Interview

Jayen Chellum: «Une politique fiscale inadaptée générera des craintes chez les Mauriciens»

Le secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice (Acim) estime que le prochain Budget, au lieu d’insister sur les projets d’infrastructures, devrait se concentrer sur l’introduction de nouvelles lois pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs.

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Le Budget sera présenté d’ici deux semaines. Quelles sont vos attentes en tant que secrétaire général de l’Acim ?

Tout d’abord, je pense que le gouvernement devra s’assurer qu’il n’y ait pas de hausse des prix pour les services de base tels que l’eau et l’électricité. Il ne devra pas mettre l’accent sur les grands projets d’infrastructures dont le pays n’a pas vraiment besoin, comme le métro léger et la construction de routes inutiles. Nous souhaitons l’adoption de nouvelles lois pour protéger le pouvoir d’achat des Mauriciens. Un mécanisme de surveillance et de contrôle de prix doit être introduit pour briser les monopoles et empêcher les abus en termes de profits excessifs.

Le ministre des Finances prône la discipline fiscale. Pensez-vous qu’il y aura une hausse des taxes en général ?

Je comprends la discipline fiscale en termes de contrôle sur les dépenses gouvernementales afin de financer les développements préconisés. J’approuve toute approche qui n’impose pas l’austérité. Je crois aussi qu’il faut taxer les grosses fortunes sans augmenter la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Que doivent craindre les consommateurs ?

Ils craignent la perte de leur pouvoir d’achat à travers des taxations, des hausses injustifiées, notamment sur le prix des produits et des services. Une politique fiscale inadaptée au contexte socio-politique, économique et environnemental – tant au niveau local qu’international – générera des craintes.

Vous avez réclamé une Food Agency qui coordonnerait l’action de diverses instances du ministère de la Santé, de l’Agro-industrie et des associations. Où en est ce projet ? La qualité des produits alimentaires importés et vendus sur le marché local soulève quelques inquiétudes. L’Acim avait proposé de regrouper sous le même toit les capacités de sanction (« enforcement ») des ministères de la Santé et de l’Agro-industrie, des municipalités et des conseils de district. Une telle approche établira les bases d’un mécanisme rationnel et approprié qui aurait dû être appliqué depuis longtemps. Ce serait une smart approach du contrôle alimentaire.

La ‘headline inflation’ est descendue à 0,9 % à fin juin, contre 1,7 % en juin 2015. Cela signifie-t-il que nous allons vers une déflation et une baisse de la consommation?

Je ne crois pas en une baisse de la consommation. Les prix ont tellement grimpé qu’ils commencent à se réajuster à la baisse. L’inflation est le calcul d’une moyenne des prix des produits et des services, ressentis par diverses classes sociales, à un moment donné comparé à une période antérieure. Les billets d’avion, le prix des voitures, de la restauration, sont intégrés dans ce panier de référence. Ces items, pourtant, ne sont pas consommés, ne concernent pas ceux au bas de l’échelle. Quand les prix grimpent (produits alimentaires et services essentiels comme l’éducation et les médicaments), cela affecte plus la bourse des plus démunis. Or, dans la moyenne établie pour l’inflation, cette perte du pouvoir d’achat n’est pas reflété pas comme il se doit.

 

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