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Pierre et Monique Dinan : un couple aux convictions chevillées

Pierre et Monique Dinan La première autobiographie autorisée du couple Dinan.

C’est la première biographie - autorisée - du couple Pierre et Monique Dinan. Deux personnes qui s’illustrent dans leurs domaines respectifs. L’auteur de « A Message of Love, The Story of Pierre and Monique Dinan », Ibrahim Alladin, est un habitué du genre, inventoriant les grandes lignes des personnes biographiées, pour en restituer les plus dignes d’être publiées.

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Dans ce couple, Pierre Dinan est sans aucun doute le plus connu parce que souvent sollicité par la presse pour ses réflexions très pertinentes sur l’économie de Maurice. Son épouse l’est moins : ex-rédactrice-en-chef de La Vie Catholique, c’est une femme aux convictions religieuses chevillées, opposées à l’avortement, à l’homosexualité et fervente partisane de l’image traditionnelle de la famille. À ses causes, il convient d’ajouter une critique acerbe de la société de consommation et des outrances de la modernité.

Comme son époux mais avant lui, Monique Dinan, née Rivet, a eu dans le passé un engagement politique au sein de l’Union Démocratique Mauricienne, une scission née du PMSD lorsque ce parti se joint au Parti travailliste en 1970. L’ancrage politique de Monique Dinan tient sans doute au fait de son appartenance aux Rivet, une famille farouchement anti-Indépendance. On peut supposer que le couple le fut dans une certaine mesure. Car plus tard, en 1984, face aux problèmes économiques de notre île, les Dinan envisagent sérieusement de s’établir en Australie. Ils obtiennent leurs permis d’émigrer. Tout excités, ils en font part à leurs parents et amis. Peu après, Pierre a une offre d’emploi comme Senior Partner à la société De Chazal Du Mee, Chartered Accountants. Et ils renoncent à quitter Maurice.

La « grande vague » migratoire

Il est intéressant de noter que l’Église catholique a une part active dans la « grande vague migratoire » des Mauriciens. Du point de vue de Monique Dinan, trois facteurs expliquent cela. Avant l’indépendance de Maurice, une campagne fondée sur la peur de l’hindou (le PMSD, financé par les barons sucriers, balançant l’épouvantail de l’hégémonie hindoue et le fameux « bateau langouti », mais l’auteur préfère parler de la question de l’Indépendance), puis l’effondrement du cours du sucre, l’augmentation du chômage et l’incertitude des lendemains.

Deux institutions catholiques, l’Office catholique de l’Émigration et la Commission catholique internationale, aident alors 2 525 personnes à obtenir leurs permis de travail et des prêts pour s’établir dans leur pays d’accueil. Les recherches de Monique Dinan sur les raisons de ces différentes vagues de migration peuvent aujourd’hui jeter la lumière sur « l’exode » de ces cerveaux et la présence à l’étranger de Mauriciens – de la deuxième génération – qui ont eu de brillants parcours professionnels. Peuvent-ils revenir à Maurice afin de mettre leurs connaissances au service du pays de leurs parents ?

Deuxième miracle économique

En 2014, au lendemain des élections qui ont porté au pouvoir le gouvernement de l’Alliance Lepep, Pierre Dinan est de ceux qui écoutent avec intérêt le discours de Sir Anerood Jugnauth intitulé « Vision 2030 », dont l’objectif déclaré est d’accomplir un deuxième miracle économique. Pierre Dinan a-t-il cru à ce « miracle » ? Dans le livre d’Ibrahim Alladin, il déclare :

« Je crois aux miracles religieux, pas aux miracles économiques. » Après avoir salué le courage de SAJ qui a annoncé des mesures ambitieuses, il s’interroge aussitôt sur les initiatives qui permettraient de les réaliser. Et de répondre que depuis ce discours, il n’y a pas eu de grande concrétisation en termes d’investissements, de croissance et de développement.

L’accent est aussi sur le niveau insoutenable de la dette publique avec ses conséquences sur la stratégie de développement. Il fait remarquer, à juste titre, que le coût du Metro Express provient d’un prêt indien de Rs 18 milliards qu’il faut savoir utiliser judicieusement. « Le Metro Express créera des emplois dans la construction, mais qui ne dureront que quelques années. » Pierre Dinan fait observer : « Sommes-nous un pays d’exportateurs ou d’importateurs ? Même une croissance annuelle de 4% paraît improbable. »

Faible taux de natalité

À ce doute, récemment confirmé par l’annonce d’un taux de croissance inférieur à 4% pour 2018, il faut ajouter les propres appréhensions de Monique Dinan. En effet, elle met en avant les contraintes posées par le faible taux de natalité et le vieillissement de la population ainsi que le fort taux de chômage parmi les femmes alors que, paradoxalement, celles-ci sont meilleures que les garçons au niveau éducatif. De manière générale, elle montre surtout du doigt le style de vie qui privilégie le matérialisme sur les valeurs morales et surtout familiales mises à mal par une société qui court après l’argent.

Le couple Dinan a ceci de particulier qu’il semble se compléter dans les réflexions et autres analyses de la société mauricienne. À Pierre, ex-lauréat du collège St-Esprit, l’interprétation des chiffres. À sa femme, ex-pensionnaire chez les bonnes sœurs du Couvent de Lorette de Rose-Hill, une sensibilité sociale teintée d’un humanisme plus affirmé.

A Message of Love, The Story of Pierre and Monique Dinan, (232 pp) d’Ibrahim Alladin, préface de Philippe Ah-Chuen.

Imprimé par Rukmani Press, Coimbatore, Inde.

 

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