur répondez-vous ?
Il faut relativiser. Cette partielle a subi les foudres du gouvernement, une pression exercée sur les fonctionnaires et le gouvernement a boudé la partielle sachant qu'il est impopulaire. Pour comparer, les dernières élections municipales ont connu un aussi fort taux d'abstention. Il y avait le boni de fin d'année payé en avance, des bus offerts aux personnes du 3e âge pour déserter le no 18. Il y a un sentiment de discrimination, un taux de chômage des jeunes, de la drogue en libre circulation, un déséquilibre communautaire au no 18. Ce gouvernement va reléguer la gestion de l'économie du pays au profit de la politique parce qu'il est acculé. L'analyse qu'on a faite est que le PTr a été plébiscité dans toutes les régions du No 18. Ce n'est pas uniquement une victoire du PTr et d'Arvin Boolell mais de l'électorat du no 18 et la population mauricienne

Seriez-vous toujours partant pour une candidature au poste de leader des rouges ?
Le droit d'être candidat au poste de leader du PTr est légitime, pour moi comme pour un autre. Il y a le temps et la patience. Si c'est le voeu de notre électorat, pourquoi pas ? Le PTr a des instances et le congrès demeure l'instance suprême. Je souscris à ce que Jocelyn Chan Low a dit, ma victoire est synonyme de la consolidation du parti et d'un réalignement sur l'échiquier politique. On va célébrer et non jubiler. Les activistes travaillistes sont de fervents partisans du compromis et non pas de confrontation. La nouvelle constitution apporterait plus de transparence dans les instances du parti.

Contrairement à d'autres partis, il n'y aura pas de fissure au sein du PTr. Je suis une passerelle qui est de tirer des leçons du passé et réinventer le PTr tout en mettant en application nos engagements.

C'est-à-dire ?
Le leader a pleinement joué son rôle en chapeautant le système structuré mis en place pour la partielle. Nos engagements sont la délégation des responsabilités, une meilleure représentativité des femmes, 50 % de jeunes et de nouveaux venus, les nominations qui se feront par un comité de parlementaires, l'indépendance des institutions, une Freedom of Information Act. Dire non à la façon dont les gouvernements ont jusqu'ici géré le pays. Le plus important est l'équipe et le programme. Je fais partie de cette rupture, par exemple Shakeel Mohamed restera le chef de file du PTr au Parlement, je serais là en tant que Mentor et surtout pas pour faire partir Xavier-Luc Duval comme leader de l'opposition et pour aider à fédérer l'opposition et provoquer des élections générales anticipées. Notre responsabilite est de prendre le relais et porter le drapeau de la victoire à travers le pays. L'alternance, c'est le PTr. Le Labour Revival est déjà là et cela devrait nous tous interpeller de faire de la compromission. On a un mandat pour cela.

C'est quoi le compromis ?
Trouver le juste milieu, consolider davantage le parti, déléguer les responsabilités et répondre aux aspirations et attentes de la diversité de notre société pour une île Maurice cohésive et égale.

Vous parlez de rupture, paradoxalement le PTr fricote toujours avec la Voice of Hindu (VoH)...
On ne fricote pas avec la VoH. Les électeurs ont des droits, le candidat a des obligations de convaincre. Je ne pratique pas une politique de terre brûlée, je transmets les valeurs du parti. Je ne passe pas des jugements sans remettre en cause ceux fréquentables et ceux qui ne le sont pas. Je tiens les mêmes engagements. Nous sommes tous le commun des mortels et c'est l'équilibre communautaire, qui est le socle sur lequel repose notre harmonie sociale, qu'il faut privilégier. Je ne fais pas une politique d'hypocrisie. Why surf on a bubble qui n'existe pas ? Ceux qui nous font des reproches sont les premiers à mener une politique de terre brûlée. Je suis déçu de la façon dont le PMSD a mené sa campagne. J'ai rencontré des prêtres et d'autres personnes qui nous ont invités, sans que je n'aie à partager leurs convictions religieuses et autres. Il ne faut jamais se laisser berner et tirer des conclusions hâtives.

Vos adversaires ont dit que 'voter Arvin c'est voter Navin'. Slogan creux finalement ?
L'électorat a condamné ce slogan et ces attaques personnelles contre Navin Ramgooam. Il en a été victime et il a le droit de dire qu'il se réjouit de cette victoire.

Normalement, l'instance suprême d'un parti est rattaché à son leader et le PTr ne fait pas l'exception...
Il y a toujours une loyauté des activistes envers leur leader, ce dans tous les partis. La différence avec le PTr, c'est que ce n'est pas une histoire familiale et le PTr à chaque fois se réinvente avec des jeunes et des femmes et de ceux qui ont l'expérience pour créer une équipe qui va saisir les occasions pour répondre aux défis qui nous interpellent.

Pourtant, il y a eu au PTr, SSR et son fils Navin, sir Satcam et vous-même, une question de famille...
Il faut connaître le PTr et son histoire, on prêche le mauricianisme sur lequel repose nos valeurs. À un moment, la politique a été grandement ethnicisée, accentuée avant l'indépendance, le tout orchestrée durant l'ère coloniale. on doit tout faire pour garder cette realite du mauricianisme. la coexistence pacifique est le chemin de la lumière. D'ailleurs, on compte aligner 60 candidats aux prochaines législatives.

Donc pas d'alliance en vue ?
Je ne suis pas partisan d'une alliance pré-électorale, post-électorale peut-être. On aura une bonne équipe. Je suis partisan également d'une réforme électorale pour contrer la bipolarisation politique.

Changeons de registre, lors de votre dernière conférence de presse, vous aviez laissé entendre que le salaire minimal n'est pas bon. Vous le maintenez ?
On est pour un salaire minimal, mais qui ne soit pas dissocié de la politique monétaire et fiscale et qu'il soit lié avec la productivité et une roupie stable. Quelles sont les mesures d'accompagnement offertes aux PME ? Il ne faut pas comptabiliser les allocations pour atteindre le salaire minimal. Si les anomalies ne sont pas corrigées, des employés pourraient toucher plus que leur superviseur.

Se pourrait-il qu'il y ait des fermetures de certaines PME?
Les risques sont là, jusqu'à maintenant le gouvernement n'a pas su élaborer une politique de mesures d'accompagnement pour les PME. Déjà, il y a des entreprises qui ferment. L'investissement doit se faire dans la technologie et la formation. Le gouvernement a laissé les PME sur le pavé, il est impératif de réallouer des ressources comme soutien aux PME.