Parricide à G.R.S.E. - Sandesh Ramchurn : «Mon frère ne méritait pas une mort aussi atroce»

Par Kendy Antoine O commentaire
Krishnaduth Ramchurn

Les proches de Krishnaduth Ramchurn, 65 ans, tué par son fils Ronny, dimanche lors d’une dispute, sont encore sous le choc. S’il concède que le sexagénaire allait parfois voir d’autres femmes, Sandesh Ramchurn, le frère de la victime, martèle que c’était quelqu’un de bien, qui veillait à ce que sa famille ne manque de rien.

Grande-Rivière-Sud-Est (GRSE), village de la compassion, a été le théâtre d’un crime atroce. Une dispute entre Krishnaduth Ramchurn, un ex-caporal de police de 65 ans, et son fils Ronny, un informaticien de 26 ans, a viré en une véritable tragédie dans la journée du dimanche 21 janvier. Ce n’est que jeudi que les frères de la victime et la police de Bel-Air ont découvert le cadavre, qui avait été dissimulé dans un tonneau et recouvert de ciment. En toile de fond de ce parricide : une liaison qu’aurait entretenue la victime avec une voisine.

Les proches de l’ex-policier sont encore sous le choc. Krishnaduth Ramchurn, surnommé Vinod, a trouvé la mort seulement deux jours après son retour sous le toit conjugal. Sandesh Ramchurn, 55 ans, un des frères de la victime, confie d’emblée que son frère était quelqu’un de bien. « Il ne méritait pas une mort aussi atroce », martèle le quinquagénaire, qui exerce également au sein de la Mauritius Police Force.

Cela faisait une bonne trentaine d’années que Vinod partageait sa vie avec Sunita. Dès le départ, les choses n’allaient pas dans le couple. « Mon frère a constaté que son épouse et lui n’étaient pas compatibles », explique Sandesh. De cette union sont nés une fille et un garçon. Le couple est resté ensemble, croyant fermement que la situation s’arrangerait.

Sandesh Ramchurn, le frère de la victime, est également policier.

« Tout n’était pas si morose. Ils se disputaient, certes, mais quand ils se réconciliaient, vous ne vous douteriez jamais qu’ils étaient confrontés à autant de problèmes », explique Sandesh, avant d’ajouter : « Il arrivait que mon frère aille voir d’autres femmes. »

Il fait toutefois ressortir que l’ex-caporal, surnommé Vinod, se faisait un devoir de veiller à ce que sa famille ne manque de rien financièrement. « D’ailleurs, en deux occasions, il avait offert la possibilité à son fils d’aller travailler à Dubayy. Mon neveu a refusé. Mon frère faisait également la cuisine. Je me souviens qu’à chaque fois que nous venions chez lui, c’est lui qui préparait à manger. »

La fille aînée du défunt est allée vivre à Vacoas après s’être mariée à un policier. Ronny, son cadet, s’est marié il y a environ trois ans. C’est chez ses parents à GRSE que ce dernier vivait avec sa femme. Mais l’attitude du chef de famille ne leur plaisait guère.

À en croire les frères de l’ex-caporal, celui-ci et son épouse se disputaient. « Quand il y avait une dispute, sa femme se rendait chez leur fille. Puis, elle revenait. » Vinod avait pris sa retraite, il y a quatre ans, après plus de 30 années de service dans la force policière. « Il a travaillé dans les postes de police à travers le pays. Il a également passé 25 ans à la National Coast Guard. Sa dernière affectation, avant sa retraite, était sur le bateau Le Vigilant. »

Bien qu’étant retraité, l’ex-caporal gardait la forme. « C’était un adepte de yoga, qu’il pratiquait presque tous les jours. C’était aussi un amoureux de la natation », explique-t-on. Il passait moins de temps à la maison et la situation au sein de son foyer s’est peu à peu dégradée. « Il avait entamé une liaison avec une voisine. » Ultime relation qui allait être la source de disputes virulentes dans la famille.

Injures et menaces de parts et d’autres étaient plus fréquentes. L’année dernière, Vinod avait même porté plainte contre son fils pour injures. Son épouse Sunita l’avait, quant à elle, dénoncé pour violence domestique. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, en décembre dernier, a été l’absence du retraité de la maison pendant plusieurs jours. Sa famille se doutait qu’il s’était rendu auprès de sa présumée maîtresse. « Tous deux s’étaient rendus à Rodrigues », soutient un habitant de la localité.

Cette aventure aura été celle de trop. Vinod a réapparu à la maison le 19 janvier dernier. Il s’en est ensuivi une série de disputes. Dimanche, la situation a atteint le point de non-retour. Ronny a tué son père. « Linn pran enn kouto ek linn dir mwa deor. Monn tap li kout dibwa lor so latet », a raconté le jeune homme aux policiers de Bel-Air.

Selon Ronny, il était seul au moment de passer à l’acte. Vinod n’a pas survécu à cette agression. L’autopsie a attribué le décès à une fracture du cou. Le jeune homme a conservé le cadavre dans une barrique et l’a recouvert de poudre de ciment. Ce n’est que quatre jours après les faits que les frères de la victime ont appris la terrible nouvelle.


 

Ronny, de jeune sans histoires à meurtrier sans cœur 

Ronny Ramchurn, 26 ans, n’a jamais eu affaire à la justice. Dans la localité, le cadet de Vinod Ramchurn est décrit comme un jeune homme respectueux. « Je n’arrive pas à croire à une telle chose. C’est pourtant un garçon gentil », confie-t-on. L’informaticien est marié depuis environ trois ans. Il est père d’une petite fille. Son épouse travaille comme secrétaire à l’hôpital. Jointe au téléphone, la jeune femme n’a pas voulu en dire plus sur cette affaire.

Après ce drame, c’est l’attitude de Ronny qui a mis les frères de la victime sur la piste. « Nous n’avions plus de nouvelles de mon frère. Nous sommes allés le voir, mais mon neveu nous a interdit l’accès. Cela nous a intrigués. Nous avons alors signalé sa disparition. Il projetait de jeter mon frère dans la rivière. Ce que mon neveu a fait est monstrueux », se désole Sandesh Ramchurn.


La mère et l’épouse du suspect : « Nous n’étions pas là »

La Criminal Investigation Division de Bel-Air a procédé à une première audition de la mère et de l’épouse de Ronny jeudi. Elles ont chacune expliqué qu’elles n’étaient pas sur place au moment du drame. « Nous nous étions rendues à une session de prières. Ronny nous a récupérées. Il m’a emmenée chez sa sœur à Vacoas », a déclaré Sunita, qui n’est pas rentrée à la maison depuis.

Quant à l’épouse du jeune homme, elle soutient qu’elle s’est ensuite rendue chez sa mère à Triolet. « Je suis en période de révision, car j’ai un examen à prendre. Lundi, mon époux m’a récupérée après le travail et il m’a de nouveau conduite chez ma mère », fait-elle ressortir. Au terme de leur interrogatoire, les deux femmes ont été autorisées à rentrer. La police vérifie leur alibi.