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Fillette de 4 ans victime d’attouchements : les limites de la protection des mineurs en situation vulnérable

(Photo d’illustration) Les travailleurs sociaux sont unanimes sur l’importance de la prise en charge de l’entourage des personnes en réhabilitation ou sous traitement de la méthadone.

L’agression sexuelle d’une mineure, survenue durant le week-end, démontre qu’il y a encore du travail à faire pour que de tels drames ne surviennent plus. Parmi, une prise en charge en amont de l’entourage des personnes en situation de précarité.

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Les attouchements sexuels qu’a subis une fillette de 4 ans, sous les yeux « impassibles » de sa mère, a choqué toute la population. Force est, cependant, de constater qu’il y a un énorme travail à faire pour que de tels drames ne surviennent pas à nouveau. Car la « condamnation » de l’acte et de ce type d’agresseur ne saurait changer une situation dont on ne connaît que le sommet de l’iceberg à travers les « cas rapportés ». 

Autour de 400 cas d’attouchements sont « rapportés » annuellement, selon Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, psychosociologue et membre du Kolektif Drwa Zanfan Morisien. Ce qui ne reflète pas la réalité, de nombreux cas étant passés sous silence soit parce que les agresseurs sont « proches » de la famille, soit parce que les victimes refusent de dénoncer par « honte », a-t-elle fait ressortir sur les ondes de Radio Plus. 

Cette situation met en lumière les « limites » de la prise en charge par certaines ONG engagées dans la réhabilitation des usagers de drogues, souligne, pour sa part, Edley Maurer travailleur social à l’ONG Safire. « Une bonne prise en charge suppose non seulement l’encadrement de l’usager de drogues, mais aussi de tout son entourage », fait-il comprendre.

Dans bon nombre de cas, on se contente de retirer la garde des enfants aux parents en les accusant de ‘négligence’ Ce n’est pas la solution.

Ainsi, pour Edley Maurer, il y a tout un travail de réflexion à faire en amont concernant la prise en charge des personnes vulnérables, ce qui pourrait permettre d’éviter divers problèmes par la suite. Il est essentiel d’identifier les membres de la famille qui sont à risque, estime-t-il. 

« Si dans certains cas, il faut ‘enlever’ un enfant de ses parents lors de leur réhabilitation, cela doit se faire pendant une durée bien déterminée, quitte à la prolonger par la suite », dit-il. Toutefois, le travailleur social déplore le fait que « dans bon nombre de cas, on se contente de retirer la garde des enfants aux parents en les accusant de ‘négligence’. Ce n’est pas la solution ». 

Un avis que partage également Ragini Rungen de l’OMG La Caz ‘A’. « Je ne pense pas qu’il faille systématiquement enlever les enfants de la garde de leurs parents usagers de drogues. De nombreux parents parviennent à assumer leurs responsabilités en dépit de leur addiction », affirme-t-elle. Ragini Rungen précise toutefois qu’il est difficile de déterminer avant un événement qui sont ceux qui ne peuvent pas assumer leurs responsabilités. « À notre niveau, nous encadrons et sensibilisons nos bénéficiaires. Il y a aussi un accompagnement qui est proposé aux enfants », dit-elle.

Elle reconnaît cependant qu’une personne sous influence peut avoir des comportements ou attitudes imprévus. C’est la raison pour laquelle les enfants ne sont pas admis aux sessions de réhabilitation des adultes. 

Jamie Cartick directrice de l’ONG Collectif Urgence Toxida (Cut), ajoute que ce n’est pas en toute circonstance que la garde des enfants peut être enlevée des parents. « Pour ceux dont la consommation de drogue est problématique, il faut effectivement mettre à l’abri les enfants. Mais dans les autres cas, les enfants devraient demeurer avec leurs parents car certains savent très bien s’occuper d’eux », soutient-elle. D’autant que dans certains cas, allègue la directrice de Cut, les enfants ne sont pas mieux lotis dans les « Shelters ».  

« Avec le nombre d’enfants qui y vivent, certains sont ‘négligés’ et ne bénéficient pas de l’attention nécessaire », selon elle. Pour Jamie Cartick, les enfants qui sont placés dans les « Shelters » devraient pouvoir bénéficier d’une prise en charge adéquate et dans un environnement plus propice à leur épanouissement que s’ils étaient restés sous le toit familial. 

Le débat est lancé. 

Vives condamnations, l’Ombudsperson for Children « bouleversée »

Les réactions n’ont pas tardé à la suite des images qui ont circulé sur les réseaux sociaux après cet énième cas d’attouchements sexuels sur mineur. La ministre de l’Égalité des genres, Kalpana Koonjoo Shah, a vivement condamné cet acte, en affirmant qu’il n’y a pas de place dans notre société pour ce genre de personne. Elle a affirmé que son ministère a agi promptement pour donner une assistance psychologique à la jeune victime qui a été placée dans un « Shelter ».

Elle a lancé un appel à la population pour dénoncer ce genre d’agression. 

Comme tout le monde, Aneeta Ghoorah, Ombudsperson for Children, a été « bouleversée » en apprenant ce qu’a vécu cette fillette de 4 ans. Elle affirme que son bureau va suivre l’affaire de très près et veiller à ce que l’enfant bénéficie d’une prise en charge adéquate. 

« Nous nous assurerons que les mesures et les sanctions soient prises rapidement. Le bureau veillera également à ce que la fillette bénéficie de tout l’encadrement dont elle a besoin », a déclaré Aneeta Ghoorah.

Elle a aussi fait ressortir que son Bureau a pris contact avec la Child Development Unit et la police, qui mène une enquête. « Nous faisons le suivi à notre niveau et avons demandé un rapport complet au ministère de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille », a-t-elle précisé.

À l’approche des vacances scolaires, elle exhorte les parents à sensibiliser leurs enfants aux propositions indécentes que certains adultes pourraient leur faire. « Avec les enfants qui seront sûrement seuls à la maison ou confiés à des proches, nous demandons aux parents de bien s’assurer à qui ils confient leur garde. » 
L’Ombudsperson for Children lance également un appel au public pour qu’il cesse de faire circuler la vidéo de la fillette subissant des attouchements. Vidéo qui aurait été filmée par la maman elle-même, selon la version du suspect.

« Je suis choqué, outré et dégoûté par une vidéo actuellement en circulation sur les réseaux sociaux dont WhatsApp », dit, de son côté, le député du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) Patrice Armance. Pour lui, cela ne suffit pas que l’agresseur et la mère de la fillette ont été arrêtés. « Je demande des actions sévères contre ce pervers, quitte à ce qu’il soit déporté d’urgence et ‘blacklisted’ sur notre territoire. Je demande au gouvernement et au ministre de l’Égalité des genres et de la protection des enfants d’agir pour vraiment protéger nos enfants », exhorte-t-il.

 

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