Live News

Au Cœur de l’Info - Autosuffisance alimentaire : les manquements mis en avant 

Plusieurs invités ont débattu sur la question de l’autosuffisance alimentaire.

« Je crains, qu’avec les mesures énoncées lors du Budget, que le pays ne se dirige vers une surproduction de légumes. Ce qui, au final, va décourager les planteurs », appréhende Jean Cyril Monty, agronome et consultant en Agri Business. Il intervenait lors de l’émission « Au Cœur de l’Info », présentée par Ruth Rajaysur et Patrick Hilbert et axée sur les mesures budgétaires visant à atteindre la sécurité alimentaire dans le pays.

Publicité

Pour Jean Cyril Monty, le problème majeur se situe surtout au niveau de l’alimentation de bétail. « À titre d’exemple, la production du poulet dépend essentiellement des importations de maïs et autres aliments. Or, c’est sur la production de ces intrants si vitaux pour diverses industries locales que nous devons mettre l’emphase et non sur la production de légumes », soutient-il. 

De son côté, Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de la Chambre d’Agriculture de Maurice, dit noter une volonté pour assurer la sécurité alimentaire. Mais elle déplore qu’on pèche au niveau du plan stratégique à mettre en place pour aller dans cette direction. « Nous manquons ce ‘framework’ qui nous permettra de savoir qui produit quoi et quand, afin que nous puissions mieux planifier notre production », avance-t-elle.

Elle souligne l’importance de ne pas « couper les herbes » sous les pieds des planteurs. « Ce sont les planteurs qui prennent tous les risques. Or, pour la carotte, par exemple, des permis d’importation ont été accordés alors que nous étions en pleine récolte. Du coup, les planteurs ont été perdants », déplore-t-elle. 

Jacqueline Sauzier insiste aussi pour du « stockage intelligent ». « La production de pommes de terre se fait de juillet à décembre. Or, l’Agricultural Marketing Board (AMB) a une capacité de stockage de deux mois environ. Or, dans certains pays comme en Israël, ils peuvent stocker des pommes de terre pour une durée de huit mois. Nous devons aller dans cette direction. Il faut une volonté politique », recommande-t-elle.  

Quant à Eric Mangar, agronome et directeur du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire, il soutient que le gouvernement a fait « un effort » pour favoriser l’autosuffisance alimentaire. « L’intention de réduire nos importations en misant davantage sur la production locale est là. Il est maintenant important de mettre en place ces mesures », fait-il comprendre. 

Un avis que ne partage pas Krit Beeharry, porte-parole de la plateforme planteurs des îles. Il évoque, pour sa part, des « effets d’annonce » et du « business as usual ». Il déplore notamment la grande différence entre ce qui est annoncé et ce qui est faisable concrètement. Il cite notamment la production de pommes de terre. « Or, la semence est de mauvaise qualité et il n’y a pas de terres mises à disposition pour cette production », indique-t-il. 

« Le fait que notre note d’importation a sensiblement augmenté au fil des ans démontre le peu d’intérêt des autorités à augmenter la production. Or, l’alimentation doit être accessible aux Mauriciens », ajoute-t-il. Krit Beeharry a aussi mis l’accent sur le fait que la « sécurité alimentaire est le problème d’un pays, pas que l’affaire des planteurs et des producteurs ». « Il nous faut une production où les consommateurs sortent gagnants à la fin », fait-il part. 

Quant à Prakash Goolaub, Assistant directeur de l’Extension and Training au Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI), il est d’avis que pour assurer la sécurité alimentaire, il faut une meilleure productivité. « Il nous faut maximiser la production et les surfaces sur lesquelles nous produisons », affirme-t-il. 

Il conclut qu’une des mesures principales budgétaires est justement de former ceux qui veulent se lancer dans la production de pommes de terre, de l’oignon, de l’ail ou encore de haricots. 

En chiffres 

  • 3 500 hectares de terres sont sous culture de légumes et de fruits. 
  • 12 000 planteurs de légumes, de fruits ou de fleurs sont recensés dans le pays.  
  • Maurice consomme 730 000 tonnes de produits alimentaires par an, dont 80 % pour la consommation humaine. 20 % vont dans la production d’aliments pour les animaux. 
  • 1 000 tonnes de légumes frais sont importées par an. 
  • Le pays consomme 200 tonnes de carottes et 2 000 tonnes de pommes de terre par mois.
 

Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !