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François Calvia : plaidoyer pour une vie sans enfant

François Calvia.

Refuser d’avoir d’enfant fait-elle d’une femme un être ‘contre-nature’ ? Et, a contrario, est-ce que celle-ci se donne-t-elle les moyens d’être libre et indépendante sans une conscience de culpabilité ? François Calvia, auteur français, traite d'une thématique délicate qui préoccupe principalement les femmes dans les sociétés industrielles dans son petit livre précieux et bien documenté intitulé « Tu prends perpète quand tu fais un enfant ».

Ni cynisme, ni sentiment de culpabilité. François Calvia, dès les premières lignes de son ouvrage, défend comme un acte de foi assumé son propos : « Régulièrement, j’observe mes amies, les relations, je questionne des inconnues sur la plage ou ailleurs, seules ou en couple, avec ou sans enfants. A l’âge où j’aurais pu être grand-père, je ne sens aucun regret de n’avoir eu ni d’enfants ni petits-enfants, même si la loi sur le mariage pour tous m’en donnait le droit, je n’en ai pas eu envie ». 

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Si l’envie de devenir parent s’est toujours affirmé comme une évidence, codifiée par les religions du Livre et les normes sociales traditionnelles, elle ne résiste pas toujours à l’observation de la réalité sociale, économique et culturelle, notamment dans la perspective de la femme.  Mais pour que l’opposition à la parentalité dépasse cette perspective et recouvre une dimension plus large et soit validée par tous, il fallait qu’elle s’inscrive dans une posture masculine. C’est là que se situe le propos de François Calvia. « Alors que de nombreuses femmes ont écrit sur ce thème, peu d’hommes se sont exprimés dessus. Mon souhait est de donner la parole aux femmes bien évidemment, mais sans oublier d’aborder le point de vue des hommes qui s’expriment plus librement aujourd’hui sur ce vaste sujet », dit-il.

Éducation judéo-chrétienne

Si l’acte de la procréation est si profondément ancré dans l’inconscient collectif et ne rencontre pratiquement aucune opposition, c’est qu’elle tire sa légitimité dans les récits dits sacrés des religions du Livre, lesquels assignent à la femme la responsabilité de donner des enfants aux hommes.  François Calvia attribue à l’éducation judéo-chrétienne ce conditionnement au mariage, à avoir des enfants, des petits-enfants et à ne pas se poser des questions existentielles. À ce titre, poursuit l’auteur, des couples qui ont réussi ressentent l’impression d’être passés à côté de quelque chose, des joies de la maternité et se poseront des questions métaphysiques telles que la filiation ou la descendance (ne rien laisser après soi) ou bien, matérielles comme l’héritage de ses biens ou de sa fortune.

Devenu une institution sociale, le mariage n’est plus resté le seul édifice, inébranlable et irréversible, sur lequel se bâtit le succès des générations, leur devenir. Et la question de la parenté, elle-même, est, de plus, mise en cause au nom des libertés de l’individu. Car la famille et les enfants, en tant qu’ils impliquent des responsabilités, se présentent comme des obstacles ou interrogations quant aux possibilités à tout individu de s’accomplir pleinement. Cette problématique amène à la question suivante : est-ce que tous les individus - hommes et femmes -, ont-ils besoin d’enfants pour réussir leurs vies ? 

Pour François Calvia, « peu de couples ne prennent pas conscience que procréer va leur priver de liberté, car c’est la le point essentiel qui va conditionner leur vie ». Plus loin et remontant jusqu’à l’Antiquité, l’auteur cite tour à tour les philosophes grecs Diogène et Théophraste et ceux de la Rome antique, dont les Cyniques qui affirmaient que « pour lancer un enfant dans un monde mauvais, il ne faut pas les aimer, car c’est leur imposer un monde où règnent la méchanceté, la brutalité et la haine ».

Seuls, sans attaches

L’individualisation progressive de certaines sociétés industrielles, les avancées des idéaux du féminisme, les avancées de la société capitaliste, celles de la société de consommation, la diversité et l’accessibilité des biens et services au plus grand nombre, partout à travers le monde, participe à un vaste mouvement qui incite des individus à vivre seuls, sans attaches et surtout sans s’encombrer d’enfants lorsqu’il s’agit de couple. « L’absence de désir d’enfants s’explique parfois par le vécu familial. Ceux ou celles ayant eu des parents peu présents, caractériels, trop autoritaires ou exigeants, seraient moins enclins à vouloir procréer, de peur tout simplement de répéter le même schéma », fait valoir François Calvia.

Et la tâche d’élever les enfants n’est jamais un long fleuve tranquille et ne peut compter sur aucun livre de recettes à succès tant des enfants, à un certain âge, deviennent de plus en plus des individus qui se plaisent à se débarrasser du ‘joug’ familial vécu comme une prison matérielle et mentale. Il n’est plus surprenant, à ce titre, que certains parents, devant cet état de fait où leurs enfants échappent à leur autorité – ou s’émancipent -, se posent la question sur la futilité d’avoir procréé. Cette question trouve sa voie davantage dans des sociétés occidentales industrialisées où la mise sur pied des services d’aide et d’accompagnement tente de remplir les lacunes engendrées par la dénatalité. 

Antinatalisme

Aujourd’hui – alors même qu’un pays comme le Canada tente d’enrayer la dénatalité, une doctrine philosophique née aux États-Unis tente de faire progresser l’antinatalisme. En 1972, les militantes Ellen Peck et Shirley Radl ont fondé la National Organization for Non-Parents (NON), la première organisation dédiée à la défense des droits des « sans enfants par choix ». Née au carrefour de la politique identitaire et de l'activisme environnemental, la NON a promu la vie sans enfant comme un choix reproductif à la fois respectable sur le plan social et responsable sur le plan politique. La NON est passée d'un mouvement populaire à une organisation militante professionnalisée. 

Au-delà des arguments sur l'urgence du contrôle de la population, NON a proposé une critique sophistiquée de la marginalisation des citoyens sans enfants dans une société intensément pro-nataliste. Les activistes sans enfants ont dû faire face à une opposition féroce de la part de ceux qui pensaient que la reproduction et la parentalité étaient des caractéristiques déterminantes de la famille américaine. En adoptant le langage du choix reproductif, NON a pu atténuer certaines des controverses qui ont entouré sa croisade pour l'absence d'enfants et faire entrer l'absence volontaire d'enfants dans le courant principal de la pensée américaine.

Pour autant, les partisans du natalisme avancent des arguments économistes qui semblent tenir la route, le premier étant le fait qu’une faible natalité accroit la charge des retraites en déséquilibrant la pyramide des âges. Chez nous, cette idée a même été promue par des personnes qui vont valoir que l’État doit proposer des soutiens financiers afin de relancer la natalité pour répondre à la problématique de la main-d’œuvre et au financement de la pension universelle. En tout cas, l’ouvrage de Calvia a le mérite de poser la question des libertés de l’individu dans un contexte de plus en marqué par des mutations et reconstitutions de la famille, les droits des enfants et ceux des femmes, l’influence des religions dans nos sociétés, entre autres.

‘Tu prends perpète quand tu fais un enfant’, de François Calvia (77 pages). Collection Les Sauveurs
Prix : 9 euros
WWW.editions-exaequo.com

 

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