Photographie : des formes et des couleurs dans l’objectif de Malenn Oodiah

Par Pradeep Daby O commentaire
Malenn Oodiah

La flore mauricienne, sa riche diversité et ses couleurs tropicales, pouvaient-elles laisser longtemps insensible un intellectuel épris de mauricianisme ? Une notion qui, dans sa définition même, se doit de prendre en compte notre insularité et ses particularités.

Malenn Oodiah, sociologue et fondateur de Fondation Espoir à Beachcomber, a saisi la nature mauricienne dans sa transcendance, là où elle a retenu son regard, éveillé ses sens. Le résultat est un album de photos intitulé Close Up, lancé cette semaine à Ébène.

La démarche  de Malenn Oodiah ne doit pas nous étonner outre mesure, car elle s’inscrit dans ce que l’intellectuel, cet être éveillé au sens « bouddhique » du terme, entend comme compréhension « holistique » de son univers et du devenir de celui-ci. Que faut-il ainsi déduire ? Qu’il comprend que son environnement, quelque soit sa nature, participe à son édification. Ici, il renvoie à un individu qui exprime son bonheur par des couleurs naturelles. Mais c’est aux autres qu’il confie cette tâche d’interprétation, dont il s’abstient. Pourquoi donc ? Par crainte de se découvrir ou pour obtenir leurs opinions. Est-ce qu'ainsi le photographe se dédouble-t-il du sociologique, plus soucieux de recueillir les données ?

L'ouvrage renvoie à l'état d'esprit de son auteur au moment de sa conception.

Aucun ouvrage artistique n’est subjectif, il renvoie à l’état d’esprit de son auteur au moment de sa conception. Les couleurs, le découpage, le format sont des éléments choisis par le photographe, les tons et les formes traduisent cet état, mais Malenn, malin, n’a fait que saisir des instantanées pour les livrer à l’interprétation. Cela procède d’un calcul. S’il aime la nature, il souhaite aussi savoir ce qu’en pensent les autres. Ce qui lui permet de cerner une partie de leurs personnalités. On l’a dit, l’auteur, ici, est sociologue.

Il est tout aussi évident qu’il se sent proche de la nature, des produits auxquels celle-ci donne naissance, comme l’attestent ses posts sur Facebook. Il y a là, sans doute, un souci du professionnel de l’observation de la société à vouloir manger sain. En les partageant, il communique cet intérêt intégrant dans sa manière de vivre. Cela peut donner à penser que c’est un élément nouveau dans ses rapports avec la société qu’il n’entrevoit plus sous sa seule perspective sociale, compte tenu du fait que l’équilibre écologique, qui contribue au PNB de Maurice, donc facteur éminemment économique, est un élément déterminant dans le domaine du tourisme, qui fait partie de son champ professionnel.

Sens caché

On en vient aux réflexions qu’inspirent ces clichés, presque toutes lyriques, comme si la nature forçait les gens à décupler la prose pour  leur dénicher un sens caché. Ce n’est pas mal comme exercice cérébral, si c’est l’effet recherché par l’auteur. On sait qu’en matière d’iconographie abstraite, dépourvue de visages, il n’existe pas de règle, l’auteur n’imposant pas de fil conducteur au spectateur. C’est à ce dernier de se fixer les normes auxquelles il va analyser l’image choisie. Le voilà donc – le spectateur – placé devant un choix. Quel est le cliché qui va accrocher son regard et provoquer sa réflexion ? Quels sont les critères qui vont présider à son choix ?  

On le voit bien : au-delà de ses images, fussent-elles magnifiques, un album de photos renvoie à des interrogations profondes, car elles éveillent les sens, eux-mêmes enfouis dans notre subconscient : le flamboyant qui abonde de fleurs rouges en décembre est synonyme de fête, de cadeaux, de vacances et d’enfance, la faute au Père Noël. Et si un jour, ils arrivaient à disparaître de Maurice, une seule photo de l’arbre fleuri susciterait la nostalgie d’une période de bonheur. C’est aussi la fonction assignée à la photo : saisir le présent pour le restituer à la future génération, à travers le regard du photographe.

Close Up, de Malenn Oodiah
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