La photo au féminin pluriel

Par Caroline Duval O commentaire
photo au féminin pluriel

Elles ont longtemps étaient muses ou mannequins. Aujourd'hui, les femmes sont aussi derrières la caméra. Dans l'œil d'une photographe, les clichés prennent une autre dimension. Flash sur un métier qui se féminise.

Elles ne courent pas les rues mais elles ont su s'imposer dans un univers longtemps dominé par des hommes. Ces derniers concèdent : « Elles ont investi tous les champs de la photographie alors qu’autrefois, c’était plutôt du domaine masculin », explique Steeve Dubois, le président du Cercle des artistes photographes (CAP). Au fil des années, les appareils numériques sont devenus plus accessibles. « Dans la même foulée, il y a eu une évolution des mentalités », ajoute le photographe qui compte 38 ans de carrière.

Le CAP compte cinq femmes dans ses rangs. « Dans l'univers du journalisme, une photographe doit être une fonceuse et ne pas avoir froid aux yeux mais il faut noter qu’elles parviennent plus facilement à se faire respecter et à ne pas être bousculées. »

Être une photographe, c'est aussi savoir user de sa sensibilité féminine pour apporter une touche plus personnelle et créative à la photo. « Au fil de nos expositions, nous avons pu constater leur façon d’interpréter certains thèmes, souligne Steeve Dubois. J'en connais qui sont même devenues photographes sur des bateaux de croisière. »

(...) Une photographe ne doit pas avoir froid aux yeux

Le photojournalisme a pris une autre tournure. La majorité des organes de presses locaux comptent au minimum une photographe. Waren Marie, responsable des photographes au Defimedia Group, explique que l'entreprise en compte deux femmes, Rajenee Panchoo et Marjoreland Pothiah. « Elles sont deux photographes d'expérience avec près d'une quinzaine d'années dans le métier ». Il admet que ce rude univers a longtemps été l'apanage des hommes. « Au début, lorsque les femmes y ont fait leurs premiers pas, il y avait une certaine réticence au niveau des attributions des tâches mais très vite, elles ont montré qu'elles sont aussi capables que les hommes et même plus. »

Le responsable des photographes se dit d'ailleurs satisfait du travail de ses deux collègues qui se démènent. « Une photographe réussit plus facilement à user de son charme pour mettre à l'aise une personne et un sourire suffit parfois pour détendre l'atmosphère. »

Avec l'avènement du multimédia, Marjoreland Pothiah est l'une des premières photographes dans la presse écrite à avoir fait des vidéos. « Elles apprennent très vite et l'entreprise nous offre de nombreuses formations », précise Waren Marie.


Anaïs Dercy : l’image dans la peau

Elle est peut-être l'une des plus jeunes femmes dans le métier. Elle a su se frayer une place dans le monde des flashs. Ce petit bout de femme est passionnée de photographie depuis qu’elle est collégienne et surtout en fin de parcours scolaire. Après ses études et des stages, Anaïs décide d'en faire son métier. Depuis quatre ans, elle s’y est pleinement consacrée. « Avec la pratique, j'ai développé mon propre style. » La photographe se spécialise dans les événements et les portraits de famille. « Les photos de famille m'inspirent. »

Être photographe, c'est accepter de faire face aux critiques et aux concurrents. « Il y en a beaucoup qui se disent photographes sans vraiment l'être et qui, en plus, pratiquent un tarif bien plus bas que la valeur du travail. Mais si on ne baisse pas les bras et si on continue de travailler dur pour ce qu'on aime, on s'en sort toujours car ce n'est pas cela qui va nous arrêter », dit Anaïs.

Selon elle, il n’y a pas beaucoup de femmes photographes car elles préfèrent miser sur la sécurité et privilégier leur vie familiale. « Elles gardent la photographie comme un passe-temps, voire une passion, mais elles hésitent à s’y aventurer professionnellement. Le peu de femmes qui ont osé ont parfois pris le risque de ne pas percevoir de salaires pendant certains mois. »


Karen Pang, l’avant-gardiste

À 25 ans, cette jeune photographe mauricienne indépendante, basée à Maurice et à Shanghai, s'est trouvé une identité. On reconnaît ses photos entre mille ! Karen Pang a tâté de la photographie à 15 ans. « C'était un passe-temps avant de devenir plus sérieux. Après avoir vu mon travail en ligne, les gens me contactaient pour leurs projets et autres campagnes. À l'époque, c’était le boom de la photographie à Maurice. »

Petite, elle aimait toujours faire des photos mais elle ne pensait devenir photographe. « Je suppose que lorsqu'on vous donne un outil, vous êtes capable de développer des compétences. » Elle commence à faire des photos avec son portable et passe ensuite au numérique. Elle a un penchant pour la photographie de mode dans laquelle elle s'est aujourd'hui spécialisée. Son métier évolue au fil du temps. « Je suis éclectique, mon travail n'est jamais le même mais j’aime qu’il soit soigné, minimaliste, naturel et authentique. »

Être photographe n'est pas le choix le plus simple mais la passion prend souvent le dessus. « Parfois il faut accepter des contrats moins créatifs afin de joindre les deux bouts. » Lors des débuts de Karen, il n'y avait que quelques femmes photographes et les gens étaient donc plus curieux. « C'est ce qui m'a permis de me faire connaître ici. »

Selon Karen Pang, l'approche des femmes est davantage basée sur les sentiments, moins technique et donc plus sensible à ce que dégage l'image. « Il y a une communauté grandissante de femmes photographes et c'est beau de voir des femmes s'exprimer aujourd'hui et en particulier à travers des approches féministes. »


Nauseen Taher : Toute une histoire

Elle est l'une de seules photographes à proposer ce type de photos à Maurice. C’est-à-dire celles qui regorgent d’histoires merveilleuses. En effet, Nauseen Taher dirige d'une main de maître Story Makers Photography et Bump and Beyond Photography qui se spécialisent principalement dans les photos de nouveau-nés et de mariage. C'est après la naissance de son troisième enfant que Nauseen décide de s'essayer à la photographie. Elle photographiait chaque pas, chaque sourire, chaque action de ses enfants… En 2012, la photographe se lance de plain-pied dans le domaine en créant son entreprise, Bump and Beyond. Le déclic survient lorsqu'elle se découvre une passion pour la photographie de nouveau-nés surtout lors de leurs deux premières semaines.

J’aime immortaliser la joie et le rire des enfants.»

« Je pense que les bébés grandissent si vite qu'il est essentiel de capturer chaque petit détail de leur vie. Je fais des photos de maternité, de famille, de mode. J'aime immortaliser la joie et le rire des enfants." Avec son mari, ils ont ajouté une nouvelle corde à leur arc en proposant des photos de mariage et de mode et événements de même que la vidéographie. Nauseen a aussi récemment ouvert son propre studio. Le métier exigeant et difficile qu'est la photographie n'est pas sans repos pour cette mère de famille. C'est accepter de rentrer tard le soir et de travailler le week-end. « Je dois faire face à beaucoup de commentaires sur le fait d’être une femme photographe et certains sont intimidés par le fait que je porte un lourd objectif au cou. » Il n'est pas facile tous les jours, ajoute-t-elle, de faire entendre sa voix dans un univers masculin.


Khatleen Minerve capturée par la photo

Elle n’a pas eu de déclic… Elle est tombée, dit-elle, dans le monde de la photographie au hasard. Cependant, elle n’a aucune limite pour Khatleen Minerve. Et d’une simple passion, elle en a fait son métier. « J’ai fait des études en droit et gestion mais à un moment, c’était évident que la photo m’intéressait au point d’y faire carrière. » En cinq ans, elle s'est spécialisée dans la photographie de mode et les portraits de famille, individuels et événementiels, dont des mariages.

Être une femme dans un métier dominé par les hommes, ne l'a jamais freinée. Bien au contraire ! « La montée en puissance des divers réseaux sociaux offre plus d'opportunités et de possibilités de faire son marketing directement avec les clients potentiels. Si on sait bien gérer le relationnel et la partie artistique, je pense qu'on peut, avec de l'effort et de la détermination, gagner sa vie convenablement. »

Toutefois, Khatleen Minerve trouve dommage que les femmes soient en minorité dans bien des domaines. « Elles sont perçues comme étant moins capables que les hommes, indique-t-elle. Quant à la photo, une touche féminine y apporte beaucoup car la femme a le souci du détail et plus de considération pour ceux et celles qu'elle doit fixer sur image. Nous avons aussi sans cesse cette envie d'apprendre, par exemple, le maquillage ou encore le styling afin d'évoluer et de comprendre ce qui contribue à une belle photo de mode. »