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Pradeep Taucoor : un infirmier sur tous les fronts

Pradeep Taucoor

Pradeep Taucoor compte parmi ces professionnels de la santé publique qui remplissent leurs responsabilités comme un sacerdoce. à l’occasion de la Journée internationale des infirmières, célébrée le 12 mai de chaque année, il revient sur ses premiers pas en blouse blanche.

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Ce lundi matin, à l’hôpital Victoria de Candos, Pradeep Taucoor écoute, soucieux, un patient qui s’est trompé de date pour son rendez-vous. Comment trouver une solution pour cette dame entre deux âges qui attend depuis une heure… La salle d’attente est bondée, médecins et infirmiers se croisent, les patients ont tous le visage crispé.

Rien ne semble impossible à Pradeep Taucoor, qui va s’employer à caser le patient. Il frappe à la porte d’un des six médecins en fonction, ouvre puis ressort après quelques secondes. « Rantre, dit-il au patient. Dokter pou get ou ». Voilà l’une des recettes de la méthode Pradeep Taukoor : une excellente relation tissée au fil de longues années avec le corps médical de l’hôpital Victoria et qui lui permet de vaincre les lourdeurs bureaucratiques. « Mais je ne le fais pas à tous les coups. Les patients doivent vérifier leurs dates de rendez-vous », nuance-t-il.

Pourtant, les études tertiaires de Pradeep Taukoor ne le prédestinaient nullement au métier d’infirmier. Natif de Mont Ida, 3e d’une fratrie de six enfants et confié à un oncle à 6 mois, il part en Inde, à Chandigarth, après ses études secondaires aux collèges Darwin et Eastern. Dans le Pendjab, il étudie l’anglais et la science politique car, explique-t-il, « je me voyais bien en politicien ».

Nursing Certificate

Mais, de retour à Maurice, il est rattrapé par la réalité d’un chômage chronique, où ses diplômes ne lui permettent même pas d’intégrer l’enseignement secondaire. Un peu contre son gré, il se résout à rejoindre le secteur hospitalier, où il s’inscrit aux cours de nursing pour devenir infirmier. Au bout de deux ans, il ressort avec le Nursing Certificate en poche. Dès lors commence pour lui une longue carrière, qui le verra gravir tous les échelons de la profession d’infirmier.

Durant ces années-là, l’hôpital Victoria, communément appelé l’hopital Candos, est surtout connu pour son service orthopédique. C’est là que Pradeep Taucoor connaîtra sa première affectation, avant d’être transféré aux Medical Services, en passant par le service de Non Communicable Diseases (NCD), mis sur pied en collaboration avec le gouvernement australien. « Déjà, le diabète commençait à affecter la population », se souvient-il.

Chargé d’animer des causeries pour sensibiliser la population aux séquelles du diabète, il sillonne Maurice, de Rose-Hill à Flic-en-Flac. « Nous n’étions que deux personnes responsables de cette campagne, une infirmière et moi. J’avais la liste des usines de textile et cela me permettait de toucher beaucoup de personnes », explique-t-il. Bien des années après, il a revu une des personnes qui avaient assisté à ses causeries. « Elle était à l’hôpital, avec un pied affecté par la gangrène. Elle m’a dit ceci : ‘Si mo ti ekout ou, pa ti pou ariv sa’ ».

En 2008, il est nommé Charge Nurse, responsable de l’Outpatient  Department, responsable d’une équipe de 12 personnes, dont 6 infirmières, 2 domestiques et 4 clerks. « Ces dernières années, l’hôpital de Candos a introduit de nouveaux services, dont un département pédiatrie, un service cardiaque, un autre destiné aux dialyses, sans compter la construction de nouvelles salles. Ces extensions imposent au personnel paramédical davantage de proximité avec les patients. La formation continue sert à ça », fait-il ressortir. Lui-même s’est rendu compte du bon niveau de la formation à Maurice, comparé à certains pays africains durant des séjours sur le continent noir.

Violence verbale

« Mais, de nos jours, les patients sont plus exigeants. Ils se servent des réseaux sociaux pour véhiculer des critiques qui ne sont pas toujours justes. C’est vrai que la population est mieux informée aujourd’hui et elle connait ses droits », dit-il, avant de préciser que : « la violence verbale qui s’exerce dans certains de nos hôpitaux n’encourage pas les filles à devenir infirmières ».

Membre fondateur de la Senior and other Staff Nusing Association, Pradeep Taucoor est aussi secrétaire de la Federation of Health Services Union. à ce titre, il a suivi, année après année, le cahier des doléances du corps paramédical. « Un effort a été consenti pour réviser les salaires des infirmiers, mais malheureusement, l’augmentation ne correspond pas au fait qu’aujourd’hui, les infirmiers détiennent un diplôme ».

À quelques mois de la retraite, Pradeep Taucoor n’envisage pas de reprendre du service dans le privé. « Mon épouse est elle-même infirmière et mes deux filles sont aussi dans le domaine de la santé. C’est suffisant et j’ai la conviction d’avoir bien contribué au service public. Pour le reste,  je vais poursuive mes activités dans le social à Mont Ida », dit-il.

 

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