Produits alimentaires italiens : Un marché niche menacé de saturation

Par Pradeep Daby O commentaire
Poobah Rajaratnam

Présente à Maurice depuis des décennies, la cuisine italienne s’est fait rattraper par les recettes chinoises. Cependant, depuis ces dix dernières années, les plats italiens se déclinent en plusieurs compositions et saveurs grâce à leurs particularités enrichies en sauces et fines herbes. C’est dans ce créneau que s’est lancée la société Produits Alimentaires Italiens, située dans la zone industrielle de Valentina.

Si la cuisine italienne s’est fait une réputation internationale, c’est grâce à ses pizzas, lasagnes, risottos, carpaccio et autres bolognaises, tous de grands classiques italiens dont raffolent les amateurs de cuisine épicée. À commencer par les pays tropicaux eux-mêmes, abonnés aux saveurs fortes. Mais s’essayer à la cuisine italienne à domicile exige un livre de recettes de bonne facture et des ingrédients de qualité qui ne poussent pas sous les tropiques. Les plus recherchés sont les fines herbes, les olives et les fromages.

Poobah Rajaratnam, directeur de Produits Alimentaires Italiens, qui a fait ses armes dans l’hôtellerie depuis 1985, y a côtoyé des ressortissants italiens. « C’est comme ça que j’appris la langue italienne et que je me suis familiarisé avec leur culture », raconte-t-il. En 1986, invité par des amis italiens rencontrés à Maurice, il part en Italie où il visite Venise, Rome, Florence et Milan, entre autres. « À l’époque, il y avait un brin de racisme chez les Italiens », se souvient-il. En 1987, il quitte l’hôtellerie et se retrouvant sans travail, il se voit contraint de prendre un emploi de superviseur dans une usine.

Supermarché Sik Yuen

Las de l’usine, il rejoint le supermarché Sik Yuen, où il devient représentant des ventes. Un jour, il voit un Italien qu’il avait connu à La Pirogue et qui souhaite investir à Maurice. « Dans le supermarché, je me souviens qu’il recherchait des produits alimentaires italiens. Je l’ai revu plus tard, je lui ai fait savoir que des hôtels recherchaient ces produits et lui ai proposé des noms d’investisseurs mauriciens pour en importer. On a monté une société avec Walter Inderli, Giovanni Zuriato, Jay Jhingree et moi-même. Mais on a eu des débuts difficiles, des produits italiens importés n’étaient pas de bonne qualité et il y avait une mauvaise gestion de la société. »

À cette époque, se souvient encore Poobah Rajaratnam, la société faisait figure de pionnier dans l’importation des produits italiens et le marché était prometteur. « Il y avait un boost dans les hôtels car ils avaient introduit des cartes italiennes dans leurs offres alimentaires. » En 1995, les directeurs de la société le nomment directeur général. Trois ans plus tard, la boîte prend son envol grâce à sa participation aux foires internationales. « Puis, on a identifié les hôtels mauriciens qui voulaient introduire les plats italiens dans leurs cartes. De 25 références, on est passé à 1 000. On a répondu aux attentes des hôtels, en mettant surtout l’accent sur la qualité. » 

Baisse des touristes italiens

Si la baisse des touristes italiens à Maurice a pu faire craindre un déclin de la cuisine italienne, qu’on se détrompe.  « Il n’y a pas que les touristes italiens qui recherchent ces plats, tout le monde en demande. C’est ce qui fait la réputation de la cuisine italienne », indique Poobah Rajaratnam.

Depuis le boom touristique de 2008, la société a investi massivement dans les équipements destinés à traiter et emballer des produits importés dont la charcuterie et les fromages. « Nous avons d’abord commencé à importer d’Italie, puis on est parti en Espagne, en Belgique et en Afrique du Sud afin de réduire les coûts », fait-il ressortir.

Aujourd’hui, le plus gros défi de la société est la concurrence qui, selon Poobah Rajaratnam, n’est pas bénéfique aux produits Made in Mauritius. 

« L’État doit protéger ces produits afin d’encourager les Mauriciens à investir. Ce sont, en fait, les investisseurs étrangers qui nuisent à ce secteur très compétitif en important des produits bon marché. Si rien n’est fait, le marché risque d’être saturé à court terme », affirme-t-il. Il n’y a pas longtemps, il a essayé d’exploiter le secteur des hypermarchés, mais ses produits étaient hors d’accès au porte-monnaie de la clientèle des grandes surfaces. « La qualité est chère », lâche-t-il. Mais depuis quelques années, se réjouit-il, ces mêmes produits ont trouvé leur place chez Winner’s, London Supermarket et Intermart grâce au pouvoir d’achat en croissance d’une certaine classe de Mauriciens.

Produits mal exposés

Mais le tableau est loin d’être idyllique. Car, observe Poobah Rajaratnam, « nos produits sont parfois mal exposés et certains hypermarchés exigent des remises. S’il faut se plier à ces remises, à quels prix doit-on alors vendre ? Puis, des supermarchés fixent des prix hyper cher sur lesquels on n’a aucun contrôle. À ce coup-là, c’est préférable de ne pas être présent », s’indigne-t-il.

Quelle solution face à une situation sur laquelle plane la menace d’une saturation ? « Le gouvernement a délivré trop de permis aux opérateurs étrangers pour un petit marché comme celui de Maurice. Il faut enquêter sur leur présence à Maurice et savoir comment ils ont pu investir dans un même produit.  Il faut quand même rappeler que c’est nous qui avons ‘build-up’ l’intérêt pour ces produits », dira Poobah Rajaratnam.