Jaylall Boojhawon : «Il faut doter la police d’équipements plus modernes»

Par Mario Boutia O commentaire
Jaylall Boojhawon

Jaylall Boojhawon, président de la Police Officers’ Solidarity Union, a vivement réagi à la suite du transfert de trois limiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe dans le sillage de l’affaire Gaiqui. Il parle de découragement au sein de la force policière. Parallèlement, il plaide pour que les policiers aient des équipements dernier cri pour pouvoir mener à bien leurs enquêtes.

Selon vous, la police doit-elle revoir sa façon de mener les enquêtes ?
La force policière a sa façon de mener ses enquêtes, jusqu’à ce que l’affaire soit portée au tribunal. Nos policiers ont une grande expérience et font le travail au mieux de leurs possibilités. Mais comme toutes les polices du monde, on doit aussi bénéficier de stages de formation et des équipements plus modernes. Cela nous permettra de lutter plus efficacement contre les bandits qui sont de mieux en mieux équipés pour commettre leurs forfaits, sans laisser d’empreintes. Souvent, ils sont aussi encagoulés et c’est difficile de les identifier sur les caméras de surveillance. C’est dire comment le travail de la police devient difficile de nos jours. 

à part l’usage de la force, la police dispose-t-elle d’autres moyens pour obtenir les aveux d’un suspect ?
Définitivement, les limiers de la police criminelle ne mettent pas de gants de velours pour interroger un suspect. Souvent, on doit hausser le ton, taper sur la table pour qu’un suspect passe aux aveux. On peut subir mille critiques, mais les limiers de la CID font un travail de fourmi pour élucider des vols et autres crimes. Malheureusement, une seule photo parue sur les réseaux sociaux est venue ébranler tout le bon travail effectué jusqu’ici. Ce qui a provoqué un découragement au sein de la force policière. Il est malheureux qu’à la suite de cette affaire, trois policiers aient été transférés à la Special Supporting Unit, sous la pression de certains hommes de loi. Sait-on dans quelles conditions on travaille pour faire aboutir une enquête ? 

Mais un potentiel suspect d’un braquage est sorti libre à cause d’une bavure policière…
Pourquoi est-ce notre faute ? Sans cette photo, les limiers auraient continué avec l’interrogatoire de ce suspect. Laissez les policiers travailler en paix. Certes, nous ne sommes pas parfaits, mais quand des critiques viennent saper notre travail, nous sommes découragés. Personne ne dit rien sur le nombre d’arrestations que nous avons effectuées pour braquage depuis le début de l’année, mais tout le monde nous pointe du doigt pour  un simple cas.  Aujourd’hui, on est critiqué par des  avocats-parlementaires de la majorité, aussi bien que par ceux de l’opposition. Mais qu’ont-ils fait pour améliorer la situation ? Depuis des années, on entend que la Police And Criminal Evidence Act sera introduite au Parlement. Au lieu de nous critiquer, j’aurais souhaité que les parlementaires, les avocats et le Bar Council réfléchissent à la manière d’améliorer le travail de la police. Les critiques ne serviront à rien, mais elles vont au contraire décourager la police dans son travail.    

Une association pour protéger les droits des suspects a vu le jour, du moins par des avocats. Qu’en pensez-vous ?
Tout le monde est libre de créer une association. On n’est pas contre une association pour protéger les droits des suspects. Pourquoi pas également une association pour protéger les droits des victimes de vol ? Dans bien des cas, elles n’arrivent pas à récupérer les objets qu’elles ont perdus. Prenez le cas d’un supermarché où l’on a dévalisé environ Rs 800 000 d’articles. On ne peut avoir une politique de deux poids deux mesures.