Année pré-électorale

Par Eric Ng Ping Cheun O commentaire
Eric Ng

Quelle que soit la date des prochaines élections générales, 2018 est une année pré-électorale. Ce n’est pas à deux ans d’une échéance électorale que le gouvernement va enclencher des réformes économiques impopulaires. Il va, au contraire, prendre des mesures populistes dignes d’une politique de la terre brûlée : pile, il récoltera des soutiens, et face, il laissera une économie exsangue à ses adversaires. C’est sa survie politique qui est en jeu, et non l’intérêt général du pays. Le climat politique est tel qu’il ne favorise pas la sérénité requise pour relever les défis économiques.

Si le Premier ministre avait pressenti une victoire écrasante d’Arvin Boolell à l’élection partielle, peut-être aurait-il dissous l’Assemblée nationale avant le jour du scrutin pour éviter une dynamique créée en faveur du vainqueur dans les autres circonscriptions. Mais, il a sans doute tablé sur une très courte marge du gagnant qui, combinée à un fort taux d’abstention, aurait dilué la portée de la victoire. Maintenant, il aura à trouver une planche de salut sur laquelle rebondir.

Sera-t-elle l’économie ? Il est permis d’en douter. D’abord, on a un ministre des finances à temps partiel et qui est, de surcroît, un chef de parti. Difficile de croire que son travail de Premier ministre lui permet de se concentrer sur les problèmes économiques. Il consacrera plutôt son énergie à trouver d’une part des astuces pour empêcher d’autres scandales d’éclater, et d’autre part des moyens pour mettre fin à des chantages au sein de sa majorité. L’opposition parlementaire, si elle est unie, sera plus forte que jamais et lui mènera la vie dure. Au cas où un parti de l’opposition entrerait au gouvernement, il serait discrédité et créerait des mécontents au sein du parti majoritaire, prêts à quitter un bateau qui coule. Cela donnerait alors plus de sérum à l’opposition réelle.

Ensuite, les conditions politiques ne sont pas réunies pour qu’on investisse dans la durée, notamment dans les secteurs productifs. Quel investisseur prendra des risques à deux ans ou moins des élections générales ? En calculant ses risques, il tiendra compte, désormais, de la probabilité d’un changement de gouvernement. Même ses calculs financiers seront faussés par la remontée de l’inflation. Dans un pays où celle-ci, malgré un lissage statistique, passe brutalement de 1,0% à 3,7% en l’espace de douze mois, quelle confiance un investisseur peut-il accorder à sa banque centrale ? Une question d’autant plus pertinente que le nouveau gouverneur, qui n’est pas un économiste, devra faire ses preuves en matière de politique monétaire.

Puis, l’économie, pour citer Frédéric Bastiat, n’est pas ce que l'on voit, mais ce que l'on ne voit pas. En voyant se concrétiser le salaire minimum, l’impôt négatif sur le revenu et les travaux du métro, des commentateurs naïfs clament que « l’économie va mieux ». Comme s’il suffisait que l’État dépense et subventionne pour que la situation économique s’améliore ! Mais, l’économie ne repose pas sur l’hypothèse, chère aux modèles économétriques, de « toutes choses égales par ailleurs ». Chaque dépense et chaque subvention de l’État modifient les décisions inconnues de ceux qui n’en sont pas bénéficiaires. En économie, tout déséquilibre provoque un autre déséquilibre qui est invisible.

Comme toujours à Maurice, le gouvernement applique une nouvelle politique économique sans faire une étude d’impact sur l’entreprise. Combien de jeunes ne seront pas recrutés en raison du salaire minimum ? Combien de stagiaires ne seront pas confirmés ? Combien d’employés seront mis à la porte ? Quelle sera la baisse de productivité engendrée par la frustration de ceux pénalisés par la relativité salariale ? Quel sera le montant des coupes budgétaires dans le renouvellement des équipements, dans la formation continue, dans la publicité ? Combien de contrats de petit fournisseur seront résiliés ? Quelle sera la baisse de revenus des sous-traitants ? Quelle sera la perte de pouvoir d’achat causée par la hausse des prix ?

Les subventions au système d’impôt négatif seront financées par plus d’impôts. Quel sera l’impact négatif d’un taux d’imposition effectif plus élevé sur la consommation et l’investissement privés ? Combien d’investisseurs étrangers  seront échaudés par un alourdissement de la fiscalité ? Dans quelle mesure l’investissement domestique sera pénalisé par une hausse du taux d’intérêt entraînée par un accroissement de la dette publique ? A quel prix le financement de projets privés sera affecté par l’allocation de ressources financières pour les besoins du gouvernement ? En fin de compte, quel sera le manque d’efficacité économique dû à l’interventionnisme étatique ?

Toutes ces questions n’interpellent pas nos gouvernants qui préfèrent se fier à ce que Ramesh Basant Roi appelait les « fake economists, self-seeking advisers and imposters in the veiled pursuit of self-interests ». Le charlatanisme économique prime sur la rationalité, et cela arrange nos décideurs politiques, plus intéressés par la recherche de votes que par l’intérêt de l’économie. Ce sera encore plus vrai en cette année pré-électorale.

C’est pourquoi il n’est pas certain que soit réalisée, en 2018, une croissance de 4%. Même, si elle se concrétise, ce ne sera pas une réalisation notable ! Si elle l’était, il n’y aurait aucune raison de ne pas relever le taux d’intérêt cette année, puisque la croissance serait devenue moins préoccupante que l’inflation. En fait, la dernière détente monétaire, voulue par le ministère des finances, est la preuve que l’économie ne se porte pas si bien que ça.

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