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À la croisée des chemins

Notre pays se trouve à la croisée des chemins. En décembre 2014, une occasion en or nous avait pourtant été offerte de bâtir une nouvelle espérance et de tirer, une fois pour toutes, un trait sur un régime chancelant, miné par une stagnation épouvantable, qui a constitué un tremplin pour l’émergence des fléaux de toutes sortes. Aujourd’hui, manifestement, les conditions de base pour effectuer le profond nettoyage que l’on nous a promis et porter la nation à un autre palier de développement n’existent plus.

Les querelles intestines qui caractérisent le gouvernement laissent présager une atmosphère particulièrement pesante. Il est évident qu’un SAJ des années 80/90 n’aurait jamais permis, au sein de son équipe, un tel état des choses. Dans certains milieux, l’on s’interroge même sur ses dispositions réelles à mener le pays à bon port. D’aucuns avancent que la récente transition du pouvoir en Grande-Bretagne, dans le sillage du Brexit, pourrait l’inspirer à passer le flambeau à son fils à la fin de l’année. Il n’est un secret pour personne que ce dernier n’est pas encore tiré d’affaire dans le scandale MedPoint. Que se passerait-il si le DPP remportait son procès en appel à Londres ?

Si des divergences au sein du Cabinet, entre le ministre des Finances d’alors (Vishnu Lutchmee­naraidoo) et celui de la Bonne Gouvernance avaient surgi, eu égard à certaines mesures prises pour résoudre le scandale BAI, elles se sont accentuées à la genèse du projet Smart Cities. Le ministre des Finances, responsable du dossier, ne voyait pas d’un bon œil la décision de lui ôter le projet Heritage City pour le confier à Roshi Bhadain, en octobre 2015.

La dissension entre les deux hommes passait à l’étape supérieure lorsqu’éclata l’affaire Euroloan. Les accusations pleuvaient, le linge sale se lavait en public, sur les perrons de l’Icac à Réduit et dans un affidavit juré en Cour suprême. Si le tandem Jugnauth/Lutchmeenaraidoo avait été présenté comme le duo gagnant pour réaliser le 2e miracle économique, le retrait du portefeuille des Finances à Lutchmeenaraidoo démontre que c’est le ministre de la Bonne Gouvernance qui a obtenu les faveurs du PM.

Puis vint l’affaire MedPoint. Les deux protagonistes tentèrent de se positionner par rapport au leader du MSM. Même le célèbre baise-main de Roshi Bhadain n’y allait rien changer, car Pravind Jugnauth avait déjà choisi son camp, celui de l’ancien ministre des Finances. C’est pourquoi, lorsque le ministre de la Bonne Gouvernance tire à boulets rouges sur le Senior Adviser de Pravind Jugnauth suite au rapport dévastateur sur Heritage City – projet qui avait préalablement eu le feu vert du Cabinet et du PM –, il tire sur le facteur ; le message, selon toute vraisemblance, venant d’ailleurs, suivant un scénario minutieusement concocté incluant la présentation des mesures budgétaires. Le 29 juillet, jour de la présentation du budget, le ministre des Finances ne pouvait ignorer le sort qu’il réservait à Heritage City, une semaine plus tard. La déclaration de Roshi Bhadain au CCID, le 17 août, contre le Senior Adviser ne va nullement arranger les choses.

Si le mégaprojet Heritage City est tombé à l’eau, il convient de reconnaître que même la cybercité d’Ébène, lors de la phase de conception début 2000, fut l’objet de nombreuses critiques, parfois virulentes, évoquant « un futur éléphant blanc ». Aujourd’hui, notre capitale suffoque. L’un des principaux objectifs d’Heritage City était justement de la désengorger en créant un nouveau pôle de développement. Or, alors que le risque zéro n’existe pas, le motif majeur qui émerge subitement pour faire capoter le projet  est le problème d’inondation que pourrait poser le Bagatelle Dam, bien que d’autres projets, celui de Hermès, par exemple, sont prévus dans la région. Cela a tout l’air d’un subterfuge, savamment orchestré, pour satisfaire certains desiderata inavouables. Un scénario apocalyptique est dépeint. Quel que soit le véritable motif de ce surprenant retournement de veste, les intérêts supérieurs du pays ne peuvent être sacrifiés sur l’autel des ego et des tiraillements politiques.