Interview

Jane Ragoo : «J’accueille la Portable Several Allowance, mais...»

Jane Ragoo

La syndicaliste Jane Ragoo accueille favorablement les amendements que le gouvernement compte apporter aux lois du travail, mais dit qu’elle reste sceptique tant que ce ne sera pas mis noir sur blanc et adoptés au Parlement.

Le gouvernement compte introduire la Portable Several Allowance. C’est un peu l’aboutissement du combat du CTSP...
C’est un combat qu’au niveau du CTSP, nous menons depuis plus de 15 ans. L’idée nous était venue pour protéger les travailleurs de la zone franche. Quand des amendements ont été apportés en 2009 aux lois du travail qui permettaient aux patrons de licencier sans offrir de compensation aux employés, on a fait pression, on a proposé la création d’un Portable Several Allowance Fund qui permet à un employé, dès qu’il prend de l’emploi dans le secteur privé, d’obtenir un jour de son salaire chaque mois versé à ce fonds qui sera géré par le gouvernement et qui générera des intérêts.

Comment cela fonctionnera-t-il pour l’employé, au-delà de sa contribution au NPF ?
Il peut toucher sa contribution à sa retraite, il n’aura plus à mendier si on le renvoie, sa pension va le suivre dans son nouvel emploi.

Actuellement, un employé reçoit sa ‘lump sum’ sur son dernier emploi et obtient 15 jours de compensation par année de service. Qu’est-ce qui va changer avec cette nouvelle loi ?
Combien de travailleurs vont aller jusqu’à la retraite? Avec le fonds, il peut en bénéficier quand il le veut, obtenant sa contribution. Il n’a plus à aller en cour industrielle et se battre pour obtenir son dû. Je dois reconnaître que si cette loi devient effective, c’est révolutionnaire. C’est un vieux rêve du CTSP qui se réalisera.

Avec ce fonds, les patrons su secteur privé devront casquer. N’est-ce pas trop leur demander ?
À l’âge de la retraite, les patrons doivent payer la lump sum, pourquoi sortir des caisses des dizaines de milliers de roupies d’un coup, alors que s’ils participent à ce fonds chaque mois, la facture sera moindre. On leur donne cette solution.

Le gouvernement compte aussi revoir le fonctionnement des comités disciplinaires avec la création d’un panel indépendant. Enfin ?
Ce panel, s’il est créé, ne devrait pas comporter de Human Resource Manager, ni aucun cadre de l’entreprise, car il y a la forte perception que ceux-là se rangent toujours du côté du patronat, même si l’employé est dans son droit. Parce que trop souvent, des employés sont renvoyés pour des pécadilles. Si tel est le cas, ce sera une bonne chose pour les employés.

Il y a également les contrats à durée déterminée qui seront revus...
Cette mesure est aussi notre combat pour lutter contre le travail précaire qui ne permet pas aux travailleurs de construire sereinement leur vie.

En clair, il faut féliciter le gouvernement...
L’Alliance Lepep, dans son manifeste de 2014, avait promis le salaire minimal, il l’a fait. Mais, pour ce qui est des amendements aux lois du travail, je préfère les voir sur papier, votés au Parlement après débats. Tout comme on s’est battu pour que le gouvernement apporte d’importants amendements à la loi sur le salaire minimal, car le premier jet était tout, sauf bon. Mais, je le redis, avec Ivan Collendavelloo aux commandes de ce projet de loi et de ses amendements, je me méfie. D’autant qu’il est un avocat rusé.