Sous le charme des Comores : voyage au pays où les femmes sont reines

Le Directeur de DIS-MOI, Lindley Couronne, rentre d’un voyage aux Comores où il a officialisé la création du groupe DIS-MOI Comores. Petit tour pour mieux connaître cet archipel méconnu.

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Connaissez-vous un pays où vous sentez comme chez vous, où la sécurité est maximale sans pour autant avoir des policiers à chaque coin de rue, où la religion apaise vraiment les gens, où les femmes sont considérées comme des bijoux et le besoin de les protéger est profondément ancré ? Ce pays existe : c’est l’archipel des Comores

Situation géographique

Les Comores réunissent quatre îles au nord de Madagascar : Grande Comore (1100 km2, 500 000 habitants, la plus grande et la plus proche de l’Afrique), Anjouan (425 km2, 300 000 habitants) et Moheli (215 km2) et Mayotte que la France s’est honteusement appropriée malgré toutes les résolutions onusiennes. Ces quatre « îles de la lune » sont proches les unes des autres, contrairement à Rodrigues et Maurice (500km) ou encore Agaléga de notre île (1 000km).

Histoire

L’histoire des Comores date du 7e siècle quand les Bantous venant d’Afrique de l’Est s’installent sur les îles. Le « shikomori », langue maternelle des Comores est un dérivé du swahili, langue utilisée communément dans l’est de l’Afrique. Un visiteur tanzanien comprendrait son interlocuteur comorien parlant « shikomori » à 75 %. De même, le Comorien comprendrait aisément quelqu’un conversant en swahili. Le « shikomori » ne s’est pas développé jusqu’ici, comme notre créole mauricien, et reste une langue parlée. « Karibu » veut dire « Bienvenu ». L’héritage africain comorien se mélange à la culture arabo-musulmane. Récemment, des archéologues ont découvert à Ntsaouéni une mosquée datant du 7e siècle.

Société matrilinéaire

Les Comores sont une des rares sociétés matrilinéaires du monde, c’est-à-dire un mode d’organisation sociale où l’ascendance maternelle prime. Ainsi, la femme garde son nom de jeune fille, ses parents construisent sa maison lors du mariage et non celle du fils, le mari vient vivre chez la femme ou ses beaux-parents. C’est la femme qui hérite. J’ai interrogé plusieurs intellectuels comoriens mais nul n’a pu expliquer d’où venait cette tradition ! Probablement des Bantous, certainement pas de l’islam.

Dans cette société, la femme est donc un véritable bijou que la famille doit protéger et que la société chérit. Les femmes marchent seules le soir à Anjouan en toute sécurité et les harceleurs de rue à la mauricienne sont inexistants. Mais attention, la femme comorienne, malgré ce « pouvoir » n’est ni dominatrice, ni castratrice ! Elle s’occupe de l’harmonie de sa famille, très peu de politique et c’est à travers elle que se transmet la culture.

Précarité, solidarité, harmonie sociale

Si la précarité, voire la pauvreté matérielle, est évidente aux Comores, vous ne verrez pas de mendiants dans les rues et les vols sont (très) rares. Comment l’expliquer ? Si le système capitaliste sauvage mauricien de ces 30 dernières années commence à éroder la bienveillance naturelle des Mauriciens, aux Comores la chaîne de solidarité est encore en fer inoxydable ! Cette solidarité s’étend jusqu’à la diaspora comorienne installée en France qui n’oublie pas de verser une rente mensuelle à la famille. L’islam (très) modéré qui y est pratiqué prêche le devoir de solidarité envers les plus démunis et fustige l’envie et le vol. D’où l’impression d’harmonie qui règne dans cette société. On n’y voit pas une agglomération de richesses, un quartier où les riches vivent entre eux. Au contraire, se côtoient dans un village ou une ville, à Anjouan ou dans la Grande Comore, une belle et grande maison avec des voisins aux demeures plus modestes.

Sécurité

Des îles du sud-ouest de l’océan Indien, les Comores obtiennent facilement la palme du pays où le touriste se sent le plus en sécurité. Les femmes marchent le soir sans crainte, le (rare) touriste prend le taxi train pour 200 francs (soit Rs 30). Cette sécurité totale, on ne la ressent pas ailleurs, ni à la Réunion, ni à Maurice, pays où le touriste se fait plumer, encore moins à Madagascar.

Les maux  comoriens

Qu’est-ce qui manque donc aux Comores pour mériter le titre de paradis sur terre ? D’abord, une classe politique digne de ce nom et qui se met debout. Les Assises sont certes une excellente initiative mais, comme me confie un chauffeur de taxi, se mettre debout et travailler est mieux que de s’asseoir !

Traitement des déchets

Disons-le crûment, le traitement des déchets est au degré zéro aux Comores. Il n’y a aucun système digne de ce nom et le citoyen jette ses ordures là où il peut. Cette plaie visible devrait faire pâlir toute la classe politique. Que vous soyez au grand marché volo volo, que vous fassiez votre jogging, du motel près de l’aéroport jusqu’au village de Hahaya, on aperçoit des détritus jetés pêle-mêle.

Le tourisme peu développé

Autre problématique : le (très) faible niveau de développement du tourisme. Pour un Mauricien – pays qui accueille près de 1,5 million de touristes par an – cette faiblesse est flagrante. La Grande Comore, Anjouan et Mohéli sont des îles d’une beauté naturelle incomparable, avec l’atout supplémentaire du Karthala, volcan encore actif dont le cratère de 7 km de diamètre est l’un des plus grands au monde.

Trouver une carte d’Anjouan ou de la Grande Comores, chercher des informations sur la plongée sous-marine ou un petit déjeuner digne de ce nom dans certains motels est un chemin de croix. Notez toutefois l’excellente auberge Jardin de la Paix à Moroni. Avec une politique de développement durable, l’archipel pourrait accueillir un million de touristes à moyen/long terme. Encore faut-il  mettre en place un système de traitement de déchets, améliorer l’infrastructure routière et préparer la population à cette grande aventure.

Conclusion

Si la société civile et la classe politique ont trouvé le moyen d’éviter les crises sociopolitiques récurrentes avec la (présidence) « tournante », ils devraient œuvrer pour créer les conditions pour un développement durable. Le peuple comorien est prêt pour une démocratie vibrante où la voix des citoyens ne se perd pas parmi les palabres politiques, mais participe à l’édification de la nation. Les citoyens comoriens que j’ai rencontrés, comme les acteurs de la société civile (ONG, UNDP) ne comprennent pas qu’un gouvernement démantèle les institutions garantes de l’État de droit (Commission nationale des droits de l’homme, Cour Constitutionnelle, Tribunal anticorruption) et ne les remplace pas. Donc même si les Assises demeurent une excellente initiative, c’est sur des faits que la communauté internationale et les peuples de l’océan Indien jugeront l’État comorien.

 

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