Rs 600 M d’héroïne saisies à La Réunion : Brasse, Capdor et Mohamed condamnés à la prison

Par Vel Moonien O commentaire
Joseph Mike Didier Brasse, Royce Almonzo Capdor et Osman Kamil Mohamed.

L’héroïne saisie venait de sortir d’un laboratoire de fabrication. Mike Brasse a révélé qu’il allait percevoir Rs 6 millions pour cette mission. Osman Kamil Mohamed évoque une récompense de Rs 2 millions et nie être le bras droit du caïd prénommé Toto.

Ils auraient écopé de plus de trente ans de servitude pénale devant la justice mauricienne. Quinze mois après avoir été interceptés au port réunionnais de Sainte-Rose, avec 42,2 kilos d’héroïne quasiment pure et 6,2 kilos de gandia évalués à Rs 600 millions destinés au marché mauricien , le skipper Joseph Mike Didier Brasse et ses deux complices Royce Almonzo Capdor et Osman Kamil Mohamed, dit Azal, ont été respectivement condamnés à huit, quatre et trois ans d’emprisonnement devant le tribunal de Grande instance de Saint-Denis le lundi 5 février.

La Réunionnaise Corine Clain ainsi que ses fils Kevin Zettor et Grégory Grondin, accusés d’avoir aidé le trio en sont quittes respectivement avec quatre ans et deux ans de prison, dont un avec sursis et une relaxe. Corinne Clain est la maîtresse de Mike Brasse depuis mars 2010. Elle avait stocké chez elle la drogue que le skipper  ramenait de Madagascar lorsque son embarcation est tombée en panne au large de La Réunion le 23 octobre 2016. Les services des douanes de La Réunion a cueilli tout ce beau monde lors d’un contrôle vers les 00 h 15, le 11 novembre 2016, alors que Mike Brasse tentait de réembarquer la drogue sur le « Sweet Love Mama » paré pour rentrer à Maurice.

Mike Brasse avait importé la drogue de Madagascar à bord de « L’îlot Gabriel », une vedette de 11,20 mètres de long et équipée de deux moteurs Mercury de 300 chevaux chacun. Après la panne, il est reparti vers Maurice par avion et il est retourné à La Réunion sur le « Sweet Love Mama » de Royce Almonzo Capdor avec Osman Kamil Mohamed qui est censé avoir été délégué par le commanditaire prénommé Toto pour superviser les opérations. Quand les douaniers réunionnais débarquent à Sainte-Rose, ils tombent sur la Seat Ibiza utilisée par Grégory Grondin et son frère aîné Kévin Zettor dans laquelle la drogue est entassée.

Trois membres d’équipage appréhendés

La Seat Ibiza recèle également 174 grammes de résine de cannabis, sept bidon d’essence de 20 litres chacun. à La Réunion, la valeur marchande de l’héroïne est estimé à 1 688 000 euros, soit l’équivalent de Rs 69,2 millions. Le gandia vaut 12 400 euros, soit Rs 508 400. Quant à la résine de cannabis, elle vaut 730 euros, soit Rs 29 930. Corine Clain, qui se trouvait dans un autre véhicule aux côtés de la petite amie de Grégory Grondin, a vidé son sac, en expliquant que tout ce lot devait repartir vers Maurice sur un bateau qu’elle attend.

Vers 3 h 45, le « Sweet Love Mama » s’est effectivement pointé et les trois membres d’équipage ont ainsi été appréhendés.

Corine Clain a aussi expliqué aux enquêteurs que Mike Brasse était impliqué dans un réseau de trafic de drogue entre Madagascar et Maurice, dirigé depuis novembre 2015, par un certain Toto, lequel a pour bras droit le mécanicien Osman Kamil Mohamed. En 2015, dit-elle, du gandia planté à La Réunion avait été exporté par bateau à Maurice. En avril 2016, Mike Brasse s’était fait aider par des dénommés Noël et Arnaud pour le convoyage d’une cargaison d’opium sur « L’îlot Gabriel ».

La Réunionnaise a aussi révélé que Mike Brasse la soutenait ainsi que son fils Kevin. Les deux ont indiqué qu’ils avaient envoyé des mandats-poste à une certaine Karen, à Madagascar, de manière régulière à la demande du skipper. Celle-ci devait s’assurer d’acheter du carburant. Kevin, lui, a fait état de menaces qu’il aurait essuyés de deux Mauriciens accompagnant Mike Brasse lors d’un précédent séjour et a fait ressortir que pour avoir gardé deux de leurs sacs, sa mère avait récolté 25 000 euros, soit l’équivalent de Rs 1 million.

Deux gros sacs d’héroïne

Kevin Zettor a aussi fait état de deux dénommés Aldo et John qui ont accompagné le skipper en janvier et juillet 2016. Aldo ne prenait aucune décision sans Mike Brasse alors que John lui a proposé de revendre du gandia. Après avoir tenté de noyer le poisson, Mike Brasse a reconnu qu’il travaillait pour un certain Toto, dont le bras droit n’était autre qu’Osman Kamil Mohamed. Il a avoué avoir, lors d’un voyage en mars 2016, récupéré deux gros sacs d’héroïne au large de Madagascar, en provenance de Dubayy. La drogue a été stockée chez Corine Clain avant d’être expédiée à Maurice.

Ses deux complices pour cette expédition sont les frères Noël et Arnaud André, et il a obtenu 12 500 euros (Rs 512 500) sur les 35 000 euros (Rs 1 435 000) promis. Une somme additionnelle de 150 000 euros (Rs 6 150 000) lui a été proposée par Toto pour un autre voyage. Pour celui-ci, il s’est rendu à Madagascar par avion, en juillet 2016, pour verser 150 000 euros à un fournisseur, c’est-à-dire Karen. Sur place, il a effectué des repérages et il est parti sur « L’îlot Gabriel » aux côtés de John, plus connu comme Gino, et Aldo ».

Cinquième interrogatoire

Royce Almonzo Capdor a nié toute participation dans cette affaire et ce n’est que lors de son cinquième  interrogatoire qu’il est passé à table. Quelques jours avant le voyage, Mike Brasse est venu le rencontrer avec le mécanicien prénommé Lovy pour l’informer d’une sortie en mer en vue de récupérer un colis en compagnie d’Osman Kamil Mohamed. Ce dernier a aussi tenté de mentir avant d’expliquer qu’il devait toucher Rs 2 millions, en récupérant la drogue demeurée à La Réunion. Il nie toutefois être le lieutenant de Toto.

L’examen toxicologique de l’héroïne saisie indique qu’elle venait de quitter les laboratoires de fabrication et qu’elle devait être coupée ou diluée, grâce à un mélange de paracétamol. Dans le cadre de cette affaire, le fils de Mike Brasse, de passage à La Réunion, a indiqué avoir donné des cours de pilotage au dénommé Toto. L’examen des ordinateurs saisis chez Corine Clain a révélé que Mike Brasse et un nommé Pramode Hurdoval ont résidé dans un établissement réunionnais entre les 17 septembre et 15 novembre 2016. De même que Joseph Noël André.

Dans le cadre de cette enquête, la justice réunionnaise fait ressortir que « les autorités mauriciennes n’ont pour leur part effectué aucune démarche officielle de coopération internationale ». Elle note néanmoins que plusieurs interpellations ont eu lieu à Maurice d’après les articles de presse.