Economie

Gratuité des études supérieures : quelles sont les conséquences sur… 

Gratuité des études supérieures : quelles sont les conséquences sur…  Nous risquons, donc, de nous retrouver avec davantage de diplômés sur le marché du travail et moins de techniciens et d’ouvriers.

À partir de la prochaine année académique, les diplômes de premier cycle dans les institutions publiques seront financés par l’État, soit près de 
Rs 1 milliard. Une mesure qui vient soulager les parents et les étudiants, mais qui n’est pas sans conséquence sur l’emploi, les institutions tertiaires du privé ou encore les finances publiques.  

…l’emploi 

« L’idée derrière la gratuité de l’enseignement supérieur, c’est d’améliorer l’accès. C’est une bonne chose, mais il faut s’assurer que ces diplômés viennent répondre à la demande sur le marché du travail ». Tel est l’avis de Vishal Ragoobur, Senior Economist, sur la mesure phare du gouvernement en ce début d’année. Pour l’économiste, plus il y aura de jeunes qui vont s’inscrire, plus le nombre de diplômés  va augmenter. « Ce qui aura un impact sur le marché de l’emploi. D’où l’importance de revoir les programmes d’études pour que ces jeunes trouvent du travail, une fois qu’ils intègrent le marché de l’emploi », souligne Vishal Ragoobur. 

Il faut s'assurer que ces diplômés viennent répondre à la demande sur le marché du travail."

Ravish Pothegadoo, directeur du cabinet de recrutement Talent on Tap, a les mêmes craintes. « Ceux qui, par manque de moyens financiers, se tournaient vers la filière pré-professionnelle voudront, dorénavant, faire un diplôme de premier cycle. Nous risquons, donc, de nous retrouver avec davantage de diplômés  sur le marché du travail et moins de techniciens et d’ouvriers. Ce qui peut faire grimper le taux de chômage », avance Ravish Pothegadoo. Parallèlement, des recrutements ne sont pas à écarter dans l’éducation tertiaire avec une telle mesure. « Si le nombre d’étudiants augmente, il y aura plus de demandes pour des lecturers », soulignent Ravish Pothegadoo et Vishal Ragoobur. Ravish Pothegadoo s’attend également à plus de compétition pour des places dans les universités. « Puisque l’enseignement supérieur devient gratuit, les critères d’inscriptions seront revus. Il y aura plus de compétition. Ce qui devrait avoir un impact positif sur le niveau des potentiels candidats », conclut Ravish Pothegadoo. 

…les finances publiques 

Si les frais universitaires dans les institutions publiques seront gratuits, n’empêche, ils grèveront lourdement sur les finances publiques. « Cette mesure coûtera Rs 1 milliard. Par conséquent, le déficit budgétaire augmentera de Rs 1 milliard, à moins que le gouvernement augmente les taxes. Si le déficit budgétaire augmente, cela entraînera une hausse de la dette publique. Il faudra trouver Rs 1 milliard tous les ans », avance Eric Ng, directeur du Cabinet PluriConseil. L’économiste Pramode Jaddoo s’interroge aussi sur le financement de cette mesure. « Il se pourrait qu’il y ait des taxes additionnelles. C’est un peu le jeu des serpents et des échelles. On nous offre l’échelle à grimper alors que le serpent veille au grain. On risque de ressentir la piqûre d’autant plus que nous sommes lourdement taxés à Maurice sans compter que le gouvernement s’est engagé dans plusieurs gros projets et compte même revoir à la hausse la pension de vieillesse », fait ressortir Pramode Jaddoo. Pour l’économiste, ce sont les contribuables qui vont ressentir le fardeau dans « ce scénario de promesse, d’endettement et de remboursement ». 

…les institutions tertiaires du privé 

Dans les institutions tertiaires du privé, on s’attend à une compétition plus rude sur le marché pour attirer les potentiels étudiants. « L’éducation tertiaire gratuite dans les universités publiques profitera, certainement, à un plus grand nombre d’aspirants. Les inscriptions dans les universités publiques vont probablement augmenter. Par conséquent, les établissements privés devront faire face à une concurrence plus accrue », avance le Dr Dhananjay Keskar, directeur d’Amity Institute of Higher Education. Ce qui signifie, ajoute notre interlocuteur, que les institutions privées devront convaincre les étudiants potentiels en offrant un enseignement de meilleure qualité fondé sur des recherches. « Les programmes proposés devront être enrichis en termes de contenu et de qualité », explique-t-il. 

On perdra les clients qui prenaient des prêts pour financer des études à Maurice."

Faut-il s’attendre à une baisse d’inscriptions dans les institutions privées ? « Nous veillerons à ce que la concurrence accrue de la part des universités publiques ne nous affecte pas négativement. Nous ferons de notre mieux pour que les inscriptions ainsi que notre chiffre d’affaires ne baissent pas », souligne le Dr Dhananjay Keskar. Au niveau d’Amity Institute of Higher Education, on étudie d’ailleurs l’éventualité d’accueillir plus d’étudiants étrangers. Quant à Jeremy Charoux, Executive Director de Charles Telfair Campus/Curtin Mauritius, il se dit « convaincu » qu’il y a de la place pour les institutions publiques et celles du privé. 

« Certains Mauriciens cherchent et rechercheront toujours des qualifications internationales de haute qualité – comme celles provenant de Curtin. N’oublions pas que cette dernière fait partie des 1 % des meilleures universités au monde. Les Mauriciens sont prêts à payer pour cela, d’autant plus qu’ils savent que c’est cinq fois moins cher que d’aller étudier en Australie », fait-il ressortir. 

…les prêts d’études 

La gratuité de l’éducation tertiaire dans les institutions publiques, affectera-t-elle la demande pour les prêts d’études ? Au niveau de certaines banques, on estime que l’impact d’une telle mesure sera minime. 

« Généralement, la plupart des clients prennent des prêts pour financer les études de leurs enfants à l’étranger. Il y aura, donc, toujours une demande à ce niveau. Par contre, on perdra les clients qui prenaient des prêts pour financer des études à Maurice », affirme un banquier. Par ailleurs, avance-t-il, ceux qui feront leur master à Maurice (Ndlr : la gratuité s’applique que pour ceux qui sont en quête d’un certificat, d’un diplôme ou d’un degré) et qui auront besoin de financement continueront à se tourner vers les banques. 

Scénario presque similaire qu’en 1976

« Cette annonce de gratuité de l’éducation tertiaire à l’approche des élections nous fait penser au scénario de 1976 quand, en octobre, de cette année-là, on avait annoncé l’éducation gratuite soit avant les élections en décembre », avance Pramode Jaddoo. Il fait ressortir qu’à l’époque, cette mesure a créé « pas mal de pagaille menant même à la démission du ministre de l’Éducation de l’époque ». « Nous espérons qu’il n’y aura pas la même pagaille,cette fois-ci », conclut-il. 

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