Pradeep Roopun, ministre des Arts et de la Culture : «J’essaie autant que possible d’apporter une nouvelle touche»

Par Fabrice Jaulim O commentaire
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Il est satisfait des projets qui ont été réalisés cette année et d’autres qui ont été mis en chantier. Dans l’entretien qui suit, le ministre des Arts et de la Culture, Pradeep Roopun, revient sur les temps forts qui ont marqué son mandat.

Cette année passée au ministère des Arts et de la Culture a-t-elle été positive ?
Cette année a été riche et positive en termes d’événements et de réalisations. Pour ne citer que quelques-uns, il y a eu l’inscription du séga tambour au patrimoine mondial de l’humanité, les amendements apportés à la ‘Copyright Act’, la Foire des artistes, la célébration du 25e anniversaire de la République de Maurice, la tenue de la première conférence sur la sauvegarde des patrimoines, l’International Indentured Labour Route Project, l’International Slave Route Project, l’accord de jumelage signé entre Robben Island et Le Morne, la nomination de Jane Constance comme artiste de la paix de l’UNESCO, la brillante performance des frères Joseph aux Jeux de la Francophonie, la tenue de la première ‘Cinema Week’, l’élection de Maurice comme meilleure destination de tournage par Indywood, ou encore le tournage du premier film hollywoodien à gros budget sur le sol mauricien.

Quels seront les grands chantiers pour 2018 ?
2018 sera une année encore plus prometteuse avec la célébration des 50 ans de l’indépendance de notre pays. Mon ministère continuera à améliorer le sort des artistes, nos ambassadeurs de la culture, à travers l’introduction prochaine du ‘Status of Artist Bill’.

De nouvelles infrastructures seront également mises en place, afin d’assurer l’épanouissement de nos artistes, toutes disciplines confondues. Sans compter la mise en opération du ‘National Art Fund’. Nous souhaitons aussi restaurer une bonne politique de la gestion des droits d’auteurs au profit des professionnels de la culture et des créateurs d’art. La sauvegarde et la mise en valeur optimale de nos patrimoines culturels matériel et immatériel resteront également parmi nos priorités majeures.

Comment vous êtes-vous démarqué de vos prédécesseurs ?
Vous savez, c’est dans un contexte plutôt particulier que j’ai atterri au ministère des Arts et de la Culture. Après la démission en bloc du PMSD en décembre 2016, j’ai été appelé à assurer l’intérim.

Un mois plus tard, je me suis retrouvé au ministre des Arts et de la Culture avec un agenda très chargé, car divers événements approchaient à grands pas dont la fête du Printemps, la commémoration de l’abolition de l’esclavage et le 25e anniversaire de la République de Maurice. En sus de cela, j’ai dû gérer cet appel à boycott des artistes qui ne voulaient pas participer aux célébrations. Mais heureusement, le bon sens a prévalu.

Avec toute mon équipe au niveau du ministère, on a su donner une nouvelle dimension aux célébrations de la fête nationale. C’est, je pense, ce qui a fait la différence. J’essaie autant que possible d’apporter une nouvelle touche.

Après le ‘gheet gawai’ et le séga tambour, qu’est-ce qui s’annonce ?
Déjà, le conseil des ministres a donné son aval pour la préparation du dossier séga Chagos pour qu’il puisse être inscrit au même titre que le séga tipik, le geet gawai et le séga tambour au patrimoine mondial de l’humanité.

Donc, une équipe a déjà commencé à travailler sur le dossier d’inscription. De plus, le Premier ministre a donné son accord pour la tenue, en novembre 2018, de la prochaine session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, à Maurice.

Ce comité réunira quelque 700 à 800 pays. En ce qui concerne la préservation de l’intégrité et de l’authenticité de nos patrimoines culturels immatériels et sa transmission, j’ai demandé au National Heritage Fund d’effectuer un inventaire de ces patrimoines et d’établir un plan d’action.

2017 a été riche et positive en termes d’événements et de réalisations.2018 est une année prometteuse."

La maintenance des patrimoines est sous la responsabilité de plusieurs organismes. Certains n’arrivent pas à les gérer et on déplore un manque de financement. Comment comptez-vous y remédier ?
On a le soutien du ministère des Finances pour la protection et la restauration des patrimoines. D’ailleurs, lors du dernier budget, une enveloppe de Rs 30 millions a été allouée pour la réhabilitation et la restauration de plus d’une quinzaine de sites dont la Batterie de l’Harmonie, la Tour des Hollandais, le mémorial de la bataille de Grand-Port, le donjon de Saint-Louis, la Batterie Bourgogne à Anse-Petit-Sable, Bain-des-Negresses, le Fort-Albert de Baie-du-Tombeau, French Battery, les ruines de la Seconde Guerre mondiale à Pointe-du-Diable, le vieux fort français et le cimetière hollandais, entre autres. Des appels d’offres ont déjà été lancés.

De plus, certains qui se trouvent sous la responsabilité des mairies ont également reçu l’aide du ministère des Finances. Il y a aussi la restauration d’autres sites comme le Théâtre de Port-Louis, La Citadelle, l’Hôtel de Ville de Curepipe, les travaux au théâtre du Plaza au coût de Rs 300 millions, entre autres. Les procédures sont enclenchées pour le recrutement d’un consultant à Fort George où les travaux de nettoyage sont complétés pour la somme de Rs 1,6 million.

Le Moulin à Poudre sera rénové au coût de Rs 68 millions, le document pour l’appel d’offres est en préparation et les travaux démarreront en janvier 2018. Par ailleurs, la première phase des travaux de rénovation du Château Mon-Plaisir au coût de Rs 23 millions est complétée. Pour assurer une bonne maintenance de ces sites, il faut les utiliser de façon optimale. Ils ne seront pas ainsi laissés à l’état d’abandon.

Est-ce possible de placer 197 patrimoines sous une seule enseigne ?
Il faut savoir que certains sont privés. C’est difficile de s’en approprier. 

Parlons politique. Comment percevez-vous la victoire d’Arvin Boolell ?
Il ne faut pas se voiler la face. C’est une victoire personnelle d’Arvin Boolell. Son parcours politique, son charisme, sa proximité, son humilité et sa simplicité ont séduit l’électorat du no 18. C’est l’homme avant tout qui a été choisi et pas le parti. Je note aussi que l’emballement du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) et du Reform Party de Roshi Bhadain s’est vite éteint. Je peux même dire que le PMSD et Roshi Bhadain ont été cut to size.

Qu’avez-vous à dire de Roshi Bhadain ?
Que nul n’a le monopole de l’intelligence. L’humilité et le respect des autres sont deux éléments importants quand on veut faire de la politique.

Le mot de la fin...
Je suis très heureux qu’on termine l’année 2017 sur de bonnes notes avec l’accomplissement de nombreux projets alors que d’autres sont déjà en chantier. Aujourd’hui, c’est sûr, le Metro Express sera une réalité. Mais le plus important, c’est l’introduction de cette mesure historique qu’est le salaire minimal. Il s’agit d’un bel exemple de partage réalisé dans un consensus exemplaire.