Milan Meetarbhan : « Le poste de leader du PTr n’est pas libre »

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Milan Meetarbhan

Milan Meetarbhan, observateur politique, estime qu’en cas de vacance à la tête du Parti Travailliste (PTr), Arvin Boolell pourrait légitimement briguer le poste de leader. Pour le moment, selon lui, la place n’est pas libre.

Que retenez-vous de la première année du ‘prime ministership’ de Pravind Jugnauth ?
On retient surtout le fait qu’il est le Premier ministre (PM) le plus contesté de l’histoire du pays. Contesté, parce qu’il n’a pas reçu de mandat du peuple. Donc, il n’a pas de légitimité. Contesté également parce que c’est son père qui lui a cédé sa place de Premier ministre.

Dans une démocratie, détenir une majorité parlementaire ne vous confère pas forcément le pouvoir. Celui-ci vient du peuple et ne peut résulter d’un arrangement familial.

Se laisse-t-il mener à la baguette par son entourage ?
C’est un insider, celui qui a été l’homme fort du gouvernement conduit par le père, qui le dit : c’est « la cuisine » qui mène le bal. L’opinion publique a eu maintes confirmations de cette déclaration de Roshi Bhadain. Le scandale Air Mauritius et le limogeage du CEO de cette compagnie en ont peut-être été les exemples les plus flagrants.

Les scandales se sont multipliés. Est-ce un fardeau politique pour lui ?
Évidemment. D’abord, puisqu’on est sous un régime parlementaire et non présidentiel, et que c’est la responsabilité collective qui prime. Les scandales rejaillissent sur l’ensemble d’un gouvernement et certainement, sur le Premier ministre. Ensuite, il est éclaboussé par la façon dont il gère les crises qui secouent le gouvernement.

Le pouvoir vient du peuple et ne peut résulter d’un arrangement familial »

Sir Anerood Jugnauth (SAJ) a dit que, s’il le fallait, il redeviendrait PM. Est-ce pour conserver la main-mise sur le MSM et le gouvernement ?
Le MSM a toujours été une affaire de famille. On a voulu faire croire aux Mauriciens que c’est le parti qui gère le fameux trust. En fait, tous les trustees, nommés à l’origine, étaient des membres de la famille. Quand sir Anerood Jugnauth était PM en 2000, le conseil des ministres était composé de trois Jugnauth, sans compter les cousins et cousines au sein de la majorité.

Que se passerait-il si Pravind Jugnauth perdait le procès MedPoint ?
Le Privy Council est la juridiction d’appel en dernier recours. Donc, si la décision de la Cour suprême est reversée par les law lords, Pravind Jugnauth devra démissionner comme PM et député de l’Assemblée nationale, peu importe les dispositions de la Constitution.

Il y va de la moralité publique. Indépendamment de la décision finale des law lords, il faut s’attendre à ce que les auditions devant le Privy Council retiennent l’attention des médias étrangers, car c’est un appel au pénal contre un Premier ministre en exercice.

Qui voyez-vous comme éventuel PM au sein du MSM à la place de Pravind Jugnauth ?
Est-ce que ce sera nécessairement quelqu’un du MSM ? Au cas où un PM est contraint de démissionner, peut-on exclure le scénario selon lequel un Deputy Prime Minister, issu d’un autre parti au sein de l’alliance majoritaire accède aux fonctions de PM pendant une assez longue période ? Dans une telle hypothèse, le rôle du président de la République serait déterminant.

Venons-en à la victoire d’Arvin Boolell à la partielle au no 18. Est-ce que le PTr s’est refait une virginité et se présente comme un sérieux adversaire lors des prochaines législatives ?
Il n’y a pas que la victoire d’Arvin Boolell. Il y a l’ampleur de cette victoire, qui redessine le paysage politique. Le plus vieux parti du pays, qui l’avait conduit à l’Indépendance, se repositionne sur l’échiquier politique, alors qu’on célèbre le 50e anniversaire de cet événement historique.

Si la décision de la Cour suprême est reversée par les law lords, Pravind Jugnauth devra démissionner comme PM et député, peu importe les dispositions de la Constitution »

Arvin Boolell entend se présenter comme candidat au leadership du PTr, au cas échéant. A-t-il une chance ?
En cas de vacance à la tête du Parti Travailliste, Arvin Boolell aura le droit et la légitimité nécessaires pour postuler aux fonctions de leader. Si d’autres membres du parti se portent également candidats, les membres décideront en fonction de la compétence, des qualités personnelles et de la fiabilité des candidats. Mais le poste de leader au PTr n’est pas libre pour le moment.

25 ans de ramgoolamisme avec Navin. L’usure ne se fait-elle pas sentir ?
Il y a plus de 80 ans de travaillisme. Les valeurs du travaillisme sont toujours d’actualité et trouvent leurs racines dans des mouvances historiques sur le plan mondial. Le leader doit incarner ces valeurs. Ce n’est pas son idéologie et sa vision, comme le prétendent certains leaders, qui dominent.

Un Premier ministre, qui n’a pas de mandat populaire et qui ose dire au peuple dans une déclaration à la nation qu’il veut que sa vision soit la vision du peuple, est non seulement prétentieux, mais il montre son mépris pour les normes démocratiques.