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L’absentéisme scolaire : le point sur la situation avec les parties engagées dans l’éducation

Magalie se bat pour encourager sa petite-fille. Josiane Momine, une des responsables de Safire. Shirine a pris à sa charge son petit-fils.
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Ils sont nombreux à s’absenter des classes ces derniers jours, voire ces derniers mois. Les raisons sont multiples. Parmi, les nombreux cas positifs à la Covid-19 enregistrés quotidiennement dans le milieu scolaire. Plusieurs moyens sont évoqués par les parties concernées pour intéresser les élèves aux cours. 

Le phénomène de l’absentéisme touche aujourd’hui divers établissements du pays. Plusieurs causes peuvent l’expliquer, mais toutes ne peuvent pas être attribuées à la pandémie de Covid-19. Par exemple, pour Magalie, le manque d’intérêt de sa petite-fille pour les études coïncide avec la mort de son père survenue en 2020. « Ma petite-fille n’est pas passionnée par l’école. Depuis le décès de son papa l’année dernière, elle est découragée. Elle ne veut plus entendre parler de l’école », confie  cette habitante de Triolet. Cette dernière ajoute qu’elle doit se battre pour motiver l’adolescente à étudier. « Sa maman n’est pas en bonne santé. Elle reste donc avec moi. Actuellement, je l’ai poussé à prendre un cours, mais par manque d’habitude, elle a du mal à apprendre ». 

Pour sa part, Shirine est une grand-mère qui s’occupe de son petit-fils de 15 ans. « Depuis deux ans, il ne va pas à l’école et reste tout le temps avec moi. Il me donne un coup de main pour faire le ménage et les courses », explique-t-elle. Le désintérêt du garçon pour l’école a commencé avec la séparation de ses parents. « Il a échoué à ses examens de PSAC. Pour essayer de trouver une solution, nous l’avons accompagné chez un psychologue. Celui-ci nous a dit qu’il est stressé, malheureusement, il n’y a pas de suivi. Donc, il est toujours à la maison », ajoute Shirine.

Pourtant, selon la loi, la scolarité est obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans à Maurice. D’ailleurs, le Premier ministre, Pravind Jugnauth l’a rappelé dans une déclaration le 21 octobre dernier. C’était à Rose-Belle lors d’une cérémonie de remise de contrats de location à des sociétés coopératives. Il a pointé du doigt les parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école. Le PM a rappelé que c’est une offense. Il a aussi indiqué qu’il y a des facilités offertes aux parents vulnérables et qu’il faut les saisir. 

Environ 300 adolescents en échec scolaire

Edley Maurer est le coordonnateur de l’ONG Service d’accompagnement, de formation, d’intégration et de réhabilitation de l’enfant (SAFIRE). Il fait un état de la situation sur le terrain. « Avec le confinement dû à la Covid-19, le nombre d’enfants en échec scolaire a considérable augmenté. Nous sommes maintenant passés à 300 jeunes entre 13 et 16 ans qui sont dans la rue. Ils n’ont pas repris le chemin de l’école après les confinements »,  fait-il remarquer.

Selon lui, il y a plusieurs raisons à cette situation, dont le manque de moyens pour suivre les études en ligne. « C’est un fait. Beaucoup d’élèves n’ont pas d’appareils appropriés pour suivre les cours. Ils se sentent alors inférieurs aux autres et préfèrent rester à la maison », ajoute le coordonnateur. Ce dernier salue toutefois la politique gouvernementale où la scolarité est obligatoire jusqu’à 16 ans. « Mais cette condition n’est pas applicable à tous les enfants. Ils ne s’adaptent pas aux différentes compétitions académiques. Avoir 5 credits requis pour passer en Grade 12 n’est pas à la portée de tout le monde… », fait ressortir Eddy Maurer.

Identifier les enfants 

Josiane Momine, une des responsables de Safire, à Triolet, parle de l’école Anfen, à Fatima.  Cet établissement, indique-t-elle, accueille 18 enfants de plusieurs régions du nord en échec scolaire. Elle explique : « Au début, nous évaluons leur niveau. Par la suite, ils sont placés en fonction de leurs besoins, soit une classe académique, soit un cours. De plus, chaque année, grâce à des partenariats, nous envoyons des enfants dans des hôtels pour suivre des stages ». Safire a également instauré un service d’accompagnement pour les élèves après l’école. Des activités sont organisées, comme le cyclisme pour occuper les enfants. « Nous faisons un coaching au cas par cas. Chaque enfant est différent et a des besoins spécifiques. Nous devons les identifier pour mieux agir », ajoute-t-elle. 

Le personnel de Safire a un mandat précis : celui de déceler les enfants en difficulté. Elle explique : « Nous allons dans différentes régions de l’île. On repère les enfants non scolarisés et on leur parle. Il faut créer une relation de confiance avec eux, faire un suivi et rencontrer les parents. Le but est de connaître les problèmes et essayer de trouver des solutions… », ajoute notre interlocutrice. Selon elle, diverses raisons poussent les enfants à rester oisifs. « Ils ne deviennent pas enfants des rues par hasard. Il y a divers facteurs comme l’alcoolisme des parents, la toxicomanie, la prostitution ou encore la pression des pairs. Nous avons également remarqué que beaucoup d’enfants ont fait le PSAC, mais ne savent pas écrire leur nom ni compter. Étant en situation d’échec, ils ne souhaitent pas continuer ». 

Assurer la continuité des cours 

Dans une circulaire en date du 25 octobre dernier, les chefs d’établissements ont pris connaissance de certaines conditions pour assurer la continuité des cours. Elles concernent le deuxième trimestre. Entrées en vigueur depuis le 18 octobre, elles prendront fin le 17 décembre. Tout d’abord, chez le ministère de l’Éducation, il a été noté qu’actuellement, plusieurs élèves sont en auto-isolement après la détection des cas positifs. 

Afin de maintenir la continuité des cours, les responsables doivent prendre des initiatives pour dispenser des cours en ligne, là où cela est possible. Ils peuvent aussi distribuer des notes, des explications ou des devoirs à travers des mails, l’application WhatsApp ou autres moyens. Les élèves sont de plus, avisés que des programmes éducatifs sont disponibles sur la chaîne de la MBC pour les Grades 1 à 9. Le Student Support Portal (SSP) est aussi mis à la disposition des élèves des Grades 7 à 9. Les élèves peuvent également consulter le site du ministère de l’Éducation pour avoir d’autres adresses intéressantes.

UPSEE : « Entre 15 à 25 % d’absence au secondaire »

Au niveau des collèges, les recteurs ont noté un certain nombre d’absences. Dans les établissements du privé regroupé autour de l’UPSEE, 15 à 25 % des élèves ne viennent pas en classe.

Le président de l'Union of  Private Secondary Education Employees (UPSEE), Bhojeparsad Jhugdamby, fait ressortir qu’entre 15 à 25 % des élèves des Grades 7, 8 et 9 sont absents des classes. « Ces élèves sont systématiquement absents des cours les jeudis et les vendredis. C’est un phénomène récurrent auquel nous faisons face en ce moment ». Cette situation est due aux différentes excuses présentées par les élèves à leurs parents. « Avec la pandémie de Covid-19, les enfants ont eu différents chocs. L’impact émotionnel a été significatif et plusieurs d’entre eux ne s’intéressent plus à l’école. Ensuite, il y a aussi le protocole sanitaire mis en place dans les écoles quand un cas positif est enregistré ».

Selon ce protocole, lorsqu’un cas positif est enregistré chez un élève, la classe est désinfectée et nettoyée. Les élèves qui ont été en contact avec un cas positif (élève ou enseignant) doivent rester en auto-isolement pendant sept jours s’ils sont vaccinés et 14 jours s’ils ne le sont pas. Pour Bhojeparsad Jhugdamby, les ministères concernés doivent consolider les conditions rattachées au respect du protocole. « Souvent, il n’est pas respecté à la lettre. Cela laisse donc place à des manquements au niveau des divers gestes barrières ». 

En revanche, au primaire, le taux d’absentéisme n’est pas alarmant. C’est ce qu’indique Anand Seewoosungkur, président de la Mauritius Head Teachers' Association (MHTA). « Normalement, on enregistre entre 5 à 7 % d’absence pour différentes raisons dans les écoles quotidiennement. Ce taux peut grimper jusqu’à 10 à 12 % à cause des cas de Covid enregistrés. L’instituteur a alors la responsabilité de veiller à ce que les élèves concernés ne soient pas perdants ».

Au niveau du Service Diocésain de l'Éducation catholique (SeDEC), des absences ont aussi été notées. Selon le Communications Officer, Clive Anseline, elles sont essentiellement attribuées aux cas positifs enregistrés. « Lorsque nous avons un cas positif, nous suivons le protocole du ministère de l’Éducation. Parfois, il y a deux ou trois classes qui sont concernées par les renvois. La principale cause des absences est liée au nombre des cas qui augmente », fait-il remarquer.

Au cas où un enseignant est testé positif, le Head of Department a la tâche de réorganiser les classes de remplacement. Cette situation a une incidence sur l’emploi du temps, mais tout est fait dans l’intérêt des élèves, fait ressortir Clive Anseline. De plus, la SeDEC met alors en œuvre ses classes en ligne pour qu’aucun élève ne reste sur la touche. Conscient que tous les enfants ne peuvent pas les suivre, un exercice de rattrapage est effectué est mis en place pour les enfants en difficulté. 

Classes hybrides 

Les absences dû à la Covid-19 sont inévitables. Les autorités examinent toutes les possibilités pour que les élèves ne soient pas perdants. Une des propositions mises en avant, toujours à l’étude, est la classe hybride. Le concept veut que l’enseignant dans la classe en temps réel soit aussi suivi par les élèves qui sont à la maison. Pour se faire, ils devront avoir les mêmes outils que lors des classes en ligne. 

Bhojeparsad Jhugdamby est catégorique. « Ce projet ne marchera pas. C’est un projet coûteux qui nécessite beaucoup d’investissement. Il ne pourra pas être introduit du jour au lendemain ». Pour que cela fonctionne, il faut des vidéos, des caméras et des moyens de communication comme des tablettes, smartphone ou ordinateur portable.  Le président de l’UPSEE fait ressortir que les caméras de surveillance installée il y a quelques années dans les salles de classe n’ont pas tenu. Pour lui, avoir d’autres matériels de ce genre est un gaspillage d’argent, s’il n’y a pas de surveillance adéquate. 

Pour sa part, la présidente du Front commun des étudiants, Angela Ghuburrun fait un appel pour la réalisation des classes hybrides. Elle explique le mécanisme : « C'est vraiment facile pour le professeur ou les responsables de l'école de s'arranger afin d'avoir un appareil qui soit dirigé vers le tableau pendant les explications. L'élève à l'école est en classe normalement et celui en isolation suit la classe en ligne », indique-t-elle. 


Témoignage de réussite

Jonathan : « J’encourage les enfants à étudier… »

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Jonathan et sa grand-mère, Linda.

À 17 ans, Jonathan ne veut plus être considéré comme un enfant de rue. Alors qu’il aurait dû être en (Grade 12) Lower VI, il va passer les prochains examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC). Le jeune homme remercie Linda, sa grand-mère qui est à la base de ce grand bouleversement chez lui. « Jonathan ne s’intéressait pas à l’école. Cela fait cinq ans qu’il habite avec moi. Il a changé complètement. Maintenant, il étudie et c’est quelqu’un sur qui on peut compter », relate la grand-mère qui se dit comblée. 

L’adolescent raconte son parcours semé d’embûches. « J’habitais chez mes parents à Trou-d’Eau-Douce et je n’écoutais jamais ce qu’ils me disaient. J’étais toujours avec mes amis sur les routes. Je me rendais souvent dans des endroits pour m’amuser, soit pour danser ou à la mer », indique-t-il. Aujourd’hui, cette époque est révolue. Il est heureux de pouvoir étudier à nouveau. « Lorsque je suis venu chez ma grand-mère, j’ai vu les autres enfants étudier. Et c’est là que j’ai eu le déclic. J’encourage les enfants à étudier, à écouter les conseils des parents. Ce sont eux qui nous ont mis sur terre… Nous devons faire nos efforts et ne pas suivre le mauvais chemin et nous laisser entraîner par les amis… », ajoute Jonathan.

 

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