Interview

Eddy Boissézon, ministre de la Fonction publique : «Certains fonctionnaires sont des proies faciles à la corruption»

Eddy Boissézon Eddy Boissézon, ministre de la Fonction publique.

« Avec l’argent mal gagné, ou pa pu profiter. » C’est la mise en garde du ministre de la Fonction publique, Eddy Boissézon, aux recrues du Mauritius Fire & Rescue Services lors d’un atelier de travail. Le Défi-Plus l’a rencontré cette semaine pour savoir le fond de sa pensée.

Lors d'un atelier de travail, tenu le 27 février dernier à Beau-Bassin, le ministre Eddy Boissézon estimait que certains pompiers pouvaient être tentés par des pots-de-vin pour l’octroi d’un Fire Certificate. Au cours d’une rencontre à son bureau jeudi, le ministre de la Fonction publique est revenu sur cette déclaration. Selon lui,  les fonctionnaires, de manière générale, sont à la merci de personnes sans scrupules qui peuvent leur proposer des pots-de-vin contre certaines faveurs. « Personne n’est à l’abri de cette pratique. Et les pompiers, bien sûr, ne sont pas en reste. Une de leur prérogatives est l’octroi d’un Fire Certificate pour des bâtiments. Or, ces derniers ne sont pas à l’abri d’un pot-de-vin proposé par des propriétaires de bâtiment, surtout ceux qui ne respectent pas les critères nécessaires pour l’obtention du certificat en question », a-t-il dit.

Le ministre de la Fonction publique considère que, dans le passé, l'accent était peu mis sur les critères à respecter pour obtenir un Fire Certificate. « Cependant, les choses ont évolué. Nous construisons aujourd’hui des gratte-ciel. Et ces bâtiments sont parfois sujets à des accidents. Nous avons été témoins des cas où des incendies ont éclaté dans des bâtiments. Des personnes ont été la proie des flammes. Certains ont même laissé leur vie », a fait part Eddy Boissézon, citant en exemple l’incendie qui s’était déclaré au supermarché Shoprite en novembre dernier, ayant causé la mort de Dinesh Domah, 24 ans.  « D’où la nécessité de ce Fire Certificate, car un mort, c’est toujours un mort de trop », a souligné Eddy Boissézon.

Inculquer des valeurs aux fonctionnaires

Si le ministre est d’avis que la majorité des fonctionnaires sont des gens intègres, il est d'avis toutefois que quelques-uns se laissent prendre au piège de la corruption. « Il peut s’agir d’une personne qui a un penchant pour les jeux du hasard, par exemple, ou qui ont des vices. Elles cèdent à la tentation et deviennent ainsi des proies facile à la corruption », a ajouté le ministre. Pour mettre un frein à cette pratique, Eddy Boissézon rassure que des valeurs sont inculquées aux fonctionnaires dès leur recrutement. « De plus, nous misons sur la formation continue des fonctionnaires, quel que soit leur grade. Peut-être que cela ne se fait pas tout à fait à ma satisfaction, mais nous y travaillons. Le Pay Research Bureau recommande 40 heures de formation à l’intention de tout fonctionnaire chaque année. Des modules sur l’intégrité et la responsabilité y seront intégrés. »

61 fonctionnaires «conditionally recalled»

Cela n’empêche pas pour autant au ministère de sévir contre ceux qui bafouent les lois. D’après le rapport de l’audit de 2016, 284 fonctionnaires sont interdits de leurs fonctions, ayant été suspendus pour des raisons diverses. Toutefois, même suspendus, ces fonctionnaires, dans l’attente d’un jugement, continuent à percevoir leur salaire à la fin du mois. Ce qui coûte au gouvernement la bagatelle somme de Rs 278 millions.

Un montant que le ministre Boissézon juge exorbitant. Et d'expliquer qu’un comité, comprenant des hauts officiels a été mis sur pied afin de se pencher sur chaque cas. « 61 de ces fonctionnaires ont été ‘conditionally recalled’. C'est-à-dire au lieu qu’ils restent à la maison, nous les avons redéployés », a confié Eddy Boissézon, précisant qu’il s’agit d’une politique adoptée depuis 2016. 

Celui-ci a précisé toutefois que les tâches qui leur ont été confiées n'étaient pas directement liées à la faute commise. « Par exemple, si un officier est suspecté d’avoir volé de l’argent, nous le redéployons dans un département où il n’a pas accès à l’argent. Cependant, il doit s’agir de délits considérés comme mineurs. Pour des cas plus graves, ils devront obligatoirement patienter le temps qu’un jugement ne soit rendu », a déclaré le ministre.

Pour ce dernier, il serait souhaitable que davantage de fonctionnaires interdits soient réintégrés. « Il faut considérer que tous les fonctionnaires qui sont dans l’attente d’un jugement sont présumés innocents. Il ne faut pas aller vite en besogne. Il faut prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas se retrouver après avec des cas où des fonctionnaires ayant été mis à la porte soient, plus tard, trouvés innocents. C’est aussi pour cette raison que nous demandons aux chefs des départements que ''interdiction should be the last resort'' », a-t-il conclu.