Economie

Chute de la livre sterling : les exportations vers le Royaume-Uni menacées

Le cours de la monnaie britannique s’est constamment effondré depuis le Brexit.

Publicité

La livre sterling a encore plongé la semaine dernière, donnant des sueurs froides aux exportateurs mauriciens.

Il y a un an, une livre sterling valait environ 1,40 euro. Désormais, elle se situe légèrement au-dessus de 1,10 euro. Depuis que les Britanniques ont voté en juin pour la sortie de leur pays de l’Union européenne – le fameux Brexit –, leur monnaie dévisse sur les marchés. Maurice n’est pas épargné des conséquences du Brexit. Le pays étant un partenaire commercial important du Royaume-Uni, l’évolution du taux de change est suivie avec intérêt par les exportateurs et les économistes.

Les exportateurs inquiets

Les exportateurs commencent à s’inquiéter de la tendance du taux de change. Avec une livre sterling affaiblie, ce sera un manque à gagner en roupies pour nos entrepreneurs qui exportent vers le Royaume-Uni. Comme le cours du dollar demeure toujours élevé, nos fabricants payent cher leurs matières premières et la chute de la monnaie britannique n’est pas pour arranger les choses. En 2013, Maurice a exporté vers le Royaume-Uni pour un montant de Rs 11,8 milliards. Nos exportations en 2014 vers ce pays s’élevaient à Rs 10,7 milliards.

Les importateurs gagnants

Maurice importe toute une gamme de produits du Royaume-Uni. En 2013, nos importations s’élevaient à Rs 3,5 milliards alors qu’en 2014, il y a eu une baisse dans nos importations, le chiffre étant de Rs 3 milliards. Avec la baisse du cours du GBP, les importations de la Grande-Bretagne vont coûter moins cher et ce sont les importateurs qui seront gagnants. Espérons que cette baisse sera reflétée dans les prix proposés aux consommateurs.

Les étudiants mauriciens

La baisse du cours anglais bénéficie également aux parents mauriciens qui doivent envoyer de l’argent à leurs enfants qui étudient en Grande-Bretagne. Par contre, les Mauriciens travaillant en Angleterre et qui envoient de l’argent à leurs familles à Maurice sont pénalisés. La faible livre sterling aura aussi un impact sur les investissements de la diaspora mauricienne à Maurice. Les Mauriciens visitant le Royaume-Uni bénéficieront, car ils dépenseront moins en termes de roupies durant leur séjour.

Les accords bilatéraux

Le commerce avec le Royaume-Uni est régi par l’Interim Economic Partnership Agreement, signé avec l’Union européenne. En vertu de cet accord, les produits fabriqués à Maurice peuvent entrer duty-free et quota-free sur le marché européen si les produits répondent aux critères de rules of origin.

Le 28 juin, le Premier ministre sir Anerood Jugnauth a déclaré au Parlement que, quelles que soient les relations entre la Grande-Bretagne et l’Europe, Maurice devra négocier un accord bilatéral avec le Royaume-Uni pour protéger nos intérêts commerciaux. Si le Royaume-Uni décide de maintenir les mêmes conditions que l’Union européenne a signées avec des pays comme Maurice dans le cadre de l’Interim Economic Partnership Agreement, alors il n’y aura pas lieu de négocier un nouvel accord.

Mais si le Royaume-Uni décide de changer les termes et les conditions, alors le pays devra entrer en négociations. À noter qu’un comité ministériel, sous la présidence du ministre des Finances, a été mis sur pied pour analyser l’impact du Brexit et les représentants des secteurs public et privé sont en consultations. Le comité fera ses recommandations.

Sen Ramsamy : « Pas de conséquence drastique »

Sen Ramsamy, consultant en tourisme, explique que nos recettes touristiques en livre sterling connaîtront une baisse avec la chute du cours en ce moment. Mais tout dépend de la tendance future du taux de change. « Avec une livre sterling affaiblie, nos packages paraîtront plus chers. Mais je ne pense pas que cela occasionnera une baisse conséquente dans les arrivées, car les touristes britanniques sont de grands voyageurs, ils continueront à voyager, Brexit ou pas, faible livre sterling ou pas », dit Sen Ramsamy.

Il pense que la situation actuelle, en ce qui concerne le taux de change, n’est pas un problème difficile à surmonter. Selon lui, l’industrie touristique est en train de se diversifier, et d’autres marchés s’ouvrent, notamment en Asie, avec l’Air Corridor. « Ce qui m’inquiète le plus, c’est que malgré l’augmentation du nombre d’arrivées de touristes, les recettes n’augmentent pas parce que les touristes ne dépensent pas assez.

Nous avons des touristes qui louent des bungalows ou des appartements en groupe, la location revient à environ 12 euros par tête par jour, alors que les touristes auraient dû dépenser en moyenne 250 euros par jour. Aux Maldives, par exemple, les dépenses quotidiennes par personne sont entre 225 et 250 euros. À Maurice, les dépenses sont en moyenne de 125 euros. Si nous arrivons à encourager les touristes à doubler leurs dépenses, nous aurons des recettes de Rs 100 milliards au lieu de Rs 50 milliards. »

Sen Ramsamy conclut que le succès du tourisme ne se mesure pas par le nombre d’arrivées, mais par le niveau de recettes, la création d’emplois et la valeur ajoutée.

Yogesh Singh : « Le taux de change est la principale inquiétude »

Yogesh Singh, le président de la Mauritius Exports Association (MEXA) dit que les exportateurs sont inquiets de l’instabilité qui affecte la livre sterling. « Ceux qui exportent vers le Royaume-Uni sont touchés par la situation actuelle. La livre sterling avait chuté d’environ 10 % après le Brexit et a été plus ou moins stable par la suite. Mais le crash soudain la semaine dernière interpelle. Pour les exportateurs qui facturent en GBP, ce sera une perte d’environ 15 % », explique Yogesh Singh.

Mais le problème ne s’arrête pas là. « En ce qui concerne les futures commandes, les fabricants doivent donner leurs devis en tenant compte du taux de change actuel. Ainsi, le prix payé par les importateurs anglais pourra être de 15 % plus cher. Nous n’avons aucun problème au niveau des commandes ou d’accès au marché, mais c’est au niveau des prix que les choses se compliquent. Si nos prix ne sont pas compétitifs, nous risquons de perdre les commandes.

Pour amortir ce manque à gagner de 15 %, nous devrons voir comment minimiser les coûts de production, car nous ne pourrons pas majorer nos prix », dit-il. En ce moment, les entreprises prennent des commandes pour la nouvelle saison qui débute en janvier. Les exportateurs, qui facturent leurs clients anglais en dollars ou en euros, font aussi face à un autre problème : les clients doivent, à leur tour, majorer leurs prix de vente, ce qui n’est pas au goût du consommateur britannique. Pour Yogesh Singh, la seule solution en la circonstance est de réduire les coûts pour maintenir un prix compétitif.

 

Notre service WhatsApp. Vous êtes témoins d`un événement d`actualité ou d`une scène insolite? Envoyez-nous vos photos ou vidéos sur le 5 259 82 00 !