Vente d’un hors-bord de Rs 2 M au clan Chowrimootoo - Lam Shang Leen à Nizaar Dowlut : «Ou gagn zafer ar trafikan ou»

Par Cedric Ramasawmy O commentaire
Nizaar Dowlut

L’homme d’affaires Nizaar Dowlut a dû s’expliquer sur la vente d’un bateau à l’épouse de Curly Chowrimootoo. Il a été convoqué devant la commission d’enquête sur la drogue le lundi 29 janvier.

La vente d’un hors-bord en mai 2016, des appels téléphoniques échangés avec le trafiquant de drogue Curly Chowrimootoo, alias Ti Nana, et Prinsley Patrick Steve Serret, alias Polocco et les comptes bancaires de ses compagnies… Autant de points abordés lors de l’audition de Nizaar Dowlut devant la commission d’enquête sur la drogue lundi. L’ancien juge Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, Sam Lauthan et Ravind Domun, tentent à savoir s’il était en relation avec des trafiquants de drogue.

Nizaar Dowlut a expliqué que Marie Nadia Samantha Petit-Chowrimootoo était venue le rencontrer, en mai 2016, à son bureau pour l’achat d’un hors-bord. L’épouse de Curly Chowrimootoo avait fait un dépôt de Rs 462 000 le 16 mai. Toutefois, elle avait été arrêtée dans la soirée du 16 au 17 mai après la saisie de 5,6 kilos d’héroïne estimés à Rs 100 millions. L’homme d’affaires « en faillite » souligne qu’il ne savait pas que sa cliente faisait partie d’un réseau du trafic de drogue.

Le directeur d’Atomix Boats Mauritius Ltd affirme qu’il n’a jamais parlé à Curly Chowrimootoo, ajoutant que Nadia Samantha Petit-Chowrimootoo lui aurait dit que son époux se prénommait Gino et il lui aurait donné les détails relatifs au hors-bord. Nizaar Dowlut a souligné qu’il détient plusieurs compagnies à La Réunion, à Madagascar et à Maurice. Il importe ses matières premières de Dubayy et de Chine. Interrogé sur un voyage au Gabon, il dira avoir accompagné Xavier-Luc Duval, le ministre des Finances d’alors.

Extrait de l’audition

Paul Lam Shang Leen (PLSL) : Dans votre convocation, nous vous avons demandé de produire vos « Tax Returns » depuis 2010, vos comptes bancaires et ceux de votre épouse.
Nizaar Dowlut (ND) : J’ai pu obtenir les documents pour 2013, 2014 et 2015. Les autres sont toujours en cours de préparation.

PLSL : Vous detenez cinq compagnies ?
ND : Oui. Les compagnies ont été sous liquidation l’année dernière. Les comptes bancaires et un bâtiment ont été saisis.

PLSL : Quelles sont ces compagnies ?
ND : Atomix Boats Mauritius Ltd (en liquidation), Postergraphics Co. Ltd, Primedia Outdoor Co. Ltd et Instore Concept Ltd, entre autres. Elles sont toutes en liquidation.

PLSL : Pour Postergraphics Co Ltd, vous avez contracté un emprunt bancaire de Rs 1 million. Puis Rs 10,6 millions pour Premedia Outdoor. Vos emprunts s’élèvent à combien au total ? Rs 58 millions, Rs 68 millions (il fait ses calculs)…
ND : Environ Rs 110 millions.

PLSL : Cela fait plus.
ND : Probablement Rs 130 millions.

PLSL : Vous êtes directeur de toutes ces compagnies. À combien s’élève votre salaire ?
ND : Rs 200 000 par mois.

PLSL : Et depuis quand ?
ND : Mon dernier salaire remonte à 2016.

PLSL : Je n’ai pas vos « Tax Returns »…
ND : Tous mes relevés sont sur les comptes bancaires. Je vais vous les soumettre bientôt.

PLSL : Venons-en à Atomix Boats Mauritius Ltd. Vous avez effectué une vente en mai 2016. Comment s’est déroulée cette transaction ?
ND : Une dénommée Nadia était venue me voir au bureau quelques jours avant. Puis le 16 mai, elle est retournée en compagnie de trois autres personnes. Elle voulait acheter un bateau au coût de Rs 2 millions. Elle m’avait remis les documents requis, notamment une copie de sa carte d’identité et le nom de sa compagnie. Elle avait aussi effectué un dépôt.

PLSL : Le dépôt s’élevait à combien ? Hormis cette femme, à qui d’autre avez-vous parlé ?
ND : Elle m’avait remis deux chèques d’un montant total de Rs 462 000. Un jeune skipper l’accompagnait. Puis elle m’avait mis en communication avec son mari qu’elle m’avait dit s’appeler Gino.

PLSL : Où se trouvait le dénommé Gino ?
ND : Ce n’est qu’après que j’ai su qui était Nadia Chowrimootoo. Son mari est resté en contact avec moi. Je suis une personne intègre. J’ai bossé dur pour en arriver là. Malheureusement, les compagnies ont fait faillite. Mon père était chauffeur de van. Nous sommes partis de rien…

PLSL : Ou kapav res trankil. Mo pa anvi tann ou diskour. Le bateau coûtait-il Rs 2 millions ? En êtes-vous sûr ? Ce n’est pas ce montant que vous avez cité à la brigade antidrogue (Anti-Drug and Smuggling Unit – Adsu) dans votre déposition.
ND : La dame m’avait demandé un rabais. Je l’ai vendu à Rs 1,8 million, mais elle devait me remettre Rs 200 000 pour le permis.

PLSL : C’est vous qui vous occupez des permis ?
ND : Oui. J’entreprends les démarches administratives. Sinon cela peut prendre des mois.

PLSL : Connaissez-vous ce numéro, le 5 898 xxxx ?
ND : Non.

PLSL : Ce numéro appartient à Jean-Daniel Tanner. Le cellulaire a été saisi en prison. Connaissez-vous Joël Flora ?
ND : Non. J’ai parlé seulement à Gino.

PLSL : Bien sûr ! Vous inventez !
ND : Je n’invente rien.

PLSL : Oui, vous inventez (d’un ton ferme).
ND : Ok.

PLSL : Et le numéro 5 852 xxxx ? Regardez sur votre téléphone…
ND : Oui. C’est inscrit Gino Bateau sur mon téléphone.

PLSL : Ce numéro appartient à Patrick Serret, alias Polocco.
ND : Je ne sais pas.

PLSL : Vous ne savez pas ? Ou gagn zafer ar trafikan ou…
ND : Non.

PLSL : D’après nos données, le 16 mai 2016, vous étiez en communication avec Curly Chowrimootoo… de 13 h 20 à 21 heures. Ou fer bizness ziska aswar ek prizonye ?
ND : Je ne fais aucune transaction avec les prisonniers.

PLSL : Nous avons relevé 22 appels et 13 messages. L’épouse de Chowrimootoo était venue vous voir à quelle heure ?
ND : Aux alentours de 10 h 30 ou 11 heures. Puis elle était retournée pour prendre livraison du bateau. Je ne savais pas à qui j’avais affaire. La dame m’avait remis deux chèques de Rs 462 000. Elle avait respecté toutes les procédures requises. C’est le lendemain que mes employés m’ont informé que Nadia avait été arrêtée…

PLSL : Ou leksplikasion pe vinn bankal. Comment aurait-elle pu prendre le bateau si elle ne vous avait pas remis le montant total ? Si la dame avait acheté un bateau auprès de la compagnie Atomix, comment l’argent s’est-il retrouvé sur votre compte bancaire ?
ND : Elle avait fait une erreur. Elle avait émis le chèque à mon nom.

PLSL : Donc, cet argent est en votre possession ?
ND : Oui.

PLSL : Je demanderai à l’Adsu de saisir cet argent alors.
ND : Ok.

PLSL : La dame a été arrêtée le 17 mai. Mais pourquoi le 18 mai, les 12 et 15 décembre, vous étiez toujours en contact avec les prisonniers…
ND : Gino ne se faisait aucun souci quant à l’arrestation de sa femme. Il voulait acheter un autre bateau. Mais je lui ai demandé de couper tout contact avec moi. Les appels n’avaient duré que quelques secondes. Vous pouvez le voir.

PLSL : Vous avez fait deux dépositions à l’Adsu. Pourquoi n’avez-vous pas dit à la brigade antidrogue que le mari de la dame vous avait contacté à plusieurs reprises ?
ND : J’avais peur pour ma sécurité. J’avais peur pour ma femme et mes deux fils.