Suttyhudeo Tengur : «L’électorat au GM : changez ou ce sera le ‘karo kann’»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Suttyhudeo Tengur

Syndicaliste et observateur politique, Suttyhudeo Tengur pense que le message de l’électorat du no 18 pour la partielle au gouvernement est clair : soit il se ressaisit, soit ce sera la porte de sortie.

« Les collèges huppés ne prennent plus d’élèves en Grade 7. Cela  crée une certaine frustration »

Le ‘Primary School Achievement Certificate’ (PSAC) ne fait pas l’unanimité. Pourquoi ?
Le projet de 9-Year Schooling, qui fait partie du manifeste électoral de l’Alliance Lepep, a été plébiscité par la population en décembre 2014. Comme tout nouveau projet, on ne s’attend pas à ce que celui-ci fasse l’unanimité. Il y a certainement des parents qui sont mécontents. Toujours est-il que la réforme n’a pas été suffisamment expliquée. Pour le secondaire, cela ne fait que quelques semaines qu’un livret d’explications a été publié. Cependant, la grande majorité des parents semblent être d’accord avec les changements proposés.

L’allocation des collèges a fait des mécontents. était-ce prévisible ?
L’allocation des collèges aux élèves fait toujours des mécontents. Cette année-ci, il y en a davantage, car les établissements ont été alloués sur une base régionale. Et ceux-ci n’ont pas la même image que les collèges nationaux, tels que les Royal ou autre QEC. Ces collèges huppés ne prennent plus d’élèves en Grade 7. Et cela  crée une certaine frustration.

En parlant du PSAC, est-ce que tous les Grades A se valent ?
L’attribution d’un Grade A se fait quand l’élève a obtenu un score dans la fourchette de 75 à 100 points. Cependant, certains ont obtenu un A avec 75 points et d’autres avec 95 points. Donc, un Grade A ne récompense pas toujours des élèves de même niveau. Ce n’est pas grave, car le PSAC, contrairement au défunt Certificate of Primary Education (CPE), n’est pas un examen pour établir un classement. L’élève est simplement évalué à deux niveaux : d’abord, à travers un continuous assessment et ensuite, à travers un examen écrit en fin d’année.

La différence de niveau entre les élèves d’une même classe n’est-elle pas au détriment des ‘gifted children’ ?
Avec le 9-Year Schooling, si un élève ne réussit pas aux examens du PSAC, il est orienté vers une extended class jusqu’au niveau de la Grade 9, avec un programme adapté. Ceux qui réussissent se retrouvent dans les « mainstream classes » pour poursuivre leurs études secondaires jusqu’au Grade 9, où ils devront participer à un examen national avant d’être canalisés, selon leurs aptitudes, vers des collèges académiques, techniques ou vocationnels. Je ne pense pas que l’élite disparaîtra à cause d’élèves de différents niveaux dans une même salle de classe. Je pense plutôt qu’il appartient aux élèves les plus brillants de la classe de tirer leurs pairs plus faibles vers le sommet. Et ils le feront. J’ajoute que les parents sont plus inquiets à ce sujet que les élèves eux-mêmes.

Le fait que seulement 50 % d’admissions sont offerts par le gouvernement aux collèges privés pose problème. En effet, ceux-ci doivent aller quémander les 50 % restants. Quelle solution trouver ?
C’est une grosse anomalie. La sélection des élèves ne se fait pas selon la méritocratie, mais selon des critères sociaux ou un tirage au sort.

Parlons politique. Quelle est votre analyse de la victoire d’Arvin Boolell ?
La victoire d’Arvin Boolell est logique à deux titres. En premier lieu, sa personnalité a joué en sa faveur, car sa carrière politique n’a pas été entachée de scandales. De plus, en face à lui, il y avait beaucoup de néophytes. En deuxième lieu, il a bénéficié du soutien logistique du Parti Travailliste (PTr). Il ne faut pas oublier que les Mauriciens sont quelque peu mécontents du gouvernement. Même si la majorité n’avait pas de candidat dans cette partielle, les électeurs du no 18 lui ont adressé un message très fort en votant massivement Arvin Boolell.

« Il faudrait que le gouvernement fasse une enquête approfondie et s’assure que l’entreprise concernée ait rempli ses engagements envers les employés, avant d’autoriser toute fermeture »

Est-ce que cette victoire annonce des moments politiques difficiles pour le gouvernement ?
Pas des moments politiques difficiles, mais des jours, des semaines, des mois et deux années difficiles pour l’Alliance Lepep. La victoire d’Arvin Boolell donne certainement des ailes au PTr. Cela dit, le gouvernement ne devrait pas la prendre à la légère. Il devrait revoir sa stratégie, car ce succès des rouges va faire des vagues. Le message de l’électorat aux dirigeants de l’Alliance Lepep est fort clair : soit vous changez de politique et vous prenez des mesures pour améliorer la situation, comme promis en décembre 2014, la qualité de vie de la population, soit on vous jette dan karo kann. Aux dires de certains observateurs, nos dirigeants actuels seraient déjà au bord du karo kann. Pravind Jugnauth l’a compris : il a annoncé, à Lalmatie, que les deux années qui lui restent seront différentes.

Pensez-vous qu’au niveau économique, 2018 s’annonce sous de meilleurs auspices ?
Pour Pravind Jugnauth, 2018 sera l’année du redémarrage économique. Le Premier ministre a annoncé que le taux de croissance atteindrait la barre des 4 %. Le chantier Metro Express commence dans quelques jours. Espérons que d’autres grands projets débuteront, car les Mauriciens sont impatients depuis trois ans. Vivement que la stagnation, dans laquelle nous pataugeons, prenne fin au plus vite et qu’une nouvelle ère économique s’ouvre pour la population.

En tant que président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (Apec), que pensez-vous des récentes fermetures d’usines ?
C’est un mauvais signal et cela prive les travailleurs de leur dû – salaires et bonis de fin d’année inclus. C’est triste pour ceux qui doivent faire face à des difficultés, surtout en cette période. Il faudrait que le gouvernement fasse une enquête approfondie et s’assure que l’entreprise concernée ait rempli ses engagements envers les employés, avant d’autoriser toute fermeture. Qui peut certifier que ces compagnies sont vraiment en difficulté ? Seule une enquête du ministère du Travail pourra le dire.