Salaire minimal : duel des économistes

Par Vijayan Ayassamy O commentaire
Eric Ng & Vishal Ragoobur

Avec l’introduction du salaire minimal et de l’impôt négatif, deux économistes donnent leur avis. Éric Ng est plus favorable à l’impôt négatif et Vishal Ragoobur souhaite une meilleure sensibilisation.

Éric Ng : « Je suis plus pour l’impôt négatif que le salaire minimal »

Dans vos récentes interventions, vous vous êtes exprimé davantage en faveur de la seconde mesure que celle touchant à une hausse salariale. Votre explication ?
C’est vrai que j’ai plus de préférence pour l’impôt négatif que le salaire minimal, parce  qu’il comporte moins d’impact sur les coûts de production d’une entreprise. Il provoque moins de risque de licenciements et encourage la productivité. Il ne nécessite pas de subventions de l’État, mais bien au contraire, c’est un concept qui rationalise les dépenses et regroupe plus de charges sociales.

Qu’en est-il du contrôle sur l’application du salaire minimal ?
Je pense que ce monitoring doit être fait par l’employé. Il aura ses déclarations, il devra être en mesure d’évaluer ses revenus par rapport à son nouveau salaire de base ainsi que les allocations versées par les autorités. En cas de pépin, il devra avertir ces dernières des manquements au niveau salarial. Le premier contrôle échoit donc à l’employé.

Le salaire minimal implique de formaliser ceux qui sont employés dans les secteurs informels. N’y a-t-il pas de risques de pertes d’emplois si le patron ne souhaite pas encourir des dépenses jusqu’à l’heure inexistantes pour lui ?
C’est vrai que le salaire minimal oblige à identifier et formaliser leur cas, leur emploi. C’est vrai qu’il y a des risques que l’employeur préfère les renvoyer ou exercer des pressions sur lui pour qu’il ne formalise pas son emploi. C’est pourquoi je pense que le salaire minimal comporte des menaces pour l’emploi, notamment dans le secteur informel, parce que ces charges sociales imposeront des coûts relativement nouveaux et élevés à l’employeur.


Vishal Ragoobur : « Ce surplus améliorera le pouvoir d’achat des salariés »

La mesure sur le salaire minimal sera appliquée à la fin de ce mois. Quelle est votre appréciation de cette décision ?
J’accueille favorablement cette décision qui est attendue de toutes parts. J’estime que le quantum fixé à l’issue des discussions tripartites satisfait toutes les parties .

Qu’en est-il de la supervision de l’application de cette mesure ?
J’allais justement y venir. Il faut, en effet, que les employeurs jouent le jeu concernant l’application des règles relatives au salaire minimum. Les inspecteurs du travail doivent descendre sur le terrain et rencontrer les employés pour leur expliquer les procédures pour statuer sur le salaire minimal. Le plus important sera de mener une campagne de sensibilisation auprès des salariés ignorants de leurs droits et par rapport aux méthodes utilisées pour atteindre le quantum final.

Il faut savoir que les salaires actuels de moins de Rs 9 000 sont éligibles à une allocation de la Mauritius Revenue Authority (MRA), soit Rs 860 pour ceux employés dans les secteurs d’exportation et Rs 500 pour les autres compagnies. Par ailleurs, tous les employeurs doivent soumettre une déclaration au 29 janvier 2018 ou avant cette date concernant ceux qui touchent moins de Rs 9 000 de revenus mensuels.

Cette hausse de salaire aura-t-elle un impact sur l’inflation ?
Je suis persuadé que ce revenu supplémentaire aidera à augmenter le pouvoir d’achat de cette catégorie de consommateurs. J’estime que l’impact de cette mesure sur l’inflation sera gérable. Cette catégorie de consommateurs suit davantage un pattern de dépenses axées sur l’alimentation, les produits de bases, les leçons particulières, entre autres.