People

Ex-employée de Shoprite : la revanche de Madam Ti bazar sur le chômage

Savritree Narwa Le Ti Bazar de Savritree Narwa, qui regorge de légumes en tous genres, remporte un franc succès.

À 50 ans, Savritree Narwa aurait pu tout abandonner lorsqu’elle a perdu son emploi. Mais elle a refusé de baisser les bras. Au chômage depuis juillet dernier, cet ancienne employée de Shoprite a décidé d’ouvrir un petit marché de légumes afin de gagner sa croûte. Une histoire inspirante en marge de la Journée mondiale du refus de la misère qui sera commémorée le 17 octobre prochain.

Courageuse, persévérante et brave font partie des qualificatifs qu’on peut utiliser pour décrire Savritree Narwa. Sa vie a basculé en juillet 2018. Elle a travaillé pendant cinq ans à Shoprite à Trianon. Puis l’incendie a éclaté. La suite on la connaît. L’hypermarché a définitivement fermé ses portes. Que faire ? Savitree a, dans un premier temps, songé à reprendre de l’emploi à l’usine, pour avoir travaillé pendant plus d’une trentaine d’années comme ouvrière et machiniste. Elle a finalement décroché un travail de femme de ménage. Mais elle ne percevait que Rs 2 000 par mois, ce qui était loin d’être suffisant pour subvenir aux besoins de la famille. Comme son époux est retraité, leurs revenus ont considérablement diminué. Sans compter le fait qu’elle a une fille de 22 ans qui fait des études supérieures. « Ma fille suit des cours pour devenir infirmière. Elle travaille dans un centre d’appels et ne rentre qu’à 3 heures du matin. J’ai des rêves et des projets pour elle. Mo anvi li kontign aprann », confie Savitree. 

« Je ne pouvais pas rester les bras croisés. Mo ti bizin trase. Lerla monn desid pou ouver enn ti bazar », explique-t-elle. Un vœu dit à haute voix et auquel elle croit fermement et qui ne tardera pas à se réaliser. Pour ce faire, elle a pu compter sur l’aide de son frère Jeegram qui a la main verte. En quelques semaines, elle a entamé les démarches. Elle s’est renseignée et a fait une demande pour un permis. Puis elle a foncé. 

Madam Ti bazar

Soif d’apprendre 

Madam Ti bazarSon rêve s’est concrétisé. Dorénavant, les personnes qui empruntent  l’avenue Roches Brunes en direction de Camp Levieux ou de la rue Hugnin peuvent voir ce Ti Bazar en  tôle et en bois devant un magnifique jardin. Pommes d’amour, oignons, pommes de terre, giraumons… autant de légumes disponibles dans son potager. 

Le jardin regorge, lui, de feuilles de menthe, de brèdes, de haricots et de papayes. De temps en temps, Savitree propose des petits pots de chatini coco, de kutchia et d’achards. En ce temps de prière, elle met aussi des noix de coco à la disposition de ses clients. Ça se bouscule au portillon tous les après-midis devant le Ti Bazar. « Les gens me félicitent pour cette idée. Ils sont contents d’avoir des légumes frais. » Savitree a tissé des liens d’amitié avec ses clients. Chacun d’eux n’hésite pas à faire un brin de causette avec elle pendant qu’ils font leurs achats. 

Au Ti Bazar, on parle de tout, de recettes et de la météo. C’est comme cela que Savitree connaît les habitudes de tout le monde. « Mo kone ki sann-la kontan manz satini ou zasar ek ki sann-la kontan manz fri, fer lasoup. Parfwa mo al kit kot zot. Parfwa mo gagn komann. Ena fwa kouma mo fer satini coco tou fini enn sel kout », dit-elle.

Savitree explique que tout se passe bien pour le moment, mais elle ne sait pas combien de temps elle pourra travailler. « Le terrain ne nous appartient pas. Une personne nous a généreusement autorisés à l’utiliser temporairement. Quand le propriétaire en aura besoin, je ne pourrai hélas plus continuer mes activités », lâche Savitree.  

Malgré cet avenir incertain, elle ne baisse pas les bras. Elle songe déjà au futur. « Je sais coudre. Mon mari aussi. Je prendrai bientôt des cours de tailleur. Nous pourrons alors travailler ensemble. J’ai décidé de démarrer mon apprentissage dès janvier. Au moins je pourrai avoir ce métier comme option. » 

En attendant, très tôt tous les  matins, Savitree est debout. Elle s’occupe de sa maison. Elle accorde de l’attention à son mari et à sa fille unique. Puis elle se rend au marché. « Peu importe votre métier, quand vous le faites avec amour, vous progresserez. » 

Aux jeunes, elle voudrait leur dire : « Fode zame dekouraze. Fer enn tipti pa, sa kapav amenn zot lwin. » La misère, elle l’a connue, mais aujourd’hui elle refuse de s’y laisser enfermer. Elle veut vivre, travailler et rêver. Elle espère un jour se rendre en Inde pour voir ses beaux-parents. Elle croise les doigts…