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Rosemond Saminaden : Le doyen en quête du Paradis chagossien

Rosemond Saminaden, 82 ans, habitant Baie du Tombeau, Morcellement chagossien, a vu le jour sur l’île Boddam Salomon en 1936. Il n’a vu la lumière du jour que depuis 40 jours, lorsque sa mère l’emmène à Diego Garcia. De là, il grandit entre Diego Garcia et Peros Banhos, jusqu’à ses 15 ans. Il nous relate avec nostalgie son enfance et son désir de revoir son île natale avant de quitter ce monde.

Il conserve d’excellents souvenirs de son enfance. «Les jeux que nous avions, étant gamins aux Chagos, sont inscrits à jamais dans ma mémoire. Ils avaient pour noms : ‘kouk, lamok delivre, boul kas kot, Gouli’. Hélas, ces jeux d’antan n’existent plus», déplore-t-il.

Rosemond Saminaden a vu le jour sur l’île Boddam Salomon en 1936.
Rosemond Saminaden a vu le jour sur l’île Boddam Salomon en 1936.

Rosemond a vécu une partie de son adolescence aux Chagos où il a appris plusieurs métiers : forgeron, mécanicien automobile, entre autres, jusqu’à ce que ses pieds foulent Maurice pour la première fois en 1951. Il y passera 15 ans, certes sans l’opportunité de mener des études poussées. Il gardera quand même le métier de forgeron… en poche.

En 1967, il rentre aux Chagos. À 31 ans, ce grand gaillard rencontre son épouse. C’était lors d’un voyage entre amis. «Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était la cousine d’un ami. Lorsque je l’ai vu pour la première fois, j’en avais des frissons. C’était l’amour dès le premier regard», se remémore le vieil homme.

Aujourd’hui, il mène une vie heureuse auprès de sa moitié qu’il a épousée à Peros Banhos. «Je compte 50 ans de mariage et nous avons quatre enfants. Nous partageons les bons souvenirs et les mauvaises épreuves endurées depuis toutes ces années… » 

1973 fut une année noire pour le couple. Déporté à Maurice, c’est le cœur lourd que Rosemond nous relate cette expulsion de leur île natale. « C’était un jour de profonde tristesse pour les Chagossiens. Ceux qui n’étaient jamais venus à Maurice étaient perdus à l’idée de mettre les pieds sur une terre inconnue, avec un mode de vie différent. Aux Chagos, dès qu’on travaillait, on recevait automatiquement une ration alimentaire. Il ne nous manquait de rien », confie-t-il.


Les souvenirs se résumaient au bon vivre, à l'égalité entre toutes les ethnies, la liberté 
et la nourriture fraîche."

Terre inoubliable

Depuis,Rosemond Saminaden s’est toujours battu. Il se bat encore pour le peuple chagossien, à travers le Groupe Réfugiés Chagos (GRC). D’ailleurs, il figurait parmi les personnes les plus âgées parmi les membres de la délégation qui s’est rendue à l’ONU et à La Haye pour plaidoyer pour le retour de l’archipel des Chagos sous la souveraineté mauricienne. Il soutient que l’avis consultatif obtenu de la Cour internationale de Justice (CIJ) constitue une « grande victoire ». Toutefois, il fustige le manque de respect du Royaume-Uni sur cet avis consultatif.

« Certaines personnes oublient parfois, au fil du temps, la douleur de l’exil forcé, mais pour moi les Chagos restent gravés au fer rouge dans mon cœur », résume Rosemond.

« Impossible d’oublier cette terre qui a entendu mes pleurs, quand j’étais bébé, le sourire du jeune gaillard que j’étais, jouant au football avec mes amis, la sueur que j’ai versée pour apprendre le métier de forgeron, la terre qui a vu l’union de mon enfant à l’amour de sa vie. Les Chagos représentent pour moi le ‘Paradis sur terre’ », assure Rosemond. Ce dernier a parcouru de nombreux pays: l’Angleterre, Singapour, Hong Kong, les Seychelles, et il en passe, mais pour lui, « aucun pays ou île n’a jamais égalé les Chagos dans mon cœur ». « Les Chagos resteront premiers dans mon cœur, ils seront à jamais gravés dans ma mémoire ! Si on oublie parfois le chagrin d’une perte, au fil des ans, je n’oublierai jamais l’amour de mon île... », répète-t-il.

Chagos

Lieu de souvenirs

Pour ce doyen qui aime les petits bonheurs simples de la vie, il est difficile d’effacer les souvenirs qui se résumaient, insiste-t-il, au « bon-vivre, à l’égalité entre toutes ethnies, la liberté et la nourriture fraîche… » Ce qui lui manque le plus ? La liberté et la tranquillité d’esprit. Ayant visité les Chagos à trois reprises, depuis la déportation de 1973, il se dit à chaque fois qu'il est très chagriné par ces visites. 

« Je ne rate jamais l’occasion de visiter les Chagos. Mais en toute franchise, la difficulté grandit à chaque fois. On s’y rend avec le chagrin et on retourne à Maurice avec autant de chagrin. On a le sentiment de quitter un membre de la famille au cimetière », confie-t-il la gorge nouée.

Retour sur l'île natale

Les enfants de Rosemond sont tous nés aux Chagos, juste avant leur déportation de 1973. Ils n’ont jamais eu l’occasion de découvrir cette île paradisiaque dont leur parle tant leur père. Cependant, ayant entendu parler des Chagos, ils n’éprouvent qu’une seule envie : découvrir leurs origines et leur terre natale. « Mes enfants disent toujours avoir envie de visiter les Chagos. Je réponds: toujours soyez prêts ! Je garde toujours une petite valise toute faite, prêt à mettre le cap sur les Chagos», dit-il avec un sourire.

Le souhait le plus cher de Rosemond : visiter les Chagos avec ses enfants. « Il importe pour une communauté de savoir d’où elle vient, et de retrouver ses racines. Mon vœu à moi ? Toucher de nouveau cette terre sacrée où je suis né et puis fermer mes yeux pour le grand voyage. Les Chagos vivent dans notre cœur, mais comme dit l’adage : la distance donne une raison d’aimer plus fort », souhaite-il.

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