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Réchauffement climatique : risque d’aggravation de la situation

Suresh Boodhoo, ancien directeur de la station météorologique de Vacoas. Dr Nadeem Nazurally, Senior Lecturer dans le domaine des sciences océaniques à l'Université de Maurice.Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement et océanographe.

L’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée, selon l’Organisation mondiale de la météorologie. Cette situation n’augure rien de bon pour Maurice en tant que petit état insulaire, classé parmi les pays les plus à risque du changement climatique.

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La tendance se dessinait depuis ces dernières décennies et de nombreux scientifiques avaient mis en garde contre les effets du réchauffement climatique, des émissions de gaz à effet de serre et de la fonte de la calotte glaciaire, entre autres. Les conséquences sont exponentiellement visibles à travers le monde, et même à Maurice avec les « flash floods », sans oublier les cyclones de plus en plus puissants qui rôdent dans nos parages.

Même s'ils ne nous ont pas directement affecté, ils ont causé de multiples dégâts dans les pays de la région, comme le cyclone tropical très intense Freddy en février 2023. Si le pays a jusqu'ici été épargné par un puissant cyclone depuis au moins ces 20 dernières années, nous ne sommes, cependant, pas à l’abri d’une telle menace, s'accordent à dire nos différents interlocuteurs.

Conséquences 

« Les conséquences du réchauffement climatique sont déjà très graves et les choses devraient empirer à l’avenir », affirme Suresh Boodhoo, ancien directeur de la station météorologique de Vacoas. « Le réchauffement climatique est devenu un défi pour l’humanité et même pour sa survie », ajoute Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement et océanographe. « Dorénavant, les choses deviendront plus catastrophiques s'il n'y a aucune mesure d'atténuation qui est prise », fait remarquer le Dr Nadeem Nazurally, Senior Lecturer dans le domaine des sciences océaniques à l'Université de Maurice.

Le monde s’est retrouvé dans cette situation en raison du non-respect des engagements pris lors des diverses conférences sur l’environnement, estime Suresh Boodhoo. Tel un enfer pavé de bonnes intentions, ce dernier déplore que les promesses faites n'aient pas abouti à des mesures concrètes. « Tout a été laissé à chaque pays de manière individuelle afin que chacun puisse prendre les décisions qui lui conviennent. Il n’y a pas eu de grandes mesures ‘miraculeuses’ qui ont été appliquées, bien qu'elles aient été énoncées, comme le changement dans le style de vie, la mise en œuvre de l’utilisation des énergies renouvelables, entre autres », dit-il.

Suresh Boodhoo est ainsi d’avis que les grandes puissances ne semblent pas se soucier de la situation, alors que les petits États comme Maurice n'ont pas les moyens de mener des actions d’envergure pour essayer d’atténuer les effets du changement climatique. « Le pays veut faire quelque chose, car nous sommes directement affectés par les effets du changement climatique. Toutefois, il est difficile de mener à bien de grands projets, puisque cela demande d'importants investissements et de la technologie de pointe que nous n'avons pas à Maurice, que ce soit pour acheter ou fabriquer », indique notre interlocuteur. Ce dernier cite en exemple l’utilisation de l’énergie éolienne qui n’a pas été développée à grande échelle en raison du passage des cyclones, selon lui. Suresh Boodhoo souligne qu'il existe des éoliennes qui sont résistantes aux vents violents, mais qui sont, cependant, plus onéreuses.

Vulnérable

Maurice figure parmi les pays les plus exposés au changement climatique, rappelle Vassen Kauppaymuthoo. « Nous sommes classés parmi les 50 pays les plus vulnérables et les 10 premiers par rapport aux catastrophes naturelles. Ce qui fait que nous sommes très exposés », dit-il. Selon lui, le changement climatique va entraîner des bouleversements sociétaux énormes dans un laps de temps très court. « On pensait que cela allait toucher nos enfants ou nos petits-enfants, mais les données indiquent que c’est la présente génération qui va connaître ses effets au cours de la prochaine décennie », affirme-t-il. Selon lui, avec le niveau de la mer qui monte, des gens vont devoir être délocalisés et des zones deviendront invivables. Or, la planification et ces mouvements migratoires sont mal vus.

« Les politiciens ne veulent pas s’engager dans ce type de démarches pour ne pas être impopulaires », estime Vassen Kauppaymuthoo. Pour lui, les décideurs politiques doivent prendre les actions qui s’imposent, mais il s'avère qu'ils n'ont pas le courage de jouer cartes sur table et de dire la réalité des choses par rapport à ce problème de changement climatique. « Ils préfèrent continuer à faire du ‘business as usual’, de même que le secteur privé », selon lui. Et bien que quelques initiatives aient été prises, elles sont encore très timides, ajoute Vassen Kauppaymuthoo. « Les bouleversements que nous avons vu et que nous aurons dans les 10 prochaines années vont être énormes. Ce n’est pas le nettoyage des plages qui va changer les choses », martèle-t-il.

Aggravation

Le Dr Nadeem Nazurally souligne que, pour une petite île comme Maurice, la hausse du niveau de la mer est une grande préoccupation. « Notre économie touristique, avec nos hôtels qui sont focalisés vers la mer, risque d’être affectée, d'autant plus que nous avons un gros problème d’érosion », dit-il. Avec les « flash floods » qui s’aggravent et qui arrivent plus fréquemment et plus tôt, il plaide pour des actions climatiques pour atténuer ces problèmes, car nous ne pouvons plus les empêcher. « Le changement climatique est une complication globale. Cependant, nous avons notre mot à dire même si nous sommes un petit pays avec une population de 1,2 million d’habitants. Nous sommes un pays à risque et nous avons aussi notre contribution à apporter pour adresser ce problème de changement climatique », souligne-t-il.

 

Questions à…

Fabrice David, député du parti Travailliste

  • Le pays est déja confronté à plusieurs conséquences désastreuses de la hausse des températures

Fabrice

Les politiques environnementales jouent un rôle crucial dans l’atténuation des effets du réchauffement climatique, indique le député Fabrice David.

Les conséquences du réchauffement climatique étant déjà présentes, le député du parti Travailliste Fabrice David préconise l’implémentation de stratégies d’adaptation efficaces pour atténuer ces impacts et construire un avenir plus résilient face au changement climatique.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a sonné l’alerte rouge concernant la hausse des températures au niveau mondial. Quelles pourraient être les conséquences pour Maurice ?

L’île Maurice est déjà confrontée à plusieurs conséquences désastreuses de la hausse des températures. Parmi celles-ci, on peut citer l’augmentation du niveau de la mer, l’acidification de notre océan, les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les cyclones plus fréquents et plus intenses, ainsi que des changements dans les modèles de précipitations. Ces effets ont un impact significatif sur l’agriculture, la pêche, le tourisme et les infrastructures du pays, sans compter la menace sur la sécurité et la qualité de vie à Maurice. 

Nous sommes encore traumatisés par les pertes humaines et matérielles suite aux inondations causées par le cyclone Belal en janvier dernier et ces images tragiques ont fait le tour des médias internationaux.

Quels sont les principaux facteurs anthropiques qui contribuent à ce réchauffement climatique ?

Les principales activités humaines, responsables du réchauffement climatique, comprennent les combustibles fossiles pour l’énergie et les transports, la déforestation, l’agriculture intensive et l’industrialisation. Ces activités libèrent des gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O) dans l’atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement de la planète.

Comment les politiques environnementales pourraient-elles atténuer les effets du réchauffement climatique ?

Les politiques environnementales jouent un rôle crucial dans l’atténuation des effets du réchauffement climatique. Je pense notamment au déploiement des énergies renouvelables, la mise en œuvre de mesures d’efficacité énergétique, la protection des zones côtières et forestières, la promotion de pratiques agricoles durables, ainsi que la réduction des émissions industrielles et des transports. De plus, des accords internationaux, comme celui de Paris, fournissent un cadre pour la coopération mondiale visant à restreindre les émissions de gaz à effet de serre.

Le changement climatique a engendré des événements météorologiques extrêmes. Pensez-vous que les choses vont empirer à l’avenir ?

Malheureusement, il est fort probable que les événements météorologiques extrêmes continueront à s’intensifier à mesure que le climat continue de se réchauffer. Les modèles climatiques prévoient une augmentation de l’intensité et de la fréquence des tempêtes, des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations. Cependant, en prenant des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et en mettant en œuvre des stratégies d’adaptation efficaces, nous pouvons contribuer à atténuer ces impacts et à construire un avenir plus résilient face au changement climatique.

Mesures d’atténuation

Afin de sauver la planète, il faut agir maintenant même s’il est déjà trop tard, selon nos différents interlocuteurs. Pour eux, il ne faut pas se poser la question que les actions entreprises ne seront qu’une goutte d’eau dans l’océan. Selon le Dr Nadeem Nazurally, il y a plusieurs mesures d’atténuation qui peuvent être prises. « Nous devons principalement revoir notre mode de vie, comme la consommation d’énergie et l'utilisation de nouveaux produits technologiques », dit-il.

Il est d’avis que notre consommation des ressources est énorme et que cela doit changer, car elle provient de la planète. « Même si notre empreinte carbone n’est pas si élevée, nous pouvons quand même la baisser. Nous devons planter plus d’arbres, même si c’est un arbre, et que cela peut paraître insignifiant. Si chacun plante ne serait-ce qu’un arbre, cela peut avoir un impact », affirme-t-il.

Même si Suresh Boodhoo n’est pas convaincu que les petites actions vont apporter quelque chose, comme cela peut être le cas dans les grands pays, il est néanmoins d’avis qu’il faut bien commencer quelque part. Il plaide par conséquent pour un changement de mentalité. En agissant ainsi, Maurice pourrait être un modèle pour les autres pays, selon lui.

Vassen Kauppaymuthoo ajoute, de son côté, qu’il faut investir dans la résilience et dans le « green climate fund » qui est le fonds mondial pour le changement climatique. Il est également en faveur de l’utilisation des « solutions basées sur la nature », comme la reforestation, mais aussi des mesures naturelles pour lutter contre l’érosion des plages. Le béton devrait également être enlevé afin que la terre puisse à nouveau absorber l’eau des pluies. « La nature est adaptée au changement climatique et les coraux et herbiers sont plus efficaces pour lutter contre l’érosion qu’un mur », affirme-t-il.

2023, année de tous les records

L’année 2023 a été celle de tous les records, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), qui a sonné l’alerte rouge quant au réchauffement climatique à l'échelle mondiale.

« L’année 2023 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis 174 ans », affirme le rapport annuel de l’OMM sur l’état du climat global. Elle est même considérée comme celle de tous les records, que ce soit en ce qui concerne le niveau des gaz à effet de serre, les températures de surface qui ont connu une hausse moyenne à la surface du globe de 1,45 °C, le contenu thermique et l’acidification des océans, l’élévation du niveau de la mer, l’étendue de la banquise antarctique et le recul des glaciers, peut-on lire sur le site de l’organisation onusienne. 

Maurice n’a pas été épargné par la hausse des températures, avec des vagues de chaleur, notamment vers la fin de décembre 2023 et au début de 2024, où le mercure a atteint jusqu’à 34,6°C dans certaines régions. Cela reste cependant loin de ce qu’a connu le Brésil le dimanche 17 mars dernier, lorsque le thermomètre a affiché 40°C, mais le ressenti a été de 62,3°C en raison du fort taux d’humidité.

Dans son rapport portant le titre de « L’état du climat mondial en 2023 », l’OMM revient sur des vagues de chaleur, des inondations, des sécheresses, des feux incontrôlés et l’intensification rapide des cyclones tropicaux qui ont secoué plusieurs pays, chamboulant le quotidien de millions de personnes et provoquant des pertes économiques considérables pour les pays concernés. « Tous les indicateurs sont en alerte. Certaines données ne battent plus des records, elles explosent ! Et les changements ne cessent de s'accélérer », a soutenu le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Cette hausse de la température à l'échelle mondiale est attribuée à l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. À cela s'ajoute le passage de La Niña à El Niño au milieu de l’année 2023, contribuant à la montée rapide des températures entre 2022 et 2023. Le réchauffement climatique engendre des phénomènes météorologiques extrêmes, souligne également l’OMM dans son rapport annuel, et entraîne des conséquences économiques importantes en raison des inondations majeures, des cyclones tropicaux, des vagues de chaleur et des sécheresses extrêmes, entre autres. L’OMM cite dans son document le long périple du cyclone tropical intense Freddy, équivalent à un cyclone de catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson, et qui a traversé l’océan Indien d'est en ouest en février et mars 2023. Considéré comme l’un des météores les plus persistants au monde, Freddy a causé des désastres colossaux à Madagascar, au Mozambique et au Malawi.

Nous avons sollicité le Mauritius Meteorological Services (MMS) pour un rappel des records de températures à Maurice l’année dernière et antérieurement. Nous attendons une réponse suite à notre requête envoyée le mercredi 20 mars et les appels au directeur par intérim.

 

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