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Pravind Jugnauth : «On dirait qu’on est de retour en 1965»

Pravind Jugnauth Le PM Pravind Jugnauth lors de son discours.

Le Premier ministre mauricien a eu des mots durs vis-à-vis des Britanniques, les accusant d’être restés dans la logique du colonialisme en refusant de mettre en pratique les recommandations de la Cour international de justice.

Pravind Jugnauth a ouvert le bal des interventions devant l’Assemblée générale des Nations unies, mercredi soir, pour convaincre ses pairs de voter en faveur de la motion présentée par le Sénégal au nom du groupe des pays africains. La motion demande au Royaume Uni de respecter l’avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) et d’abandonner l’administration des Chagos dans un délai de six mois. Il a critiqué l’attitude des Britanniques qui, selon lui, rappelle l’époque coloniale.

Le Premier ministre a démarré son discours en rappelant les principaux points de l’avis consultatif de la CIJ et de ses implications. Selon lui, les propos de la CIJ sont sans ambiguïté et ne laissent pas de place à l’interprétation. Ce qui l’a amené à critiquer sévèrement l’attitude du Royaume-Uni dans l’affaire : « On aurait pu s’attendre qu’un pays trouvé coupable par la plus haute instance juridique des Nations Unies se dépêcherait de faire amende honorable et de s’engager à mettre fin à sa conduite illégale ! »

Époque coloniale

Bien au contraire, ajoute-t-il, les Britanniques ont maintenu leur position de manière bien plus agressive qu’auparavant. Il a soutenu que les décideurs britanniques agissaient comme s’ils étaient encore à l’époque coloniale.  « On dirait qu’on est de retour en 1965, a-t-il regretté. À l’époque, ils ont démembré le territoire mauricien sous la contrainte et mis les Nations Unies devant le fait accompli. Cette fois, ils justifient leur acte en contestant l’autorité de l’Assemblée générale des Nations Unies à référer le litige à la CIJ. » Une situation décrite comme triste et qui devrait inquiéter tout le monde, selon le chef du gouvernement.

Pravind Jugnauth a poursuivi la même ligne de pensée sur le colonialisme en argumentant que si l’avis consultatif de la CIJ n’avait pas force de loi, « la source des obligations légales est le droit des peuples à l’autodétermination. » « Ce n’est pas exacte de dire que l’opinion de la CIJ n’a pas de conséquences légales, a expliqué le Premier ministre. « Chaque État, y compris le Royaume uni, a l’obligation de respecter le droit international et l’obligation de collaborer avec l’Assemblée générale pour le faire respecter », dit-il. « Ne pas soutenir cette résolution ne serait rien de moins qu’une approbation du colonialisme », a-t-il indiqué.

Quant à la question de sécurité, évoquée par le Royaume Uni, Pravind Jugnauth a rappelé que Maurice est prêt à signer un accord à long terme pour le maintien de la base militaire sur Diego Garcia. « Il est difficile de comprendre la position du Royaume-Uni, à moins que Maurice ne soit pas considéré comme un partenaire de confiance, une position profondément blessante pour Maurice et tous les membres du groupe africain », soutient-il.
Selon le Premier ministre, six mois représentent une période suffisante pour mettre fin à une administration squelettique des Britanniques sur l’archipel. Il s’agit du délai imposé par la résolution.


Réactions

  • Rajesh Bhagwan du Mouvement militant mauricien : « C’est une très bonne nouvelle pour Maurice. Le leader du MMM, Paul Bérenger, commentera davantage sur ce vote en faveur de Maurice en temps et lieux. »
  • Jagdish Koonjul : Dans une intervention sur  les ondes de la MBC, l’ambassadeur Jagdish Koonjul, qui représente Maurice à l’ONU, s’est dit « ravi du dénouement » et a fait ressortir qu’il est malheureux que certains pays aient capitulé. « Le camp mauricien était toutefois optimiste », a-t-il souligné.
  • Satyaved Seebaluck, conseiller spécial : « Nous avons travaillé avec une équipe soudée. C’est bien qu’une telle décision se soit produite avant le Budget 2019/2020. Nous attendons le retour du Premier ministre pour la marche à suivre », a-t-il dit dans une intervention à la station nationale.
  • Jack Bizlall du Muvman Premye Me « Le dossier Chagos avance définitivement ! Mais j’ai l’impression que le gouvernement ne prend pas position contre la base américaine à Diego Garcia. La bataille continue sur un thème précis : la démilitarisation de l’océan Indien. »
  • Ashok Subron de Rezistans ek Altervativ (ReA) : « C’est une suite logique de l’avis consultatif de la CIJ. La décision des Nations Unies demande à être soutenue d’une campagne plus profonde et crédible. Au sein de ReA, nous pensons que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a raté une occasion pour associer la résolution 2832 du 16 décembre 1971 qui propose de faire de l’océan Indien une zone de paix. »
  • Milan Meetarbhan, ex-ambassadeur à l’ONU : « Le nombre de pays ayant voté en faveur de Maurice est impressionnant. Le fait que certains aient voté contre, ou qui se soient abstenus était en partie motivé par des raisons techniques. Ils avaient exprimé des doutes par rapport à la compétence de la Cour. L’adoption de cette résolution accroît la pression politique et morale sur la Grande-Bretagne. Pour la suite, il faudra compter sur une stratégie diplomatique qui repose sur une résolution claire et nette de l’Assemblée générale de l’ONU. »
  • Me Robin Mardaymootoo, avoué et proche du dossier Chagos : « C’est une victoire historique. Je suis ravi pour la communauté chagossienne. Un grand bravo à Maurice pour ce résultat. Je remercie l’équipe gouvernementale. C’est extraordinaire, car le dossier Chagos, qui évolue, est très suivi à travers le monde. Je suis confiant pour les Chagossiens et également pour Maurice », a-t-il dit dans une intervention à la MBC.
  • Ivan Collendavelloo, Premier ministre par intérim : « Waow ! C’est une grande victoire pour Maurice, l’Afrique ainsi que pour tous les mouvements colonialistes. Le score est très sérieux. Je pense que l’Angleterre et les États Unis doivent se résigner. Je salue le Premier ministre qui a injecté beaucoup d’efforts personnels dans le dossier Chagos. La liberté universelle a gagné sur le plan des principes. J’espère que les Britanniques comprendront que le monde a changé et que nous ne vivons plus en 1960. Il ne faut pas oublier sir Anerood Jugnauth qui a mené ce combat de longue date… », a-t-il dit sur les ondes de la MBC.

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