Tourisme religieux et culturel : les Mauriciens de plus en plus adeptes

Par Melanie Duval O commentaire
Pelerinage

Si le pèlerinage est une des plus vieilles formes de tourisme, il a connu une évolution considérable, grâce au rehaussement du niveau de vie. Et ce phénomène concerne toutes les grandes religions. Son infrastructure commerciale fait partie de l’industrie touristique. Une manne que Maurice compte exploiter.

Le tourisme religieux est en plein essor parmi les Mauriciens. Sur les pas du Christ, bain rituel à Ujjain en Inde ou encore le Hadj… Bon nombre de nos compatriotes convergent vers ces lieux sacrés chaque année.

À l’instar de Marjolaine, dont le rêve de marcher sur les pas de Jésus-Christ est devenu réalité en juin. Un voyage qu’elle a pu faire grâce à sa paroisse. « J’ai déboursé Rs 115 000, incluant les frais des billets d’avion, de l’hébergement et des déplacements. Tout a été organisé par la paroisse que je fréquente. Je ne regrette pas d’avoir investi dans ce pèlerinage. »

Plusieurs visites traditionnelles sont à l’agenda pour retracer la passion du Christ. « J’ai pu visiter le Mont Sinaï, le Jardin des oliviers et le Jourdain où j’ai pris le baptême à nouveau pour renouveler mon alliance avec le Christ. J’ai pu marcher sur les pas de Jésus. J’ai même été au Golgotha où il a été exécuté. J’en ai eu des frissons », confie Marjolaine.

Rome : ville sacrée

Elle précise qu’elle ne s’y est pas rendue en tant que touriste. « J’ai certes fait quelques achats, mais ce n’était pas des vacances. C’était un pèlerinage en Terre Sainte que tout catholique espère faire au moins une fois dans sa vie. Nous devions rester en groupe. Il y avait des consignes à respecter. Mon but était de faire un pèlerinage et je suis restée concentrée. »

La Jordanie, Jérusalem, l’Égypte…Autant de pays foulés par les pèlerins. La sécurité de ces derniers est assurée par l’armée, affirme Marjolaine. « Dès que nous avons débarqué en Jordanie, les soldats nous attendaient à l’aéroport pour nous escorter jusqu’en Égypte. Ils étaient toujours là. Nous avons bénéficié d’une protection 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, même quand nous avons traversé les frontières pour rejoindre d’autres pays », raconte-t-elle 

Lilianne, la soixantaine, a déjà accompli quatre pèlerinages au cours des dernières années. Des voyages qui lui ont coûté quelque Rs 500 000. « La recherche de la paix intérieure n’a pas de prix. À un moment de sa vie, on recherche la foi ou on cherche à la fortifier. J’avais besoin de vivre ces moments pour trouver ce que je cherchais », lance-t-elle.

Un des voyages qui l’a marquée, c’est sa visite au Vatican, la grande église de Saint-Pierre où elle voulait à tout prix se recueillir. « Ce n’est pas donné à tout le monde de visiter cette église. Quand je suis entrée dans ce lieu sacré, l’émotion était si forte que je n’ai pu retenir mes larmes. »

Le Hadj

Comme Marjolaine, ce n’est pas en touriste qu’elle a visité Rome. Elle ajoute avoir apprécié ce temps de recueillement dans le couvent où elle a logé. « Nous étions hébergés dans des couvents et non dans de grands hôtels. »

Le Hadj, qui vient de prendre fin, est également un moment précieux pour ceux qui s’y rendent. C’est l’une des dates majeures des Musulmans. À l’instar de Nasreen, qui s’est rendue en Arabie saoudite cette année pour le pèlerinage à La Mecque.

Un voyage qui, dit-elle, l’a transformée. « Le Hadj est un voyage que tout Musulman doit faire au moins une fois dans sa vie. La préparation spirituelle se fait bien avant le grand jour. À son retour, le Hadjee prend conscience de ses actions et de ses paroles mais le travail sur soi ne s’arrête pas à ce voyage d’une vie. »

L’Inde, pays phare des pèlerinages

La Grande péninsule reste un pays phare pour les pèlerinages. Les temples des différents coins de l’Inde attirent beaucoup de Mauriciens chaque année. Meenakshi Soobagrah-Deerpalsing, directrice de Bonny Air Travel, organise souvent des voyages pour les Mauriciens qui souhaitent se recueillir dans ces temples sacrés le temps d’un rituel.

« Dans le Nord de l’Inde, la plupart des Mauriciens qui vont à Delhi se rendent au temple de Haridwar. C’est un lieu où ils s’adonnent à des rituels en hommage à leurs proches décédés. Le deuxième temple le plus visité des Mauriciens est celui de Rishikesh », explique Meenakshi Soobagrah-Deerpalsing.

Elle ajoute que le pèlerinage en Inde se fait habituellement dans quatre lieux sacrés. Soit aux temples de Chardham, Badrinath, Kedranath et Gangotri.

Le Sud est tout aussi prisé pour le temple de Tirupathi et de Shirdi. Il y a également celui de Madurai, appelé Meenakshi Temple, qui est très connu des Mauriciens. Le Népal est aussi très tendance et les sites bouddhistes sont de plus en plus visités par nos compatriotes.

Daniella Lam Tung : « Nous travaillons en collaboration avec Pèlerins du monde »

Le Mauricien est-il friand des voyages spirituels et culturels ? Oui, affirme Daniella Lam Tung, membre de Pèlerins du monde. Selon elle, il y a de plus en plus de demandes pour les pèlerinages. « Les gens cherchent à se ressourcer. Les voyages spirituels leur permettent de se rapprocher de Dieu. C’est notamment pour cette raison que les lieux sacrés sont très prisés. »

Afin qu’il y ait une bonne organisation de ces voyages, la branche mauricienne travaille en étroite collaboration avec Pèlerins du monde. « Nous proposons des visites en Terre Sainte, à Rome, à Lourdes, dans les villes sanctuaires de France, en Espagne, au Mexique, en Pologne et en Inde, entre autres. La Terre Sainte est très prisée par les Mauriciens mais certains hésitent encore en raison de la sécurité… » 

Le package proposé aux pèlerins comprend les frais du billet d’avion, de l’hébergement en pension complète et de toutes les visites. « Un accompagnateur est aussi fourni », explique Danielle Lam Tung. Toutefois, elle demande au gouvernement de revoir le prix des billets d’avion pour les voyages culturels.

Caroline Chen d’Atom Travel : « Il y a un engouement pour les pèlerinages »

Les agences de voyage ont elle aussi noté l’engouement des Mauriciens pour les voyages religieux. Caroline Chen, directrice d’Atom Travel, explique : « Le désir d’accomplir un voyage religieux ou culturel a toujours existé, mais ce n’est pas tout le monde qui pouvait se le permettre avant. Aujourd’hui, avec la hausse du niveau de vie, de plus en plus de Mauriciens veulent faire des pèlerinages. De ce fait, nous leur avons concocté des programmes adaptés en tenant compte de leurs souhaits. »

D’autres voyages de ce genre sont prévus. « Nous avons un groupe de 90 pèlerins qui partent pour les 100 ans de Fatima. D’autres voyages sont au programme en Terre Sainte, à Rome. C’est vous dire que la demande est là. »


Sunil Kowlessur, Principal Tourism Planner au ministère du Tourisme : « Le gouvernement a lancé un plan d’action »

Le tourisme est-il toujours un des plus gros piliers de l’économie du pays ?
Le tourisme est un pilier important de notre économie. L’an dernier, nous avons accueilli 1,350 million de touristes. L’industrie a été lancée en 2015. En 2014, notre taux d’occupation était de 65 %, contre 75 % aujourd’hui.

L’indicateur concernant la recette que génère l’industrie dépasse les Rs 55 milliards. Ce qui représente un fort capital pour l’économie. Sans oublier le nombre d’emplois directs et indirects (100 000 postes) générés. Nous pouvons donc constater le poids de cette industrie dans l’économie mauricienne.

Le tourisme religieux et culturel est-il nouveau chez nous ?
Pas moins de 350 millions de personnes voyagent pour le tourisme religieux chaque année. C’est une des premières formes de tourisme et elle date de l’antiquité. Ce n’est pas nouveau au niveau mondial. Beaucoup de pays, comme la France, ont capitalisé sur ce concept. Environ 60 millions de touristes se rendent dans l’Hexagone pour leur périple religieux. C’est une forme de tourisme qui est très bien organisée dans ce pays de même qu’en Espagne, en Arabie saoudite et en Inde.

En revanche, c’est assez nouveau pour Maurice. Nous avons une industrie qui a réussi peu importent les critiques envers le secteur. Toutefois, nous avons construit notre industrie par rapport à la demande. Il n’y a pas grand-chose à faire pour vendre une île tropicale. Les gens veulent des plages et du soleil. Nous avons construit notre industrie par rapport à cela sans nous arrêter qu’aux hôtels.

Mais le tourisme c’est bien plus. L’industrie est comme une toile d’araignée. Elle est plus complexe. Pour l’instant, le gouvernement a pris la décision de présenter un plan d’action concernant le tourisme culturel. Le ministère du Tourisme et celui des Arts et de la Culture y travaillent. Il y a eu un rapport concernant nos patrimoines. C’est là que le religieux intervient. À lui seul, il ne pourra pas subsister. Il y a d’autres créneaux que nous souhaitons exploiter.

Les opérateurs ne se feront-ils pas de l’argent sur le dos des autres ?
Le tourisme, c’est du business. Aucun opérateur ne travaillera à perte. Il faudra être prudent. Les opérateurs sont honnêtes, mais il ne faut pas se faire d’illusion. Il ne faut pas exagérer. Il y a un pourcentage acceptable de leurs profits.

Quant à la formation des guides, cela pose problème, car pour devenir professionnel, il faut deux à trois ans d’études universitaires pour avoir un bon niveau. Or, il existe des lacunes.
Quand on parle de tourisme, il faut parler de volume. Il y a ce qu’on appelle le marché niche. Ce n’est pas aussi simple que d’introduire le tourisme religieux et culturel. Il faut avoir le produit. Il faut créer la demande. C’est ce qui fait aussi baisser les prix.

Avons-nous un parcours de sites à visiter ?
Établir un parcours est faisable. Nous avons déjà travaillé sur ce type de projets. Il y a les sites historiques de Port-Louis, dont au moins une cinquantaine de bâtiments. Dans la capitale, on a travaillé sur une quarantaine de sites. Le dossier a été remis au ministère des Arts et de la Culture. Nous avons travaillé pendant deux ans sur ce projet.

Les opérateurs sont essentiels, mais ils ne peuvent entrer en jeu en l’absence de demandes. S’il y a le volume, nous conclurons des contrats avec les tour-opérateurs. Nous devons identifier les sites et y mettre des panneaux. Le ministère des Arts et de la Culture finalise le tout.