Interview

Charles Cartier : « L’investissement dans l’immobilier est nécessaire pour lancer d’autres activités »

Charles Cartier Charles Cartier, président du conseil d’administration de l’EDB

Dans cet entretien réalisé en début de semaine, Charles Cartier explique le rôle de l’Economic Development Board (EDB) dans le nouveau paysage économique. Il répond aux critiques sur la composition de cette instance. Et souligne l’importance de l’immobilier dans le développement du pays.

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À défaut d’un ministère du Plan, le gouvernement a créé l’EDB. Qu’en dites-vous ?
Nous devons voir le rôle de l’EDB dans son ensemble, selon les fonctions définies dans la loi-cadre. La première qui vient tout de suite à l’esprit est la promotion de l’investissement et des exportations. Ces fonctions existaient déjà sous les trois entités reprises. Aujourd’hui, l’EDB assume ces responsabilités de promotion pour l’ensemble des industries de notre économie, incluant celle des services.

Là où la loi-cadre apporte de la valeur ajoutée, c’est tout d’abord pour la facilitation des affaires, une fonction qui revenait déjà au Board of Investment (BOI). Alors que le BOI dépendait du ministère des Finances, l’EDB dépend du Bureau du Premier ministre. En tant que tel, l’EDB doit s’assurer que toutes les institutions règlementaires publiques ne deviennent un frein au développement économique. Qui plus est, en sus de la mise en place de la plateforme E-licensing, l’EDB est en mesure de demander à une entité publique des explications sur les raisons d’un éventuel long processus pour l’octroi de permis.

L’autre fonction qui est tout à fait nouvelle est celle de la planification économique et stratégique, un volet qui n’existe plus depuis 2005 avec la disparation du ministère de Plan. Depuis cette date, la planification n’était que sur les court et moyen termes et se faisait au rythme de la mandature législative et des discours du budget. Le long terme avait complètement disparu de la logique décisionnelle.

On revient donc à la planification telle qu’on le faisait auparavant ?
La situation a bien évolué depuis. L’État n’est plus l’unique actionnaire de sociétés telles qu’Air Mauritius ou Mauritius Telecom et les notions de répartition des ressources par la planification sont désuètes, la planification n’a plus le même sens.

Nous allons aujourd’hui dans la logique de la prospective économique. On anticipe les secteurs porteurs pour l’avenir et riches en emploi pour mobiliser nos efforts d’investissement et nos mesures incitatives. Nous ne devons pas oublier que nos ressources sont limitées, notre territoire exigu. Nous ne pouvons pas tout faire.

Les critiques fusent quant à la composition du conseil d’administration de l’EDB, par rapport notamment au nombre élevé de représentants du secteur privé. L’EDB est-il effectivement à la solde des opérateurs privés ?
Il faut savoir ce qu’on veut vraiment pour le pays. L’aspiration de tout Mauricien est d’avoir un taux de développement économique fort afin que Maurice devienne un pays à revenu élevé. Pendant des années, on nous a martelé qu’on devrait avoir la même discipline et la même rigueur que Singapour. La population souhaite que les nominations sur des conseils d’administration de cette envergure soient faites sur la base des compétences et non des étiquettes politiques. Aux personnes critiquant cette composition, je leur répondrais de consulter la constitution du conseil d’administration de l’EDB de Singapour. Nous avons aujourd’hui à Maurice un organisme composé de plusieurs experts dans leur domaine respectif. C’est un signal très fort et celà ne m’étonne pas d’entendre des critiques venant de la part de personnes qui s’y seraient retrouvées dans d’autres circonstances.

N’y a-t-il pas un risque de conflit d’intérêt, avec un membre étant partie prenante d’une décision qui affecte directement son entreprise ?
L’EDB est constitué de huit membres, chacun issu d’un secteur d’activité. Lorsque la discussion porte sur une industrie où un membre a des intérêts, il ne participe pas à la prise de décisions. Il faut être très clair là-dessus. Les membres sont des directeurs d’entreprise habitués aux pratiques de bonne gouvernance.

Le gouvernement a regroupé le BOI, la FSPA et Entreprise Mauritius sous l’EDB. Est-ce parce que ces entités n’ont pas réussi dans leurs tâches primaires par manque de compétences et de vision ?
Je ne suis pas d’accord. D’abord, l’EDB marque une évolution par rapport à ces trois enseignes. Mais il ne faut pas enlever le mérite et le travail que ces institutions ont abattu. Maurice figure parmi les 25 premiers pays dans le classement de facilitation des affaires de la Banque mondiale. Sans un travail en amont par l’institution concernée, on n’aurait jamais pu faire ce bond. Le taux de croissance est en train de remonter. Le secteur des services financiers est devenu le premier pilier de l’économie. On n’en serait pas là sans l’apport de ces institutions.

L’industrie mauricienne du textile est en difficulté. Peut-on affirmer que les institutions ont mis toutes les chances de leur côté pour empêcher une telle situation ?
Après la crise financière de 2008, tous les pays engagés dans le textile se sont livrés à une bataille sur le taux de change avec l’Europe et les États-Unis pratiquant des taux d’intérêt négatifs afin de préserver leur niveau de production et exporter davantage. Maurice n’a pas joué le jeu entre 2008 et 2014 et a favorisé ses importations au détriment des exportations et de sa base industrielle. Durant cette période, avec les représentants du secteur manufacturier et des services à l’export, nous avons constamment demandé, sans succès, un changement de l’orientation de la politique monétaire du moment. Ce n’est donc pas juste aujourd’hui de blâmer les institutions de promotion pour ces difficultés. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouveau souffle que nous comptons apporter à travers des synergies entre les activités de promotion d’investissement et d’exportation.

Que fait l’EDB pour donner un nouvel élan aux entreprises tournées vers l’exportation ?
C’est une question de choix stratégique : où et comment positionner le secteur industriel? Un des problèmes majeurs est le renchérissement de la main-d’œuvre. Certains pays n’ont pas pu s’adapter à cette nouvelle donne. Mais il y en a d’autres qui ont effectué une transformation de leur secteur manufacturier. Je me réfère aux pays comme l’Italie et l’Espagne. Ces pays sont montés en gamme et ont intégré la chaîne des valeurs. Pour Maurice, on devrait choisir les créneaux où nous sommes les plus compétitifs. À cet égard, nous travaillons avec les associations du secteur. Les 17 et 18 mars prochain se tiendra un atelier de travail qui se penchera sur les directions stratégiques que nous voulons emprunter et nous déterminerons les mesures à être prises pour que le secteur redevienne viable. Nous bénéficierons, pour cela, de l’expertise de la Banque mondiale.

Quand on analyse le flux d’investissement vers Maurice, l’immobilier arrive en tête depuis plusieurs années. Est-ce logique? N’est-il pas temps de changer d’approche ?
L’investissement dans l’immobilier reste essentiel. Il demeure une nécessité pour démarrer d’autres activités économiques, notamment celles pour lesquelles nous devons créer des espaces bureautiques innovants. C’est un secteur dont les retombées et la valeur ajoutée ont beaucoup progressé. Dans les années 2000, quand on démarrait les premiers projets sous l’Integrated Resort Scheme, l’impact économique était limité aux trois premières années. Comparons cela aux villes intelligentes, par exemple le projet de Médine avec l’Education hub qui attire des étudiants étrangers et qui permet une rentrée de devises constante. Cet apport a un effet positif sur notre balance commerciale et notre croissance économique. Il est du ressort de l’EDB de promouvoir une densification économique au sein des villes intelligentes.

L’EDB a regroupé le personnel de trois organismes. A-t-il été à la hauteur ?
Au sein de nos équipes, nous avons des personnes très compétentes. Nous devons mettre en place la bonne structure pour leur permettre de s’épanouir réellement et d'atteindre les objectifs organisationnels.

Quand est-ce que l’identité du nouveau Chief Executive Officer sera connue ?
Le recrutement est un processus qui prend du temps. L’EDB a effectué un appel à candidatures à l’international. Nous avons sollicité une firme spécialisée, Hendrick and Struggles, pour trouver la meilleure personne à ce poste. Nous sommes également en train de faire un appel à candidatures pour le Head of Strategic and Economic Planning. Cela devrait prendre quelque mois.

 

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